Orban : la politique en bon père de famille 

En Hongrie, la sur l’homosexualité déchaîne des passions qui ne sont pas sexuelles mais politiques.

Viktor Orban, le  viktator ? On connaît le jeu de mot douteux sur le prénom du président de la Hongrie, champion d’une ligne qu’il nomme lui-même illibéral; régulièrement réélu depuis 2010 à cause des réussites de sa politique économique et aussi parce qu’il est parvenu à incarner la Hongrie sur la scène internationale, il poursuit aujourd’hui sa recherche obstinée d’une troisième voie, entre le communisme mortifère et le libéralisme de la Commission de Bruxelles, qui si on le regarde de près, ne l’est pas moins. Cette expérience hongroise est-elle importante pour une future Europe des nations ? L’enjeu est considérable en tout cas.

Cela explique pourquoi la nouvelle loi sur I’homosexualité que le président hongrois vient de faire voter, le 15 juin, alors qu’en soi elle semble ne relever que du détail législatif, a provoqué une marée de commentaires vertuistes ou irrités parmi les États membres de l’Union, dont 17 (sur les 27) ont effectivement pris partie contre cette loi hongroise qui pourtant ne les concerne pas,

Parmi les gardiens du Temple les plus indignés, on trouve bien sur notre Macron, dont la réaction à chaud dans cette affaire, montre qu’il maitrise parfaitement la rhétorique de l’Union européenne, témoignant de ses « valeurs », dont on comprend très bien, au passage, que ce ne sont pas, que ce ne sont plus des valeurs chrétiennes. Pour Macron. il y a trois maitres-mots qui forment une muraille contre le projet illibéral de Viktor Orban : la lutte contre les discriminations, le respect de la dignité de chacun et l’État de droit. La forteresse est in prenable en effet, malgré la défense du président Orban.

Coté hongrois, on dit deux choses : il ne s’agit pas d’une loi sur les homosexuels (Viktor Orban a défendu les homosexuels au temps lointain du communisme et il s’en targue aujourd’hui). Il s’agit d’une loi interdisant la promotion de l’homosexualité; le président hongrois dit très bien que « cette loi concerne les enfants, la manière dont ils apprennent la sexualité. Ce sont des questions difficiles et les décisions a ce sujet sont exclusivement I »affaire des parents. L’État doit créer les conditions pour que les parents puissent exercer ce droit ». La pensée est claire et rassurante : il ne agit pas pour I’État hongrois de se mêler de la sexualité de ses citoyens, mais de faire en sorte que les parents puissent exercer pleinement leurs responsabilités vis-à-vis des enfants. Une fois de plus on trouve dans cette perspective politique I’application du principe de subsidiarité : aux parents l’éducation des enfants, à l’État, les conditions sociales d’une éducation réussie. La société ne fonctionne que si chacun agit a sa place et c’est I’État-nation, véritable fonctionnaire de la société qui apparait comme le garant de cet ordre.

Les vraies racines de l’UE

C’est tout ce que peut détester le plus l’Union européenne, dans laquelle les États nations ne sont garants de rien, que de leurs dettes. L’Union garde le monopole des « Valeurs », qui ne sont ni des valeurs chrétiennes ni des valeurs humaines, mais ces fameux trois mots : non-discrimination, respect de la dignité des personnes et État de droit. La non-discrimination signifie que l’on ne fait aucune différence entre un homme et un autre homme, entre un comportement et un autre comportement. Ainsi ne peut-on plus dire qu’un comportement homosexuel est inférieur à un comportement hétérosexuel. De ce point de vue, tous les comportements consentis sont considérés comme équivalents. On peut facilement arriver à des absurdités si on applique le principe de non-discrimination à l’aveugle. Le deuxième principe est celui du respect des personnes quoi qu’elles fassent. Là encore, si l’on applique ce principe rigoureusement, on en tire non seulement la mise hors la loi de la peine de mort, mais toutes sortes d’applications absurdes, pour lesquelles le jugement moral n’a plus le droit de s’appliquer. Ce recours a la jurisprudence des différentes cours européennes s’appelle I’État de droit. Cette expression ne renvoie pas à P’existence d’une constitution organisant les pouvoirs au sein de I’État. Ça c’est la vieille conception de l’État de droit, mais cette expression a changé de sens. Désormais I’État de droit ‘est juste la jurisprudence européenne. Est dans I’État de droit ce qui a été voté par l’Union européenne. Est hors de I’État de droit, ce qui, même relevant de la morale élémentaire, ne relève pas de ces grands principes auxquels se rapporte la jurisprudence européenne. Le piège rhétorique est parfaitement installé. Les mots, qui ne signifient pas ce qu’ils semblent exprimer, sont là pour tuer.

Quand on demande à Orban pourquoi il est devenu conservateur, il répond simplement :  « Aujourd’hui j’ai cinq enfants, c’est cela qui fait la différence. En 1989 [lors de la chute du communisme à laquelle il a pris une grande part], I’heure était aux idées et aux grands principes. Nous étions à mi-chemin entre la politique et la littérature. Le débat ne portait pas encore sur la politique réelle ».

Claire Thomas Monde&Vie  6 juillet 2021

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