ARISTOTE

Aristote fut le premier génie universel. Il a écrit sur tout, c’est à dire tous les domaines du savoir de son époque : la physique, la biologie, la psychologie, la métaphysique, la logique, la politique, la morale… Élève de Platon, il s’est opposé à lui sur deux points essentiels : le rejet du monde des idées de Platon, c’est à dire la séparation du monde sensible et du monde intelligible, et le rejet du dualisme de l’âme et du corps. S’il s’est attaqué à la logique, les mathématiques ont eu moins d’importance que pour son ancien maître Platon et la physique d’Aristote a été qualitative, ce qu’on a appelé le paradigme aristotélicien qui a précédé le paradigme galiléo-newtonien et, pour finir, le paradigme einsteinien qui jouxte actuellement celui de la mécanique quantique. Son influence fut, comme Platon considérable, jusqu’au 17e siècle. Il a eu de nombreux commentateurs célèbres comme Avérroes ou le père de l’église St Thomas d’Aquin qui l’a incorporé dans la pensée du christianisme. De façon plus dogmatique, il a été le philosophe de toute la période scolastique à laquelle s’est opposé Descartes.

La logique

Aristote a écrit un traité appelé l’Organon (l’instrument) puisque le terme « logique » est apparu après. Le philosophe définit les règles du raisonnement. Ce discours adéquat sera appelé communément discours scientifique à la différence de la dialectique de Platon. Dans une démarche que l’on retrouvera pour la philosophie analytique, Aristote étudie le langage qui est l’outil de la connaissance et de la pensée. Si le traité s’appelle l’Organon (instrument), c’est que la logique n’est que l’outil des sciences, c’est à dire établir l’élaboration du raisonnement avec des principes comme, par exemple, la non-contradiction.

Aristote a créé de nouveaux concepts comme les Catégories qui ne sont que la façon de dire l’Être. Le philosophe dénombre dix modes d’attribution : la substance (l’essence d’une chose), la quantité, la qualité, la relation, le lieu, la position, la possession, l’action, la passion, le temps.

Ce questionnement sur l’Être se prolongera jusqu’à Heidegger « l’Être se prend en plusieurs acceptations, c’est toujours relativement un terme unique, à une seule nature déterminée ».

Aristote distingue la méthode déductive, enchaînement de propositions ou démonstration. Cette méthode va de l’universel au particulier à la différence de l’induction : « Quant à l’induction, elle procède à partir des cas individuels pour accéder aux énoncés universels, par exemple, s’il est vrai que le meilleur pilote est celui qui s’y connaît, et qu’il en va de même du meilleur cocher, alors, d’une façon générale, le meilleur en tous domaines est celui qui s’y connaît. »

Le syllogisme est un raisonnement déductif.

« Tous les hommes sont mortels » (premier prémisse/majeur)

« Or Socrate est un homme » (second prémisse/ mineur)

« Donc Socrate est mortel » (conclusion)

Ce raisonnement maintenant est une application de la théorie des ensembles.

A inclus dans B  si X appartient à A, alors X appartient à B

Aristote a fondé les bases de la logique jusqu’au 18e siècle qui va se renouveler avec Leibniz, Boole, Frege, et surtout Gödel. Le philosophe grec a posé le principe de non contradiction, fondement des mathématiques classiques. « Il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps, au même sujet et sous le même rapport ».

La connaissance

Aristote rejette la théorie des Idées de Platon. « Les idées ne sont plus d’aucun secours pour la science des autres êtres pour expliquer leur existence, car elles ne sont, du moins, pas immanentes aux choses participantes. »

Aristote définit la substance, (ousia en grec) qui est l’essence des choses. Si le philosophe rejette le dualisme platonicien entre l’idée et la chose, il considère la substance comme un composé de la matière et de la forme. L’être est donc composé de sensible qui correspond à la matière et l’intelligible lié à la forme.

La physique est l’étude du mouvement ou de « l’être capable de se mouvoir » « les choses de la nature sont soumises au mouvement ».

Puissance et acte :

L’être est entre la puissance et l’acte. La puissance est la potentialité de réalisation, l’acte est l’accomplissement. Aristote donne l’exemple de la statue : le bloc de marbre possède en puissance autant de statues que le sculpteur peut créer. L’acte sera la réalisation.

