Du contrat du siècle au camouflet de l’année

Philippe Gélie

Joe Biden est sûrement content de son coup. Après avoir mis un genou à terre en Afghanistan, il se relève et marque un point important face à la Chine en embrigadant l’Australie dans sa nouvelle guerre froide. Le « partenariat stratégique », auquel Londres sert de caution européenne, doit encourager le brutal M. Xi à réfléchir à deux fois avant de provoquer l’Amérique ou ses protégés en Asie.

Si, au passage, il faut piétiner un autre vieil allié, sur un Vieux Continent passé au second plan des préoccupations stratégiques, quelle importance? Le coq français n’a qu’à lisser ses plumes, ravaler son orgueil et compter les milliards perdus de la commande annulée. Le « contrat du siècle» a fait place au camouflet de l’année.

On commence à être habitués aux mauvaises manières de Washington, surtout quand son industrie militaire est en jeu. Ce n’est pourtant que le dé- but. La nouvelle alliance, scellée autour de sous-marins à propulsion nucléaire, projette une coopération étendue à toutes les facettes des «guerres du futur », de la cyberdéfense à l’intelligence artificielle. L’octroi d’une technologie nucléaire – même non militaire au sens strict – à un pays qui s’en était prudemment tenu éloigné jusque-là change les règles du jeu. Il expose la région indo-pacifique à une dangereuse course aux armements. Sans doute poussé par l’agressivité chinoise,  Canberra  s’engage dans le bras de fer sino-américain, au risque d’être obligé de suivre en cas de conflit ouvert. La mise en garde adressée à la Chine est claire : l’Australie devient une plateforme américaine, susceptible d’accueillir bientôt ses missiles à longue portée et ses bombardiers furtifs. Si nécessaire, il ne lui faudra pas longtemps pour devenir elle-même une puissance nucléaire…

La France paie les pots cassés de ces tensions géopolitiques. Au-delà de la « colère » de ses dirigeants, sa réaction dira quelle place elle occupe réellement dans le grand jeu des puissances. Plutôt que de rappeler un ambassadeur ou de sortir de l’Otan, comme le suggère le bouillant Mélenchon, c’est sa capacité de rallier les Européens au projet d’« autonomie stratégique » qui peut faire la différence. L’urgence est là.

Source ; Le Figaro 17/09/2021

http://synthesenationale.hautetfort.com/

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