Inquiétudes de la dictature chinoise

Le 31 août, le président chinois Xi Jinping, accompagné d’autres hauts dignitaires du régime, assistait au gala d’ouverture du 6e Festival des arts des minorités ethniques de l’empire du Milieu. Autour du dirigeant tout-puissant, président de la Commission militaire centrale, et bien entendu secrétaire général du Comité central du Parti communiste, s’agglutinait un public de plus de 3 000 personnes, dans l’immense Palais de l’Assemblée du Peuple, situé sur le côté ouest de la Place Tiananmen.

Parmi les privilégiés, on pouvait reconnaître Li Keqiang, chef du gouvernement depuis 2013, mais aussi tel vice premier ministre en la personne de Wang Yang, considéré par Le Monde, depuis 2012, comme l’homme qui monte, et en qui les milieux d’affaires apprécient un responsable « favorable au recul du secteur public dans l’économie ».(1)⇓

Ils étaient flanqués de Wang Huning apparatchik du Parti en charge dela « Commission centrale pour la construction d’une civilisation spirituelle »…

Tout ce beau monde a pu apprécier, ou faire semblant, les chants, les danses et d’autres spectacles, supposés mettre en valeur les cultures distinctives des différents groupes ethniques soumis à la férule implacable des « Hans », considérés comme les vrais Chinois.

La diversité apparente d’un pays, qui reconnaît l’existence de 56 nationalités, semblait donc formellement à l’honneur, – à peu près autant qu’il en semblait des nationalités dans l’empire soviétique ; Dans un cas comme dans l’autre, une telle reconnaissance, purement artificielle, demeure en fait dans le domaine strictement folklorique.

Au contraire, en effet, les jours précédents, les 27 et 28 août, dans cette même capitale du nord – c’est le sens du nom « Bei jing », – une Conférence centrale sur les affaires ethniques avait été organisée sous l’égide du parti communiste. Le camarade Xi Jinping avait prononcé, en cette occasion, un discours contenant de sérieuses mises en garde(2)⇓.

Il a énoncé de façon péremptoire le principe selon lequel « tous les groupes ethniques doivent être orientés de façon à toujours placer les intérêts de la nation chinoise au-dessus de tout, et leur conscience des différents groupes ethniques doit favoriser le sens de la communauté pour la nation chinoise dans son ensemble. »

Se référant « au processus de réalisation des intérêts supérieurs de la nation chinoise », il considère que « le chauvinisme de certains groupes ethniques locaux n’est nullement propice au développement d’une communauté de la nation chinoise ». Xi Jinping réclame donc « la promotion de l’utilisation d’une langue chinoise standard, tant à l’oral qu’à l’écrit ».

Sur ce point la dictature communiste chinoise aura beaucoup à faire car, à titre d’exemple, si, parmi les 1 300 d’habitants de la Chine continentale, le mandarin compte en principe environ 850 millions de locuteurs, principalement le putonghuaque l’on parle à Pékin, on ne le comprend absolument pas dans la région Shanghai où s’expriment en « wu »près de 80 millions de personnes, ni à Canton où on s’exprime en Cantonais, etc.

Ne croyons pas qu’il s’agit seulement d’une différence d’accents. Mao Tsé-toung lui-même dans ses souvenirs de jeune bibliothécaire dans la Capitale ne manque pas d’exprimer le ressentiment que lui inspiraient l’incompréhension et le mépris des Pékinois pour son parler du sud.

Son successeur, l’actuel dictateur chinois a également insisté sur « l’amélioration de la gestion des affaires ethniques », réclamant que « davantage d’efforts soient déployés pour prévenir avec fermeté les graves menaces et les dangers cachés dans ce domaine. »

« Le séparatisme ethnique et l’extrémisme religieux doivent être en permanence éliminés », a-t-il proféré, défendant la nécessité de « renforcer la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme. »

On pourrait ironiser, si le sujet s’y prêtait, sur la concomitance d’un tel discours avec la reconnaissance si rapide de la conquête de Kaboul par les talibans, ceci dans la plus pure tradition lénino-stalinienne d’une politique affirmée par le Komintern à la conférence de Bakou en 1920. Contre l’occident le communisme a toujours adoré s’allier avec le « nationalisme musulman », quitte à considérer l’islam comme une maladie…

JG Malliarakis  

Apostilles

(1) cf. « Wang Yang, l’étoile montante du Parti communiste chinois. »
À l’époque, le correspondant du Monde, Brice Pedroletti, considérait que « le limogeage retentissant de son rival Bo Xilai pave la voie à Wang Yang vers l’instance suprême chinoise, qui sera renouvelée en octobre. » Or, à l’automne 2012, ce fut Xi Jinping qui l’emporta.

(2) cf. « Xi Jinping souligne l’importance du renforcement du sens de la communauté pour la nation chinoise. »

À lire et faire lire en relation avec cette chronique

« La Faucille et le Croissant » par JG Malliarakis 
Islamisme et Bolchevisme au Congrès de Bakou.
En 1920, sur les bords de la Caspienne, s’est forgée une alliance entre révolutionnaires marxistes et nationalistes musulmans. Vaincus à l’ouest, Lénine et les bolcheviks entreprirent d’enrôler sous leur bannière, à l’est, les peuples de l’Orient. L’alliance fut solennisée par Zinoviev. Alors président de l’Internationale communiste, orateur enflammé, il en appelle au djihad… L’orateur ne peut pas continuer son discours. Les assistants applaudissent et brandissent leurs armes (…)
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