Relance économique : Bercy patauge dans la semoule.

La France a perçu jeudi 19 août un premier versement du plan de relance européen d’un montant de 5,1 milliards d’euros, a annoncé mercredi le ministre de l’Economie Bruno Le Maire au quotidien Sud Ouest : « Ce jeudi, nous toucherons 5,1 milliards d’euros de subventions du plan de soutien européen« . Il s’est par ailleurs félicité que « près de la moitié » du plan de relance français de 100 milliards d’euros soit déjà engagé. Un second décaissement de l’aide européenne va être demandé par le gouvernement français à l’automne et devrait être versé début 2022 pour un montant d’environ à nouveau 5 milliards d’euros, a indiqué le ministère de l’Economie. Ce plan doit être financé à hauteur d’environ 38 milliards jusqu’en 2026 par la Commission européenne.

Officiellement, Bruno Le Maire rejoindra ses bureaux de Bercy aujourd’hui lundi 23 août. Jeudi 19, il s’est toutefois rendu à Bayonne et à Biarritz, à quelques encâblures de sa maison de vacances du Pays basque, pour visiter une PME industrielle et rencontrer les acteurs économiques locaux. « C’est un déplacement pour évoquer la relance, pas axé sur les hôtels-restaurants », a précisé le cabinet du ministre de l’économie, avant de rappeler que les discussions avec les organisations professionnelles afin d’évaluer les difficultés liées au passe sanitaire sont, elles, prévues le 30 août.

Se projeter dans « l’après », alors même que l’ombre de l’épidémie plane déjà sur la rentrée et les mois à venir : à Bercy comme à l’Elysée, on tente d’évoquer de nouveau le temps long. Une gageure, tant cette crise a condamné l’exécutif à une gestion au jour le jour des problématiques économiques du pays.

Lors de son allocution télévisée du 12 juillet, Emmanuel Macron avait appelé à « un été de la relance », évoquant un second plan d’investissement censé permettre de « bâtir la France de 2030 » (c’est dans neuf ans, ça ne mange pas de pain…). Ce faisant, il reprenait presque mot pour mot le vocabulaire utilisé il y a un an, fin août 2020, pour lancer en grande pompe le plan de relance de 100 milliards d’euros devant doper l’économie post-Covid. Entre-temps, les deuxième et troisième vagues de la pandémie et les reconfinements successifs ont remis sous cloche une partie des entreprises et des commerces et rendu le projet largement inaudible politiquement. Résultat pour son projet de « bâtir la France de 2030« , c’est…peau de balle et balais de crin !

Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? En juin, le chef de l’Etat faisait tout pour mettre sur les rails les grands chantiers de sa dernière année de quinquennat, au premier rang desquels les réformes économiques et sociales. Aujourd’hui, un attentisme certain règne« Pour le moment, les choses ne sont pas tranchées », indique l’entourage du ministre de l’économie, à propos du fameux plan d’investissement de 20 à 30 milliards d’euros, qui vise cette fois à renforcer plusieurs filières industrielles tricolores (semi-conducteurs, batteries, biotechs, hydrogène…).

Ses contours seront dévoilés « en septembre », fait savoir Bercy. « Cet automne », indique l’entourage du chef de l’Etat. « S’il y a de l’argent à mettre, ce sera sur 2022, donc la date butoir, c’est le projet de loi de finances 2022 [présenté fin septembre] », précise-t-on à Bercy. Bruno Le Maire, qui a remis fin juillet une note sur le sujet au président, a également échangé à plusieurs reprises par téléphone avec lui durant l’été. Mais, admet un proche du locataire de Bercy, « vu le contexte sanitaire, le président a d’autres priorités pour le moment, il prend les choses dans l’ordre ». Mais a-t-il le choix ?

L’Elysée ne s’en est jamais caché : si le variant Delta devait de nouveau perturber le quotidien des Français cet automne, il faudrait bien remettre au pot pour soutenir les entreprises concernées, et différer une nouvelle fois l’extinction des aides publiques (fonds de solidarité, chômage partiel…) initialement prévue à la fin du mois d’août. Et donc prendre le risque de nouvelles fraudes à ces aides sociales (ne manquez pas de relire notre article sur le sujet : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2021/08/07/quoi-quil-en-coute-vraiment/). « On a appris à faire fonctionner l’économie en temps de pandémie. Mais il est impossible de réformer sous Covid », estime Eric Woerth, le président Les Républicains de la commission des finances de l’Assemblée nationale. « Le corps social est fatigué par le virus, et la pédagogie nécessaire n’est pas possible », ajoute le député de l’Oise, citant notamment la controversée réforme des retraites.

Pour le moment, on veut croire à l’embellie sur le front économique. En France, le taux de chômage, que certains voyaient dépasser les 10 %, est quasi revenu à son niveau de fin 2019, à 8 % de la population active, a indiqué l’Insee la semaine dernière. Les créations d’emplois ont fortement repris et les faillites en cascade ne se sont pas produites. Sauf que l’on avait oublié un détail d’importance que nous avons aussi rappelé à la mémoire de l’Insee : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2021/08/17/connaissez-vous-les-neet/ …

En Europe, la croissance a rebondi de 2 % au deuxième trimestre par rapport au premier, selon Eurostat. Mais, « aux Etats-Unis et en Chine, le variant Delta remet déjà en cause les prévisions économiques, ce qui pourrait freiner l’économie française », prévient Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management. Mi-juillet, le chef de l’Etat a annoncé tabler sur une croissance de 6 % du PIB cette année, contre 5 % précédemment. Simple parenthèse avant une rechute ou début d’une relance durable ? Qui peut répondre ?

« Il y a trois scénarios possibles pour la rentrée, résume Philippe Martin, patron du Conseil d’analyse économique, un think tank rattaché à Matignon. Soit la vaccination fonctionne, le Covid se transforme en grosse grippe et une majorité de Français donneront crédit au président d’avoir bien géré la crise. Soit les tensions sociales et la colère, même minoritaires, liées au passe sanitaire, s’accentuent et on se retrouve avec un automne émaillé de manifestations, et une résurgence de la défiance type “gilets jaunes”. Enfin, un scénario catastrophe, où un nouveau variant qui échappe à la vaccination émerge, et tout est remis en cause. » Ce qui se passe en ce moment en Israël n’est pas pour nous rassurer (https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/22/en-israel-le-reve-perdu-d-une-immunite-collective-face-au-covid-19_6092036_3244.html).

Autant d’incertitudes pour le début de la campagne présidentielle qui va commencer. « Les candidats vont devoir se positionner sur les sujets sanitaires et les inclure dans leur programme », souligne M. Waechter.

Le Covid-19 n’a pas fini de bouleverser les agendas.

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