Arrogance étatiste

Une certaine propagande officielle nous assène ces temps-ci « on peut discuter de tout, sauf des chiffres ». Cet étonnant argument est supposé nous convaincre d’une cause dont les bonnes intentions civiques devraient suffire au pays de Pasteur, puisqu’il s’agit de vaccination. Or, il se retourne contre son objet. Il suppose en effet que les statistiques donnent de la réalité un reflet toujours fiable et sincère. Et cela, en vérité, reste pour le moins discutable.

Ainsi, à propos du chômage, dans un article fort éclairant publié sur le site de l’IREF, Jean Philippe Delsol le souligne, à propos des chiffres respectivement publiés par ces deux organismes d’État : « l’Insee est plus restrictif, mais c’est Pôle Emploi qui indemnise. » Par conséquent, les évaluations de l’Insee, qui comptabilise le taux de chômage à hauteur de 8 %, ne peuvent être prises en considération que si elles sont mises en concurrence avec celles de Pôle Emploi. Or, fin juillet, ce dernier organisme recensait 5,6 millions de personnes inscrites et tenues de rechercher un emploi.

Il semble donc que l’on doive plutôt estimer le niveau de chômage de l’Hexagone à plus de 19 % de la population active

Mesuré ainsi, on voit mal quelle leçon de modèle social nous pourrions donner à nos voisins.

Nul ne devrait douter, d’autre part, outre d’autres événements imprévisibles, que l’élection allemande de septembre, et à partir de janvier, l’inopportune présidence macronienne de l’Union européenne pèseront indirectement demain sur le vote de nos concitoyens.

Au 1er janvier 2022, en effet, la France, représentée par le chef de l’État en exercice Emmanuel Macron, assumera provisoirement pour 6 mois la présidence tournante de l’Union européenne. Compte tenu de notre campagne électorale franco-française, nos partenaires allemands sachant bien l’incidence des complications internes, avaient aimablement proposé à l’intéressé de décaler le calendrier. Cette suggestion a été écartée. Car, bien loin d’y voir un handicap Jupiter part du principe, tout étant supposé lui réussir, aux dires de ses courtisans et autres flatteurs professionnels, que cette fonction éphémère deviendra un argument électoral en vue de sa propre réélection.

Ne négligeons certes pas le rôle de cette présidence dans le concert des institutions européennes. Très bien assumée par la Slovénie pour la période en cours, elle permet au gouvernement conservateur de ce pays d’apporter sa note de préoccupation enrichissante pour les 26 autres.

Cependant Paris imagine, comme toujours, claironner ses propres tropismes consistant à concevoir l’Europe comme une extension de l’Hexagone. Puisque nous sommes le peuple le plus intelligent de la Terre, puisque nos technocrates sont les meilleurs du monde, puisque tous les hommes sont semblablement malléables, notre rôle n’est pas de discuter, encore moins de négocier, mais d’expliquer.

Macron va donc expliquer au plérôme des 27 États-Membres de l’Union européenne comment il faut faire pour devenir une superpuissance dotée, comme les sorcières dont rêvent les enfants, de « superpouvoirs ». À prononcer en zézayant de préférence, ça rend le discours plus convaincant.

Déjà, les 23 et 24 août, Élisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion et Clément Beaune, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, se sont rendus en Suède et au Danemark. Leur projet est de mettre en place, sous l’appellation trompeuse de « Smic européen », une politique de salaire minimum définie par l’État, c’est-à-dire par l’administration, dans chaque pays au plan national. C’est le cas en France depuis le passage de Jacques Delors dans les cabinets ministériels. Mais ce n’est pas la doctrine qui prévaut chez nos amis scandinaves, où les salaires sont fixés dans chaque secteur par une négociation entre représentants des chefs d’entreprise et syndicats de salariés, sans aucune intervention de l’État. Horrible liberté corporatiste n’est-il pas vrai ?

Cela mérite donc une « explication » et le « professeur » Élisabeth Borne, flanquée de M. Beaune, s’y est employée non sans cette condescendance avec laquelle nos technocrates traitent ordinairement leurs interlocuteurs. Ces deux hypercompétences charriaient toute la science des grandes écoles dont ils sont issus. On imagine combien aisément ils ont convaincu les ignares de Stockholm et de Copenhague.

JG Malliarakis  

À lire et faire lire en réponse aux étatistes

« Les Harmonies économiques » par Frédéric Bastiat
L’économie est un enjeu trop sérieux pour en abandonner la connaissance et la gestion aux seuls technocrates étatistes. Contemporain de Marx, et contradicteur courtois de Proudhon, Frédéric Bastiat n’est pas « seulement » un polémiste de talent. Rendant l’économie accessible à tous, il met sa plume au service d’une réflexion profonde. Défenseur de la propriété et de la liberté, il met en lumière, généralisant la fameuse loi de Jean-Baptiste Say, que « les services s’échangent contre les services ». À  notre époque, le propos fait encore scandale. Il éclaire, notamment, le phénomène mal compris dit de la mondialisation.  

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