Hervé Moreau : Le parler vrai d’un capitaine de gendarmerie 2/2

Vous évoquez fréquemment dans votre ouvrage « cette justice qui bafoue le droit des victimes ». Pourquoi ?

Pour l’essentiel. les juges sont des bureaucrates, des idéologues qui ne connaissent pas le terrain, qui trouvent toutes les excuses possibles aux délinquants. Le problème, c’est que notre Code pénal, qui est l’un des plus sévères d’Europe, n’est pas appliqué.

Aux assises, pour les crimes, on a des condamnations souvent très insuffisantes. Mais là ou on a le plus de difficultés, c’est dans le domaine délictuel. En France, on prononce 600 000 condamnations annuelles pour crime, délit ou contravention de 5° classe. Avec les aménagements de peine, seuls 20 000 à 30 000 iront en prison, le plus souvent pour quelques mois, faute de place. Si vous êtes victime, vous avez une chance sur 30 de voir votre agresseur aller au gnouf. L’honnête citoyen se fait démonter la tête et son agresseur reste libre : c’est ça la société dans laquelle on vit ? Oui Ces juges nous font un mal de chien !

Quelles solutions envisagez-vous ?

Il nous manque 100 000 places de prison. On a 70 000 emprisonnés, alors que si on avait la même politique pénale qu’aux États-Unis, ou ils ne laissent rien passer, 400 000 personnes devraient y être. Comment y arriver si les juges relaxent à tour de bras ? Simple, ce sont les peines planchers supprimées par Taubira ! Le nombre de fois ou j’ai dû annoncer à des parents la mort de leur gamin à cause de la drogue, ça m’a scandalisé ! Il faut mettre 10 ans incompressibles pour les trafiquants de drogue. Ça changerait beaucoup de choses le plus souvent, les dealers prennent du sursis ou des peines légères. Pourquoi voulez-vous qu’ils cessent de vendre de la mort à la jeunesse de France, ce qui leur rapporte 10 à 20 000 euros par mois ?

Seconde grande décision, je souhaite une réforme constitutionnelle, que la justice devienne un vrai pouvoir et non une autorité. En contrepartie, les juges seraient élus, ils deviendraient comptables de leurs jugements devant le peuple. S’ils devaient tous les cinq ans expliquer à leur population combien de malfrats ils ont relâchés, ils réfléchiraient à deux fois. Qu’ils cessent d’être des fonctionnaires qui se drapent dans leur orgueil, leur indépendance, leur irresponsabilité.

Les citoyens ne vont-ils pas être amenés a prendre en main leur défense ?

Ça reste encore très contenu, les gens restent respectueux de la loi, ils ont peur de la réponse pénale s’ils se font justice eux-mêmes. Ils ont tort, puisque celle-ci reste faible : vous ne risquez pas grand-chose à casser la gueule à un agresseur, malgré les conditions légales de la légitime défense. Certes, vous risquez une condamnation, mais vous avez très peu de risque d’aller en prison. Déjà que les multirécidivistes y vont si rarement !

Je ne peux que regretter cette évolution : ne vous faites jamais justice vous-mêmes, mais je peux la comprendre. C’est le signal d’une évolution problématique, la démission de l’autorité pénale, adressé à la faiblesse de l’État.

Avec la crise économique majeure qui s’annonce, beaucoup de Français n’auront plus rien perdre.

N’est-ce pas le moment de tous les dangers ?

Le risque est bien réel. Les mois qui vont venir vont nous donner des éléments de réponse, mais il est certain qu’il existe en France un vrai désespoir chez les jeunes, les âgés, les actifs, qui ne s’en sortent plus. Il est urgent d’alléger la pression sur les Français, notamment les entrepreneurs, qui créent la vraie richesse. J’en suis devenu un avec la commercialisation de mon livre. Avec ma maison d’édition, entre l’impôt sur les sociétés et celui sur les dividendes, je paye 58 % d’impôts. tout ça pour filer des allocations à des millions d’assistés ? Je veux bien payer des impôts pour la solidarité, protéger les plus fragiles, mais là, c’est confiscatoire ! Ça ne tiendrait qu’à moi, on supprimerait le RSA et l’AME, sauf urgences vitales. On ne devrait pas pouvoir vivre sans travailler. Or, aujourd’hui, c’est possible et ces mesures constituent des appels d’air migratoires considérables.

