L’écologie sans idéologie

Le Figaro Magazine – 31/05/2008 

Les menaces sur la planète sont bien réelles, assure Patrice de Plunkett, dans une enquête sur l’écologie. Mais pour sauver notre environnement, il faudra changer nos mentalités. 

Le Figaro Magazine – Vous publiez une enquête sur l’écologie aujourd’hui. Pourquoi commencez-vous par mettre en cause la Bible ?

Patrice de Plunkett – Aujourd’hui on accuse la Bible d’avoir pollué les mentalités. On dit que le livre de la Genèse, avec sa parole célèbre « croissez et multipliez », a poussé l’homme occidental à violenter la nature, donc à créer les dégâts écologiques. On présente ça comme une évidence… Mais est-ce exact ? J’ai voulu tirer les choses au clair. J’ai décortiqué les textes : la Genèse, le Deutéronome, le Cantique des cantiques, les prophètes, Job, les évangiles. J’ai aussi regardé ce qui se passait dans le reste du monde antique et les autres civilisations.

Et je suis allé de surprise en surprise. J’ai découvert ce que pense réellement la Bible : c’est le contraire de ce qu’on croyait savoir ! Au lieu de dire à l’homme de régner selon son bon plaisir, la Bible donne un sens surnaturel à la nature. Tout ce qui entoure l’homme prend une signification. Loin de pouvoir en faire tout ce qu’il veut, l’homme devient le berger et le « prêtre » de la Création vis-à-vis du Créateur… C’est très poétique, et ça ouvre des horizons pour notre temps. L’autre surprise, c’est de découvrir que les dévastations de l’environnement ont commencé partout et dès l’aube de l’histoire. Plusieurs siècles avant notre ère, en Grèce, Platon a des accents écolos pour protester contre la surexploitation de la nature, la déforestation et l’érosion des sols ! Dans le vieil empire chinois, les catastrophes écologiques se succèdent. Sur l’île de Pâques, deux cents ans avant l’arrivée des Occidentaux, les autochtones avaient tout déboisé pour leur culte païen (les chantiers de statues), ce qui avait provoqué la ruine de l’île et les guerres tribales… D’où une nouvelle moisson de questions sur lesquelles il fallait enquêter aussi : pourquoi la culture occidentale moderne accuse-t-elle le « monothéisme biblique » d’être la cause des dégâts écologiques ? Que s’est-il passé en Europe entre les Lumières et la révolution industrielle ? Quel fut le rôle du voltairianisme, puis du darwinisme social, dans les esprits des élites économiques au XIXe siècle ?

Et aujourd’hui, les menaces sur la planète sont bien réelles ?

Les faits sont là. On ne peut pas esquiver le problème en disant qu’il y a « toujours eu des problèmes » ! Nous sommes dans une situation inédite : la puissance de la machinerie industrielle mondiale est sans précédent, et elle a un impact sur la biosphère dont dépend notre avenir. Mieux vaut évaluer lucidement les enjeux ; certaines probabilités peuvent faire peur, ce n’est pas une raison pour les nier a priori… J’ai donc voulu savoir d’où venait le souci du réchauffement climatique : pourquoi la plupart des climatologues (seuls compétents dans ce domaine) disent-ils que la menace est réelle ? Même question à propos des OGM : pourquoi des biologistes disent-ils : « ne jouons pas aux apprentis-sorciers » ? Devant la virulence des polémiques qui divisent la droite comme la gauche, j’ai voulu savoir ce qu’était l’agriculture transgénique, et si sa diffusion était vraiment un service à rendre à l’humanité. J’ai également enquêté sur les agrocarburants, sur la « maladie des océans », la crise du pétrole, les atteintes à la biodiversité. Tous les dossiers brûlants.

Vous appelez à ne pas confondre l’écologie et les Verts…

L’écologie est une chose trop importante pour être laissée aux Verts ! Ce parti a d’ailleurs dérivé loin de l’écologie sincère, ce qui explique largement son naufrage électoral. Et il est devenu ultra-minoritaire dans le paysage écologiste, à force de vouloir mettre l’écologie au service de la politique (politicienne)… Au contraire, les écologistes « vrais » veulent mettre le politique au service de l’écologie : une nouvelle vision de l’homme dans le monde vivant. Un homme conscient de faire lui-même partie de ce monde. Une économie à la mesure de l’homme. Un nouvel art de vivre : plus sobre, en harmonie avec la condition humaine.… Vue ainsi, la responsabilité du politique devient décisive pour l’avenir de la Terre et des Terriens.

Nous vivons à l’ère industrielle, dans un système économique mondialisé. Alors comment mener une politique écologiste sans verser dans l’utopie ?

L’utopie était de croire que le système allait durer. C’était une parenthèse. Elle va se refermer, sous la pression de réalités nouvelles. Le pétrole cher, le déclin des réserves d’hydrocarbures, condamnent l’orgie des transports à travers la planète et rendront de moins en moins rentables les délocalisations. Les émeutes de la faim dénoncent la politique agricole « globale », et disent l’urgence de l’autosuffisance alimentaire. Voyez aussi la démesure des agrocarburants, développés au détriment des cultures vivrières, et les fonds spéculatifs faisant flamber le prix du blé : symptômes d’un capitalisme «devenu fou », selon le mot du prix Nobel Joseph Stiglitz… Ce système est condamné parce qu’il nuit à l’économie, aux hommes et à la nature. Face à lui, le social, l’écologique et l’économique vont s’allier. Les (vrais) écologistes sont en phase avec les économistes qui demandent la réforme du système, et avec les sociologues qui appellent à redécouvrir le facteur humain. C’est le camp du réalisme, non celui de l’utopie. C’est aussi le camp de l’avenir.

Jean-Paul II et maintenant Benoît XVI multiplient les avertissements au sujet de l’environnement. Sont-ils écoutés ?

Deux papes écologistes : encore une surprise ! Jean-Paul II appelait l’homme à assumer sa responsabilité, et prononçait des réquisitoires écologiques fulgurants. (J’en donne des exemples). Benoît XVI appelle à changer le système global : dans ses allocutions de la place Saint-Pierre, il mobilise la Vierge Marie dans le combat contre les structures d’injustice et de dégradation. Le Saint-Siège plaide pour une réforme de la politique mondiale… Les catholiques entendent-ils ce langage ? Les jeunes, oui, en masse : on va le voir cet été à Sydney. D’autres sont déconcertés : ils évaluent mal la question écologique, n’ayant pas eu l’occasion de l’examiner. C’est beaucoup pour eux que j’ai écrit cette enquête, pour faire bouger les idées.

Propos recueillis par Jean Sévillia

L’écologie de la Bible à nos jours, de Patrice de Plunkett, L’oeuvre.

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