Les nouveaux visages de l’anti-France 2/4

Concluons sur ce point. La révolution française a fait naître un premier visage de l’anti France, animée par la haine de la France traditionnelle. Haine des coutumes et des cadres sociaux  traditionnels. Haine du principe hiérarchique. Haine de la religion catholique.

Cette dernière précision doit être apportée. Dans un premier temps,  la France révolutionnaire est patriotique : elle veut diffuser par la guerre les valeurs de la révolution. Une fois leurs valeurs installées dans toute l’Europe, les progressistes deviennent, à l’occasion de l’affaire Dreyfus, internationalistes. La haine de la patrie, du principe national et des frontières devient alors un apanage supplémentaire de l’anti-France.

Cette anti-France née de la révolution a accédé au pouvoir en 1789 et s’y est solidement installée une fois la république définitivement instituée. Au pouvoir, elle y est toujours. Elle va cependant subir elle-même une contestation de la part d’une anti France plus radicale encore.

  • L’anti-France communiste

Au XXe siècle, le combat de l’anti-France va prendre le visage du communisme : ce sont les communistes qui vont incarner et guider le camp de la modernité et du progrès. Ce faisant, ils reprennent à leur compte les idées modernes : le matérialisme, l’athéisme et l’anticléricalisme, le progressisme, l’universalisme. Ils ajoutent à ce corpus la religion de l’égalité. La volonté révolutionnaire des communistes au nom de l’égalité va les conduire à entrer en lutte contre la société bourgeoise en place. Cette lutte va dominer le XXe siècle, en France et dans toute l’Europe.

La lutte des communistes contre la société bourgeoise se substitue à la lutte entre modernes et réactionnaires, qui avait, elle, dominé le XVIIIe et le XIXe siècles. Après la seconde guerre mondiale, en France, les réactionnaires ont en effet définitivement perdu pied. Personne ou presque depuis ne se réclame plus de l’ancien régime. Personne ou presque ne souhaite la restauration d’une monarchie ou d’une aristocratie. Personne ou presque ne veut remettre en cause la république, ni les principes essentiels de la modernité. Parallèlement, l’Eglise, pilier de l’ancien régime, qui avait résisté pendant tout le XIXsiècle à la modernité, a fini elle-aussi par céder. En 1892 elle reconnaît la république. En 1926 elle condamne l’Action française. En 1965, le concile Vatican II consacre l’adhésion de l’Eglise aux valeurs de la modernité.

Les réactionnaires disparus, la lutte qui va opposer la bourgeoisie et les communistes va donc prendre la place. Comme la précédente, cette nouvelle lutte trouve son origine dans la révolution française. La révolution en effet, on l’a vu, entendait renverser l’ancien régime, et ses principes cardinaux en étaient l’exact contraire : la liberté de l’individu contre la société collectiviste, l’égalité contre la société des hiérarchies et des privilèges, le progrès contre la tradition, l’universalisme contre l’ancrage terrien et national, l’athéisme contre la société modelée par le catholicisme. Cependant, la révolution va donner naissance à deux branches, qui vont rapidement s’opposer à propos des concepts-clé de l’idéologie et de la société modernes que sont la liberté et l’égalité. Ces deux concepts en effet peuvent revêtir plusieurs sens et les deux branches issues de la révolution ne vont pas leur donner la même acception, s’agissant en particulier du principe d’égalité. Dans l’esprit des révolutionnaires de 89, l’égalité est l’égalité des droits à la naissance et l’égalité devant la loi, en rupture avec la société d’ancien régime qui était structurée par l’appartenance de chacun à des ordres sociaux à la fois inégalitaires et héréditaires. L’égalité cependant peut être conçue d’une autre manière, non plus comme l’égalité des droits mais comme l’égalité des conditions. Ces deux conceptions de l’égalité donnent ainsi naissances aux deux branches principales issues de la révolution : la branche libérale et la branche communiste. La branche libérale accorde la primauté à la liberté : elle veut une égalité des droits mais admet et même revendique la compétition sociale, laquelle génère par nature des inégalités de conditions. La branche que l’on appellera par la suite communiste veut, elle, une égalité des conditions : le refus des inégalités de condition la conduit à refuser toute compétition sociale, ce qui suppose de réduire fortement la liberté. S’ajoutera par la suite, dans le contexte de la révolution industrielle, une troisième branche, intermédiaire, que l’on appellera socialiste. Cette branche socialiste est plus proche de la branche libérale que de la branche communiste : elle admet en effet la compétition sociale et les inégalités. Mais elle y apporte deux nuances : elle entend limiter les inégalités de conditions ; et elle veut organiser des dispositifs d’égalisation des chances, considérant que l’égalité devant la loi est insuffisante.

