Actium ou la défaite de l’Orient

Actium ou la défaite de l’Orient (31 av. J.-C.)

« C’est probablement sur mer que Rome, au temps des pirates, avait perdu sa République, et c’est pourtant sur mer qu’elle fonda son Empire » (1).

C’est à Actium, au large de la Grèce, qu’a été livrée, le 2 septembre 31 av. J.-C., la dernière grande bataille navale de l’Antiquité, celle-là même qui devait offrir au futur Auguste la mainmise sur la Mare Nostrum. Objet d’une extraordinaire propagande qui oblitère encore aujourd’hui la réalité de l’affrontement, elle a clos les violences de la guerre civile issue des ides de mars de 44 av. J.-C., ouvrant la voie au principat et à un nouvel ordre impérial.

En effet, la mort de César a plongé Rome dans une crise que les institutions traditionnelles ont été incapables de surmonter. La défaite à Philippes, en 42 av. J.-C., des assassins du vainqueur des Gaules et l’éviction progressive de Lépide du triumvirat ont laissé face à face les deux prétendants à l’héritage du consul. La répartition des champs d’action, l’Orient pour Antoine, l’Occident pour Octave, donnait déjà le cadre de l’affrontement qui allait les opposer.

Antoine pris au piège

Associé à Cléopâtre, Antoine a rassemblé ses forces à Éphèse en 32 av. J.-C. avant de les stationner au printemps suivant dans le golfe d’Ambracie, au sud de l’Épire, sur le littoral occidental de la Grèce. Elles comprennent ses légions (19 selon Plutarque), 500 vaisseaux de guerre, des navires égyptiens et de nombreux contingents fournis par les souverains alliés, parmi lesquels Hérode le Grand, roi de Judée. La flotte d’Octave est moins importante, mais plus aguerrie. Conduite par un redoutable chef de guerre – Agrippa, vainqueur de Sextus Pompée et de ses pirates à Nauloque en 36 av. J.-C. – elle coupe progressivement les forces adverses de ravitaillement les reliant à l’Égypte et à la Syrie.

Convaincu que le temps joue en sa faveur, Octave refuse tout engagement terrestre. Pris au piège, alors que ses troupes sont affectées par les désertions, les trahisons et la malaria, Antoine décide de quitter les rivages du cap d’Actium pour provoquer l’affrontement et, espère-t-il, rejoindre l’Égypte.

Il fait armer près de 200 bateaux et embarque mâts et voiles. Dans la mesure où les Romains n’utilisaient pas les gréements durant les batailles, les manœuvres étant opérées par les seuls rameurs, ce détail fut interprété par la suite comme la preuve qu’Antoine avait prémédité sa fuite. Les coques vides, inutilisables faute d’équipages, sont incendiées. Trois escadres doivent contenir les 400 navires d’Octave pour permettre l’accès à la haute mer ; mais la ligne se rompt lorsqu’à l’aile droite Publicola décroche pour poursuivre Agrippa qui a feint de fuir.

« Sur une mer de métal et d’or » se joue l’avenir de l’Empire

La bataille s’engage et les rostres qui ornent les proues des bâtiments éperonnent violemment l’adversaire. Les plus grosses unités d’Antoine peinent à prendre la vitesse nécessaire : ses vaisseaux sont lourds, décrits comme si gigantesques et si somptueusement décorés qu’ils en étaient devenus trop difficiles à mouvoir. Boulets de catapultes, flèches et autres volées de projectiles enflammés sont échangés entre les deux flottes, puis les grappins sont lancés pour aller à l’abordage et achever le combat au corps à corps. Alors que l’issue de la bataille est encore indécise, Cléopâtre profite d’une brèche et quitte soudain la mêlée pour s’enfuir vers le sud, à la tête de 60 navires. Antoine s’engage dans son sillage. La flotte finit par se rendre quelques heures plus tard, tout comme l’armée, démoralisée d’avoir été ainsi abandonnée par son chef.

Actium se transforme dès lors en une bataille décisive. Antoine se suicide l’année suivante, laissant son rival seul maître de l’Égypte et de tout l’Empire : c’est la fin définitive des troubles entraînés par les guerres civiles qui, depuis des années, affectaient Rome. Virgile (2) allait dès lors pour chanter « les escadres d’airain [du combat naval, sur] une mer de métal et d’or portant à la fois des vaisseaux en guerre et l’image apaisée d’un avenir heureux et pacifié ».

Mathilde T.

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire, Hors-Série n°7 « La puissance et la mer », Automne-Hiver 2013, p. 9.

Notes

  1. Alain Malissard, Les Romains et la mer, Realia / Les Belles Lettres, Paris, 2012.
  2. Id., Les Romains et la mer.

Photo : La bataille d’Actium (détail), par Lorenzo A. Castro (1672). Coll. Royal Museums Greenwich. Domaine public.

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