Dans votre ouvrage, vous prenez soin de nommer les victimes, mais restez très discret sur le profil des délinquants.

Pourquoi ce parti-pris ?

On sait ce qu’il en est des délinquants, leur profil est souvent le même. Tout ce qui les intéresse, c’est l’argent, ils se foutent du mal qu’ils font. Je vis et me bats pour les victimes, même quand je commets des fautes à leur égard, que j’assume, comme lors de cette agression à Corgoloin contre une femme. Tout à la victime qui avait réussi à s’échapper, je n’avais pas fait boucler la maison de agresseur, qui est parti en voiture avec les enfants, pour les égorger. Extrêmement croyant, je prie Dieu qu’il revienne. Et quand je le vois revenir avec les enfants, qu’il a renoncé à tuer, quel soulagement ! Quand on se plante, c’est extrêmement grave, on peut avoir des morts d’enfants sur la conscience.

Vous évoquiez à l’instant votre foi.

Quelle est sa part dans votre engagement ?

Elle est très forte, je suis très croyant, je prie Dieu tous les jours, même si je ne vais pas à l’église. Ma foi est chevillée au corps, elle m’aide à me comporter le mieux possible, mais sans prosélytisme aucun. Je suis d’ailleurs un chantre de la laïcité absolue, les voiles islamiques, les kippas, les croix, on ne devrait rien tolérer dans l’espace public !

J’essaie de me conduire le mieux possible, je suis dévoué jusqu’a donner ma vie. Je l’ai risquée plusieurs reprises, comme cette fois où je vais arrêter un violeur, psychologiquement instable, armé d’un fusil. C’est un sacrifice, comme celui d’Arnaud Beltrame, auquel il faut être prêt dans ce métier. C’est ce qui fait que notre police et notre gendarmerie sont formidables. Chacun fait de son mieux. Si on avait une autre justice, si on avait assez de places de prison, on pourrait vivre dans une France apaisée.

Vous annoncez dans votre ouvrage vouloir vous présenter aux législatives de 2022. Qu’en est-il ?

Les Français se sont détournés des politiciens parce qu’ils en ont marre d’être baladés, qu’on leur sorte des cracks, le politiquement correct, on en a crevé, maintenant ça suffit ! Moi, je suis dans le parler-vrai et j’ai ma crédibilité d’homme de terrain… Dans la gendarmerie, on côtoie le pire et le meilleur, mais on sait de quoi on parle. Quand je me retrouve face à la gauche caviar qui ignore les réalités, ça me révolte.

Ma candidature est une belle réponse à M. Darmanin, qui reprochait aux signataires des tribunes d’avancer à visage masqué : j’avance à visage découvert et je suis candidat dans la 7e circonscription de Beaune, là où j’ai commandé en second. Je serais élu de la nation si le peuple le souhaite. J’ai toujours été gaulliste, aussi, j’ai sollicité l’investiture LR, mais si je ne l’obtiens, pas, j’irais sur mon seul ancrage local. À ce titre, mon livre est mon meilleur ambassadeur, je n’y occulte rien et je sais ce dont on a besoin, parce que je l’ai vécu sur le terrain.

J’ai beaucoup d’espoir. Je crois au volontarisme et je crois en notre capacité à changer les choses pour avoir une France plus vivable pour nous et nos enfants, c’est tout ce qui m’importe.

Hervé Moreau, Les vérités d’un capitaine de gendarmerie.

À commander sur Internet librairieducapitaine.com, avril 2021. 440 p. 22 €

Monde&Vie 6 juillet 2021 N° 1000

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