Les Lumières

Le terme est volontairement provocateur car il sous-tend que tout auparavant était « ténèbres ». De nos jours, un homme politique comme Jean-Luc Mélenchon se réclame des Lumières ce qui chez certains peut créer un soupçon.

Kant dans « Qu’est-ce-que les Lumières ? » (Was ist Aufklärung ?) en donne une définition apologétique. : « La sortie de l’homme de sa Minorité ». « Sapere aude. Aie le courage de te servir de ton propre entendement ».

Si Kant insiste sur le Raison, terme d’ailleurs toujours en construction ou déconstruction dans l’Histoire de la philosophie occidentale, la philosophie des Lumières s’est voulue aussi un combat contre l’Ordre ancien, le pouvoir absolu, la superstition, les préjugés, la religion (le christianisme en particulier chez Voltaire), le fanatisme. Elle voulut aussi se définir comme une lutte pour la tolérance, la laïcité, l’égalité entre les hommes, le progrès, la libération de l’homme …

Un marxiste verrait dans les Lumières l’idéologie de la bourgeoisie du XVIIIeme siècle en Occident, qui est devenue celle de notre république bourgeoise et en même temps celle de la franc-maçonnerie pour qui la pensée politique s’est arrêtée au XVIIIeme siècle.

Il a aussi existé en réaction ce qu’on a appelé les anti-lumières représentés par des philosophes ou politiques comme Nietzsche, Burke, Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Maurras, … qui ont défendu la tradition, l’autorité, la religion (excepté Nietzsche) comme ciment social et même justifié les préjugés. De façon plus profonde, des penseurs comme Heidegger, Feyerabend … ont déconstruit l’idée de Raison ce qui sapait les fondements métaphysiques de la philosophie des Lumières.

Voltaire

L’écrivain philosophe est le plus emblématique de la grande bourgeoisie parisienne à la différence d’un Diderot provincial et moins fortuné ou de Rousseau.

On connaît surtout Voltaire pour son combat contre le fanatisme et l’intolérance. Il a été profondément antireligieux. Sa critique a pris a pris parfois une forme ordurière. Il présente le christianisme comme « la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanglante religion qui ait jamais infecté le monde ».

Il a dans un premier temps critiqué l’Islam pour ensuite le présenter sous une forme plus avantageuse, sans doute par antichristianisme. Ce dernier représentait trop le pouvoir de l’époque. Voltaire était quand même déiste à la différence de Diderot.

Sur le plan politique, il considérait les hommes naturellement libres et égaux, même s’il méprisait sans se cacher le peuple de son époque.

Ce grand bourgeois richissime a été un parfait représentant de la philosophie des Lumières.

Diderot

Ce fut avant tout l’homme de l’Encyclopédie à laquelle il consacra plus de vingt ans. Cette entreprise avait deux objectifs principaux. On reliait le savoir à l’élévation de l’homme et il s’agissait aussi de le diffuser au plus grand nombre dans l’esprit des Lumières. On considérait à l’époque qu’un honnête homme pouvait tout connaître.

Diderot était athée et a eu des écrits antireligieux. Sur l’Islam dans une lettre à Madame de Volland, il écrit : « L’Islam est l’ennemi de la raison ». Sa préoccupation a été la morale chez l’homme en l’absence d’une croyance religieuse.

Si Diderot n’a pas été vraiment un philosophe, il a été un humaniste, c’est-à-dire croire en l’Homme. Sa vision du monde a été celle du matérialisme : le monde est divers et en perpétuel changement. Ceci s’oppose à l’ordre du monde de Descartes.

« Tout change, tout passe, il n’y a que le tout qui reste. Le monde commence et finit sans cesse ; il est à chaque instant à son commencement et à sa fin. » (Le rêve de d’Alembert).

Rousseau

Des philosophes les plus connus, Rousseau est sans doute celui qui représente le peuple. Il a été à plusieurs reprises domestique. Sa sensibilité à fleur de peau chez cet hypersensible a fait qu’il a célébré la solitude ne supportant sans doute pas les autres, ce que lui a reproché Diderot.

Il est atypique chez les Lumières puisqu’il refuse l’idée de progrès. La civilisation pour lui a corrompu les mœurs. Rousseau a toujours éprouvé un mal-être social.

