15 août 778 : Roland Le Preux

Fruit d’une antique tradition populaire orale et composée à la fin du XIe ou au début du XIIe siècle par un certain Turold, un long poème épique intitulé La chanson de Roland a suscité dans l’Europe féodale un enthousiasme durable et a servi de modèle éthique à de nombreuses générations de chevaliers. Ceux-ci brûlaient de s’identifier au héros principal de cette chanson de geste, le preux Roland, incarnation des vertus guerrières de notre race.

Roland est un personnage historique. Neveu de Charlemagne, il fait partie de l’entourage immédiat du roi franc qui a organisé son royaume, puis son empire (à partir du couronnement impérial à Rome, à la Noël de l’an 800) en fonction des vieux principes des peuples germaniques et celtiques c’est-à-dire, selon la formule utilisée par l’historien Pierre Riché, en « chef de clan ». Charles confie à ses proches des postes de confiance, chargés de lourdes responsabilités. Ainsi Roland reçoit-il le commandement d’une de ces zones frontières, toujours chaudes, qui protègent les limites du territoire carolingien et que l’on appelle des Marches – d’où le titre de marquis. Roland a en charge la Marche de la Bretagne, qui couvre le pays franc contre les éventuelles incursions des remuants Bretons, dont Charlemagne a la sagesse de ménager l’ombrageuse indépendance.

Roland s’est révélé un chef aussi avisé que courageux. Aussi, Charles l’emmène-t-il avec lui dans une délicate expédition montée outre-Pyrénées pour exploiter les dissensions qui existent entre les chefs musulmans d’Espagne – et qui opposent en particulier, comme toujours, Berbères et Arabes. Charles, en allant guerroyer en Espagne, entend perpétuer la lutte de ses père et grand-père contre les musulmans (on sait que Charlemagne est le petit-fils de Charles Martel … ). Au retour de cette équipée, Roland se voit confier le commandement de l’arrière-garde de l’armée franque pour le passage, délicat, des Pyrénées.

A Roncevaux, les Basques attaquent. Ces montagnards expérimentés ont la maîtrise du terrain. Leur embuscade est terriblement efficace. Les Francs, acculés, combattent jusqu’au dernier. Le chef donne l’exemple, comme il se doit : « Le comte Roland ne se ménage pas. Il frappe de sa lance tant que la hampe lui dure, mais après quinze coups, il l’a brisée et mise hors d’usage. Il tire alors Durendal, sa bonne épée, toute nue. » Ses compagnons tombés les uns après les autres autour de lui, Roland est à son tour touché à mort. Selon l’auteur de La chanson, ses dernières pensées sont toutes de fidélité à son idéal, à sa nation, à son clan : « Le comte Roland est couché sous un sapin. De maintes choses, il lui vient souvenance : de tant de terres qu’il a conquises en preux, de la douce France, des hommes de son lignage. » Et Roland célèbre en un ultime hommage sa bonne épée, symbole de ce combat qui donne sens à toute vie : « Ah ! Durendal ! Comme tu es belle et claire et blanche, comme tu luis et flamboies au soleil ! »

Pierre VIAL National hebdo du 18 au 24 août 1994

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