Primaires de saison

En cette fin août, le calendrier politique républicain reprend progressivement sa place dans l’actualité, si dramatiques et préoccupantes puissent nous parvenir les nouvelles internationales. Or, l’élection présidentielle française se profile à l’horizon de trois saisons. La campagne éclair de 1974 n’était même pas prévue, ayant été précipitée par la disparition de Georges Pompidou. Mais depuis, aux dates comparables, tout au long du demi-siècle écoulé, aucun sondage prédictif, aucun scénario préétabli ne s’est trouvé confirmé le soir du scrutin. Jouer aujourd’hui au jeu des pronostics relève donc de la plus haute incertitude.

Peut-on cependant y voir clair dans le brouillard de nos institutions bancales ? Il est vrai que pendant des mois, les diseuses de bonne aventure et les observateurs agréés nous auront presque tous présenté, comme inévitable, l’hypothèse déprimante d’un retour au match de 2017, et à son second tour gagné d’avance.

À part peut-être le président sortant, élu au bonneteau en 2017, plus personne ne veut plus du scénario de cette année-là. Le résultat fut alors considéré comme une victoire du dégagisme alors que les deux expressions qui ont marqué jusqu’ici le quinquennat, « en même temps » et « quoi qu’il en coûte » auront ouvert la voie au retour de tout ce que les Français rejettent.

Notons d’abord que les mécanismes mêmes de l’élection ont beaucoup évolué depuis la réforme décisive, – et selon votre serviteur, malencontreuse, – de l’article 7 en 1962. De révisions constitutionnelles en réformettes inaperçues, par exemple, on a vu le filtre des indispensables parrainages de candidatures passer de 100 signatures à 500, obligatoirement réparties désormais entre un nombre de départements constituant lui-même une barrière. Cela change pas mal de choses, quoi qu’on en pense. Tout est fait pour rétablir le contrôle des appareils partisans – à l’inverse des conceptions gaulliennes de la rencontre d’un homme et d’un peuple – et on tente de justifier ainsi l’importation frauduleuse de cette machine à détruire, intrinsèque à la démocratie américaine, qu’on appelle les primaires.

L’expérience malheureuse de 2016 amenait, à ce sujet, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste à laisser publier par Le Monde le 28 août une déclaration selon laquelle : « les primaires ouvertes ne sont plus de saison ».Cela veut dire que ce ne seront plus, dans son esprit, les sympathisants et les électeurs d’un courant d’idées, mais les adhérents d’une seule formation, qui sélectionneront les heureux éligibles. La nuance ne doit pas être négligée.

Une telle théorie et sa mise en pratique ne regardent pas seulement la gauche institutionnelle.

Le vieux parti de Léon Blum, renouvelé en 1971 par Mitterrand, s’apprête à modifier mi-septembre ses propres règles du jeu. Fort de la masse de ses mandats territoriaux, il entend de la sorte imposer unilatéralement son choix à ses partenaires. Et cela semble conduire à une candidature de la plus notable des élues locales, la catastrophique mégère faisant office de maire de Paris.

Une pluie d’annonces ou de rumeurs s’accumule quand même à gauche.

Le 29 août, dans le cadre de ce qu’on appelle pompeusement les universités d’été du Parti socialiste s’est confirmé la marche vers une candidature de la Mégère Hidalgo. Et le 15 septembre, la locataire sans loyer de la Mairie de Paris publiera un essai étonnamment intitulé Une Femme française.

Mais il lui faudra compter aussi avec la concurrence des prétendus « insoumis », sous la férule de leur porte-parole de droit divin, celle des écolos en délire, celle de Lutte ouvrière et même celle du PCF. Car les dinosaures du stalinisme, disposant d’un contingent non négligeable de municipalités, ont renoncé à soutenir leur ancien cache-sexe Mélenchon. Et si même cette situation déjoue les procédures de primaires, l’imbroglio en résultant n’en pèsera que plus sur les résultats du premier tour. Les études par sondage accordant actuellement aux opinions de gauche un impact dans l’opinion de l’ordre de 20 %, il faudra beaucoup de brio à l’un, ou l’une, de leurs porte-drapeaux pour se retrouver au second tour.

En face, nonobstant les statuts de LR, jouant en l’occurrence le rôle de coordonnateur de la droite classique, Christian Jacob s’efforce certes de dépasser les procédures fragiles et contestées qui avaient quand même eu le mérite, en 2016, d’écarter l’insupportable candidat préfabriqué Juppé, recasé depuis au Conseil constitutionnel.

À l’heure où ces lignes sont écrites, plusieurs candidatures au nom de la droite se sont d’ores et déjà manifestées : celles de Michel Barnier, d’Éric Ciotti, du Dr Juvin, de Valérie Pécresse et, dans une démarche désormais purement personnelle, celle de Xavier Bertrand. Déjà deux candidats possibles, que l’on attendait plus ou moins, Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez se sont désistés, cependant que sans doute Gérard Larcher attend son heure en qualité de réconciliateur éventuel.

Leur compétition se propose de demeurer civilisée. De plus, avec des nuances imperceptibles, et des crédibilités inégales, tous s’accordent sur une attention particulière aux trois questions jusqu’ici considérées comme politiquement incorrectes des trois « i », de l’immigration, de l’islamisme et de l’insécurité.

Ce que François Brigneau appelait l’outre droite n’est pas en reste. Alors que le bruit commence à courir d’un retrait, ou d’une grosse fatigue, de sa candidate héréditaire, diverses coteries souverainistes tentent, de leur côté, de se refaire une santé, entre les citoyens Philippot, Zemmour et Dupont-Aignan.

Le trop-plein se confirme et le tri ne sera certainement pas facile pour ceux qui souhaitent effacer l’erreur de 2017, fermer la parenthèse de ce quinquennat perdu et relever le pays.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/

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