Les trois fautes de Didier Raoult

Le professeur Raoult au placard ? C’est en tout cas la volonté du nouveau DG des hôpitaux de Marseille. Au-delà des querelles d’égo,  c’est bien l’exécution politique d’un gêneur que tente le pouvoir.

Le professeur Raoult a été invité a quitter l’IHU Méditerranée début septembre. Olivier Véran, le ministre de la Santé, a beau affirmer que « c’est l’âge de la retraite qui le frappe, ce n’est pas une décision politique ni une volonté de lui nuire », on a du mal à le croire.

Le possible départ du célèbre infectiologue à tout d’un règlement de comptes. Interrogé sur Francois Crémieux, le nouveau DG des hôpitaux publics de Marseille, Didier Raoult a lancé : « Je fais partie des objets dont il voudrait faire le ménage. » En cause, selon lui, ses critiques sur la gestion de la crise du Covid dans les hôpitaux de Paris par Martin Hirsch, dont Crémieux était l’adjoint.

Mais au-delà de la guerre entre les élites parisiennes et le professeur marseillais qui ne s’est jamais privé de les tacler -, force est de constater que depuis le début de la crise sanitaire, Didier Raoult a été un empêcheur de tourner en rond pour le régime lui-même.

Sa première faute est d’avoir voulu soigner à une période où le pouvoir politique avait décidé que la seule parade au Covid-19 est le Doliprane, en attendant d’être dans un état suffisamment grave pour être envoyé en soins critiques. Son acharnement à promouvoir un protocole a base d’hydroxycholorquine et d’azithromycin n’a eu d’égal que celui des autorités sanitaires à l’interdire.

Vouloir soigner ? Erreur !

Pourtant, durant la première vague, la mortalité en réanimation était de 43 % à Paris contre 16 % à Marseille. Plus globalement, Raoult affirmait que l’on passait « d’une mortalité globale de 27 % […] là où on ne traite pas à 13 %, lorsque l’on traite ».

Il a ainsi servi d’exemple à tous les médecins qui étaient tentés de respecter le serment d’Hippocrate, à l’exemple de ce groupe de docteurs qui avaient trouvé au printemps 2020 d’autres protocoles prometteurs et qui ont été sommés par le Conseil de l’Ordre des médecins de cesser de I’utiliser.

Un Ordre des médecins qui n’a pas hésité a porter plainte contre Didier Raoult en novembre 2020 pour  « violation de la confraternité, information erronée du public, exposition à un risque injustifié et charlatanisme » ! En cause, son fameux protocole, mais aussi ses déclarations – parfois hasardeuses – sur l’épidémie et – souvent acerbes – sur ses confrères. Mais l’infectiologue de renommé mondiale ne s’en est pas laissé compter et répliqué sur le terrain judiciaire, autant de procédures encore en cours.

La seconde faute du savant de Marseille est d’avoir massivement testé en début d’épidémie, à rebours de la politique de l’époque.

Des tests pousses qui lui avaient permis de démonter le discours sur les « vagues » successives et de pointer, des septembre 2020, P ‘apparition des variants. Un mot honni à I’époque dans le discours officiel. Pourtant, les autorités continuent jusqu’a présent a parler de vagues (nous en serions à la quatrième), là où le microbiologiste parle de nouvelles épidémies.

Vaccin obligatoire ? « Une folie ! »

Son troisième crime – probablement le plus grave – aura été de remettre en cause la politique vaccinale. Raoult s’était en effet montré réservé à l’apparition des vaccins à ARN messager, estimant que l’efficacité de 90 % communiquée par les labos relevait de la « science-fiction ». Quant à savoir s’il fallait imposer la vaccination, il estimait en décembre 2020 que « quelque chose dont on ne sait pas si c’est dangereux, dont on ne sait pas si ça marche et rendre ça obligatoire, c’est vraiment de la folie ».

Il a depuis mis de l’eau dans son vin, approuvant l’obligation vaccinale des soignants. II estime pourtant que le vaccin n’est qu’un outil parmi d’autres et que le soin doit être promu. Pire, il a cet été pointé du doigt les pays fortement vaccinés (Israël, Islande, Angleterre…) dans lesquels flambait le variant Delta pour souligner que « la protection vaccinale contre les variants est modeste ». Il se montre d’ailleurs tout aussi réservé sur la généralisation de la troisième dose ou sur la vaccination des jeunes et autres personnes qui ne risquent rien du Covid, Ià encore à contrepied de la politique décidée par Véran.

Serait-ce la le fil rouge de l’acharnement dont il est victime? Un soin efficace aurait en effet rendu impossible la mise sur le marché conditionnelle des vaccins. Expliquer que I’on a affaire à des épidémies différentes va aussi à l’encontre du tout-vaccinal, les sérums étant conçus pour traiter le premier virus, non les suivants. Montrer, chiffres à l’appui, que les vaccins protègent mal contre le variant Delta rend caduc le chantage au passe sanitaire pour imposer la vaccination. Bref. Didier Raoult dérange le régime et plait à ses opposants, qui en ont fait une icône.

Mais sa tête n’est pas encore sur la pique, le conseil d’administration de l’IHU devant voter son éventuelle destitution puisqu’aucune limite d’âge n’est prévue dans ses statuts. Le professeur n’a peut-être pas fini d’être le poil à gratter du gouvernement.

Richard Dalleau Monde&Vie 10 septembre 2021 n°1002

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