La concurrence entre ces familles idéologiques issues de la révolution va commencer lors de la révolution elle-même. La révolution de 1789, dans le sillage de la révolution américaine, se fait en effet au nom de la liberté. La révolution de 1792, elle, est communiste avant la lettre : elle promeut avant tout l’égalité. L’une se réclame de Voltaire, l’autre de Rousseau. Il va sans dire que la concurrence entre les deux branches de la révolution est une lutte à mort. La révolution communiste de 1792-1794 cherche à éliminer les libéraux tout autant qu’elle veut se débarrasser des partisans de l’ancien régime. Les libéraux parviendront, en 1794, à l’emporter sur les « montagnards », passés à leur tour au fil de la guillotine. Si le XIXe siècle, ensuite, on l’a vu plus haut, sera avant tout rempli par la lutte entre modernes et réactionnaires, un nouvel épisode de la lutte entre libéraux et communistes y prend place cependant : la révolution « communiste » de 1870, la Commune, cherche à renverser les libéraux qui accèdent au pouvoir à la chute de Napoléon III. L’opposition entre libéraux et communistes prend un nouveau tour avec la victoire des communistes en Russie en 1917. En France la majorité des socialistes choisissent alors de créer le parti communiste, inféodé à l’URSS. A compter de ce moment, les communistes seront l’incarnation et le guide du camp du Progrès et, partant, le nouveau visage et le nouveau moteur de l’anti-France.

Les communistes choisissent d’emblée et avec constance le parti de l’anti-France sur le plan international tout d’abord. En 1940, à la suite du pacte germano-soviétique, ils appartiennent au camp de la collaboration avec l’Allemagne. Ils n’entrent dans la résistance qu’à la suite de l’attaque allemande. Dans la suite de la guerre, les deux branches de la résistance, gaulliste et communiste, sont en concurrence. Pour prévenir les tentations de coup d’Etat, De Gaulle, au sortir de la guerre, associe les communistes au gouvernement. Les communistes seront ensuite de tous les mouvements anticoloniaux et agiront pour le démantèlement de l’empire français. Les différentes chapelles communistes appuieront ainsi partout dans le monde les régimes communistes en guerre avec l’occident. Pendant la guerre d’Algérie, les communistes et la plupart des gens de gauche prennent le parti du FLN contre la France.

C’est cependant sur le plan intérieur que l’action anti-France des communistes est la plus marquée : les communistes entreprennent à leur tour de détruire tout ce qui dans la société française continue à relever de la tradition. Ce faisant, cette entreprise va souvent les placer en opposition avec les héritiers de la branche libérale de la révolution.

Il se trouve en effet que les bourgeois libéraux, qui s’installent au pouvoir à la faveur de la révolution française, vont une fois en place reprendre à leur compte une partie des fondamentaux de l’ancienne société. Napoléon, l’empereur bourgeois, institue ainsi un nouvel équilibre entre les conquêtes de la révolution et les valeurs de la société traditionnelle. Il redonne à la religion catholique et à l’Eglise une certaine place dans l’organisation sociale. Le code civil qu’il institue place la famille et son chef au cœur de la nouvelle société bourgeoise. Le droit de propriété est consacré comme valeur cardinale. De même le principe d’autorité structure la société, tant au sein de la famille, qu’à l’école ou dans l’Etat. Ces principes resteront en vigueur sous ses successeurs, des rois à Napoléon III. Ils seront également endossés par les républicains à partir de 1871.

Les communistes, au nom de l’égalité, vont vouloir combattre cette société bourgeoise et libérale et tout ce qui la rattache à la France traditionnelle. Ils vont pouvoir s’appuyer pour ce faire sur le grand nombre de positions stratégiques qu’ils vont détenir dans la société française à partir de l’après-guerre. Pour obtenir ces positions dominantes ils vont profiter du prestige dont jouit l’URSS, victorieuse du nazisme. Ils jouent également de leur image de « parti des fusillés ». Ils bénéficient enfin d’un accord tacite avec De Gaulle, dans leur combat commun contre les partis bourgeois issus de la troisième et quatrième république, notamment les socialistes et les radicaux. Les communistes vont ainsi pouvoir occuper la plupart des postes d’enseignant à l’université. Dans le système scolaire les enseignant sont soit francs-maçons et socialistes, soit communistes. De même les communistes dominent le monde de la culture et du cinéma.

À suivre

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