Il se rattache aux Lumières par sa vision égalitaire des hommes. Sa vision politique se trouve dans le Contrat Social. L’homme laisse sa liberté originaire pour une liberté politique. La loi crée la liberté : « Il n’y a donc point de liberté sans loi, ni où quelqu’un est au-dessus des lois ».

Le pacte social est décrit dans le livre « Du contrat social » « Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale, et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. »

Sa critique de la propriété en fait un prérévolutionnaire qui a influencé la Révolution.

John Locke

La philosophie des Lumières a été européenne et John Locke a eu un rôle déterminant. C’est un empiriste, c’est-à-dire que l’expérience est la seule source du savoir et non un rationaliste comme Descartes.

Sur le plan politique, Locke est un adversaire de l’absolutisme royal. Les hommes ont besoin de la liberté et de la propriété. Us sont libres et égaux.

Son idée d’association des hommes pour fonder une société par libre consentement influencera Rousseau.

« Chacun des membres s’est dépouillé de son pouvoir naturel, et l’a remis entre les mains de la société afin qu’elle en dispose dans toutes sortes de causes, qui n’empêchent point d’appeler toujours aux lois établies par elle. »

Les anti-Lumières

Aux Lumières ont répondu les anti-Lumières dont la liste est longue et ne peut être exhaustive. On peut situer dans ce courant : Nietzsche, Burke, Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Herder, Maurras, Barrès, le Comte de Gobineau, Heidegger, Alexis Carrel,…

Il existe différents termes pour qualifier cette pensée : réactionnaire, contre-révolutionnaire, différentialiste, certains diront raciste ou racialiste. Il existe aussi les déconstructeurs de l’idée de Raison.

Pour eux, les hommes sont inégaux. Le Comte de Gobineau écrira un livre sans équivoque sur l’inégalité des races humaines. Il n’existe pas d’Homme universel, déraciné mais un homme appartenant à une Culture, une terre, un pays, une langue, une religion, une Histoire, une race … Joseph de Maistre a écrit qu’il n’a jamais rencontré d’Homme, mais des Français, des Anglais, des Russes …

Toute cette pensée a eu sa cohérence car chaque écrivain de cette mouvance connaissait bien ses classiques dans ce domaine.

L’individu n’existe que dans une communauté (Gemeinschaft). L‘Encyclopédie qui a véhiculé les idées des Lumières définit la nation ainsi : « une quantité considérable du peuple qui habite une certaine étendue du pays, renfermée dans certaines limites et qui obéit au même gouvernement ».

Il n’y a pas un mot sur l’historicité. C’est la tabula rasa. Tous ces auteurs défendront aussi la tradition, l’autorité et dans l’ensemble la religion qui soude une communauté, transmet la tradition et est garante de l’ordre social.

Joseph de Maistre verra même dans les préjugés ce qui unit un peuple et le définit.

À l’Universel qui détruit les identités, on préfère les particularismes. L’ethnologue Lévi-Strauss a lui-même eu des écrits semblables à cette pensée différentialiste, étant pour la préservation des cultures. L’Universalisme ne peut être que destructeur.

Conclusion

Dans le débat sur l’identité nationale qui a eu lieu en 2009-2010, la ligne de fracture sans toujours en être conscient s’est faite entre une vision de la France devenue la République qui est celle des Lumières, et les partisans d’une France charnelle, historique qui est celle des anti-Lumières. L’idéologie des Lumières s’est imposée puisque l’école de la République l’enseigne aux enfants dès le plus jeune âge. Pendant ce débat, les préfets et sous-préfets aux ordres ont récité le catéchisme républicain : laïcité, droit du sol, liberté, égalité, fraternité, universalisme, droits de l’homme … Est Français ou plutôt citoyen de la République celui qui possède la carte plastique avec le tampon République Française. Dans la pratique, cela donne droit aux allocations et de toucher aux caisses sociales. À la France charnelle, la France des cathédrales, s’est substitué la République, émanation de la philosophie des Lumières.

À travers ce débat se trouve posée la question : qu’est ce que l’homme ? Ce questionnement de John Locke a eu des réponses diverses. La République définit l’homme comme néant. L’homme sans historicité n’est que sujet de droit. Nos particularismes régionaux ou autres deviennent des saletés qu’il faut taire, encore moins en tirer fierté. La construction européenne s’est faite selon la philosophie des Lumières et n’a peut-être créé qu’un univers gris.

Patrice GROS-SUAUDEAU

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