Tout homme est en puissance (ou en potentialité). Un être peut posséder un langage, mais l’enfant sauvage a montré qu’il ne s’agit que d’une potentialité. L’être parlant en acte est celui qui a appris une langue dans sa communauté.

Les êtres, selon Aristote, sont constitués par quatre causes : la cause matérielle puisqu’il faut une matière pour exister, la cause formelle qui définit la forme de l’objet, la cause finale qui est la finalité de l’objet comme une maison pour habiter, la cause motrice : le travail de l’artiste.

La philosophie morale

La morale chez Aristote est une morale de l’action. Il ne sert à rien de réfléchir sur ce qu’est le courage ou la vertu. « En effet ce n’est pas savoir ce qu’est le courage que nous désirons, mais être courageux, ni ce qu’est la justice mais être juste. »

Aristote sort donc du questionnement socratique le « qu’est-ce-que ? ».

La philosophie morale du philosophe se trouve dans l’Ethique à Nicomaque.

Le but de l’homme est le bonheur que l’on appelle l’eudémonisme. Si l’intellect est le summum de la faculté humaine, il existe aussi des facultés inférieures.

L’action doit être conforme à la raison. Les vertus chez Aristote sont celles du juste milieu comme la prudence « le meilleur entre l’excès et le défaut par rapport à nous ». Le courage se situe entre la lâcheté et la témérité. La générosité se trouve entre l’avarice et la prodigalité. La modération entre la débauche et l’apathie.

Une vertu importante est la justice qui a aussi une connotation politique puisqu’elle nous relie aux autres. L’amitié relie aussi l’homme à la communauté. La morale aristotélicienne est plus concrète que celle de Platon qui absolutisait le Vrai, le Bien, le Beau. « La nature humaine ne suffit pas pleinement à elle-même pour l’exercice de la contemplation. Le sage aura aussi besoin de la prospérité extérieure puisqu’il est homme. »

La philosophie politique

Aristote s’oppose, là encore, au communisme de Platon. Pour lui l’inégalité des biens est nécessaire et il défend la propriété : « car il y a dans l’homme deux mobiles prédominants de sollicitude et d’amour : le sentiment de la propriété et l’affection exclusive ». Il existe chez lui un certain sexisme lié sans doute à l’époque. Chez l’homme, le courage est une vertu de commandement et chez la femme une vertu de subordination. « À une femme le silence est un facteur de beauté. » La recherche illimitée de la richesse est, pour lui, un vice. On retrouve l’idée de la mesure du juste milieu de sa philosophie morale. Pour Aristote, l’homme a un corps. « On ne serait être parfaitement heureux si on est disgracié par la nature ».

Sa pensée que l’on pourrait qualifier de conservatrice admet une hiérarchie entre les hommes. Pour lui, certains hommes diffèrent à peine des animaux et sont tout juste capables d’obéir. L’esclavage peut être justifié par l’infériorité naturelle de certains hommes. Pourtant, il nuance son propos. « La nature tend assurément aussi à faire les corps d’esclaves différents de ceux des hommes libres… pourtant le contraire arrive fréquemment : des esclaves ont des corps d’hommes libres et des hommes libres des âmes d’esclaves ».

Aristote n’a donc pas les valeurs de l’égalité comme Platon pour les biens. Les individus étant inégaux, la véritable égalité consiste à donner davantage à celui qui mérite davantage.

Sa philosophie politique est en correspondance avec une humanité d’une nature immuable selon lui.

Pascal écrivait : « Il vaut mieux savoir une chose sur tout que tout sur une chose ». Aristote savait tout sur tout à son époque. Doté d’une culture encyclopédique, il a représenté un idéal d’homme jusqu’à la Renaissance. Ses réflexions qui semblent obsolètes sur la science ont laissé une empreinte sur la division des savoirs. Il a fallu attendre plus de 2000 ans pour, à nouveau, développer nos connaissances en logique. Sa philosophie morale du bonheur persiste à notre époque. Quant à sa philosophie politique, elle correspond toujours à un courant qui a perduré à travers les siècles : le courant conservateur.

Sur le plan philosophique, il faudra attendre Descartes pour remettre en question le système Aristotélicien.

Patrice Gros-Suaudeau

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