Heidegger : « l’introduction du nazisme dans la philosophie » d’Emmanuel Faye

Disons tout de suite le but de ce livre : casser définitivement Heidegger et ne voir en lui que quelqu’un qui a transpiré le nazisme par tous les pores de sa peau depuis sa naissance jusqu’à sa mort et même au-delà. Toute son œuvre, même celle que l’on dit philosophique, serait donc «nazie».

Heidegger selon Emmanuel Faye ne s’est pas contenté d’être un nazi de circonstance, c’était même un dur, un radical parmi les nazis. La radicalité ne serait-elle qu’une coquetterie d’intellectuel que l’on a trouvée aussi chez Sartre, bien sûr pas pour les mêmes raisons, et qui prenait des postures «viriles» qui compensaient sa petite taille lorsqu’il déclarait : « un anticommuniste est un chien ».

Selon Emmanuel Faye, le professeur de Fribourg a anéanti la philosophie. Que veut dire cette phrase «métaphysique». Selon Emmanuel Faye, la philosophie est au service de l’homme. Cette définition très subjective pose la question à laquelle aucune réponse n’est donnée. Qu’est ce que la philosophie ? L’amour de la sagesse. Cette définition encore «orientale» semble bien dépassée. On peut dire qu’au sens large tout homme qui se met à penser philosophe sans que cela soit forcément au service de quelque chose ou de quelqu’un. Quand Descartes doute, il ne se met pas au service de l’homme, il doute. La pensée peut prendre toutes les directions, ce qu’a démontré au moins Heidegger. En conclusion on peut dire qu’Emmanuel Faye a une définition personnelle de la philosophie. Et que celle de Heidegger n’y correspondant pas, il en conclut qu’Heidegger n’est pas philosophe.

Mais même si certains l’ont fait, la philosophie n’a jamais consisté à faire l’apologie perpétuelle des droits de l’homme, de l’antiracisme, de la démocratie ainsi que de l’universalisme. Philosopher, c’est spéculer.

Le livre d’Emmanuel Faye a l’intérêt peut-être non voulu de réfléchir sur le nazisme. On l’a réduit à Mein Kampf de Hitler et pour les spécialistes, on ajoute le mythe du XXème siècle d’Alfred Rosenberg. Ces livres peuvent sembler un peu rudimentaires pour certains intellectuels qui ont été réceptifs à ce courant. La réflexion sur le nazisme peut donc s’étendre et s’approfondir avec le débat intellectuel qui s’est opéré entre Spengler, Heidegger, Ernst Jünger et Carl Schmitt… Emmanuel Faye dans le fond juge Heidegger à l’aune du politiquement correct qui inonde la pensée de nos jours. Ce qu’on appelle le politiquement correct n’est que le produit d’un rapport de forces qui s’est établi après la guerre. Y a t-il une absoluité sur le plan philosophique ? Bien sûr que non. La radicalité ou l’extrémisme ne sont que des questions de perspective, chacun pouvant juger ses propres idées comme devant être la norme et celles des autres comme étant extrémistes, les idées politiques étant des possibles.

Allons droit au but et abordons l’idée de la race dans le nazisme.

La pensée de la race n’était pas tabou du temps de Heidegger et ce depuis le XIXème siècle jusqu’au début du XXème siècle dans toute l’Europe. Développer ses propres points de vue sur son amélioration était quelque chose de commun et banal dans de nombreux milieux intellectuels. Cataloguer avec insistance Heidegger comme «raciste» comme le fait Emmanuel Faye est de nos jours une mise à mort. Dans l’idée de la race, il y a aussi l’acceptation et l’importance du corps qui est rejeté dans la tradition française. Heidegger trouvait par exemple qu’Hitler avait de belles mains ! Le professeur de Fribourg était pour l’amélioration de la race allemande. Emmanuel Faye aurait-il trouvé cela plus convenable s’il avait été pour sa «dégénérescence». Prôner le métissage comme on le fait aujourd’hui est tout aussi «métaphysique» que de prôner le respect des races existantes.

Certes la culture allemande est hiérarchique par tradition et non universaliste dans son ensemble. Faut-il reprocher à Heidegger d’avoir été allemand et d’avoir plus penché pour la particularisme que pour l’universalisme ?

Emmanuel Faye a quand même raison de souligner que le «racisme» de Heidegger n’était pas biologique. La race pour Heidegger est un être-là tout comme le peuple allemand et les œuvres qu’il a produites dans les domaines les plus élevés de l’esprit humain. De ce constat on peut être attaché à sa préservation sans s’appuyer sur un biologisme douteux.

Emmanuel Faye a l’air de s’effaroucher comme une jeune fille que les nazis aient prôné l’anéantissement de l’ennemi. C’est le principe de toute guerre et l’on peut même ajouter que la guerre est en fin ce compte un état permanent comme le soulignait Oriana Fallaci. Les formes peuvent changer, elles prennent actuellement celles du terrorisme. La capitulation sans conditions de l’Allemagne par les alliés était l’exigence de l’anéantissement de l’ennemi. Les révolutionnaires français, dont nous sommes les héritiers, ont cherché à anéantir les contre-révolutionnaires vendéens. AI Qaïda veut anéantir l’Occident et les Etats-Unis l’islamisme. L’anéantissement de l’ennemi prôné par Carl Schmitt est le principe même de tout combat authentique. La distinction ami-ennemi, fondement de la politique chez Carl Schmitt est tout à fait pertinente. C’est la désignation de l’ennemi qui est un acte métaphysique.

L’hostilité que pouvait avoir Heidegger vis-à-vis de Descartes est l’universalisme qu’il a représenté, tout autant que le rationalisme. Descartes est non seulement privé de monde avec la séparation sujet-objet mais aussi privé de communauté. La différence entre la pensée française et allemande vient en partie de ce que la communauté (Gemeinshaft) a un sens outre-Rhin ce qui n’est guère le cas en France.

La conclusion de tout ceci pour Emmanuel Faye est qu’il ne faut plus lire Heidegger. Cela évitera bien des migraines à certains. En tous cas, il aura permis à Emmanuel Faye de se faire connaître. On veut donc épurer Heidegger de la philosophie, le suivant sur la liste sera peut-être Nietzsche puis, après les irrationalistes, les sceptiques sur l’idée de la vérité, les  «racistes» dont la liste pourrait être assez longue depuis Aristote jusqu’à Husserl qui a eu des écrits guère convenables sur les Papous et pour qui l’Européen représente un degré supérieur d’humanité. Le mot d’ordre d’Emmanuel Faye est « il ne faut plus lire Heidegger ». Mais qui donc a vraiment envie d’obéir à Emmanuel Faye et participer à son autodafé ?

Patrice GROS-SUAUDEAU

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