28 juillet 1794 : thermidor

François Furet, récemment disparu, dénonçait dans un livre stimulant, Penser la Révolution française, la « logique manichéenne » et le « catéchisme révolutionnaire » de ceux qui veulent réduire l’histoire de la Révolution à un affrontement entre les bons et les méchants, les forces du Bien et celles du Mal. Il en va de la Révolution française comme de toute autre période de l’Histoire : la réalité historique ne se plie pas aux dogmes, de quelle que nature et de quelles qu’origines qu’ils soient. C’est donc en laissant de côté les simplismes que l’on peut espérer tirer de l’Histoire quelque enseignement.

Dans l’après-midi du 10 thermidor (28 juillet 1794), vers 4 heures, trois charrettes chargées de condamnés débouchent sur la place de la Révolution, à côté du jardin des Tuileries. Au centre de la place se dresse la guillotine. Bien du sang a été répandu là depuis que la Terreur règne sur Paris et sur la France. Au milieu des hurlements de la foule, les condamnés montent un à un sur l’échafaud. Vingt fois le couperet tombe. La vingtième tête, qu’un aide du bourreau Sanson montre à la foule trépignante, est celle de Robespierre. Avec lui viennent d’être exécutés, entre autres, son frère Augustin, Couthon, Saint-Just. Des noms qui, la veine encore, faisaient trembler bien des gens. mais tout est allé très vite ; le 9 thermidor, la Convention a voté à l’unanimité un décret d’arrestation de Robespierre et de ses plus proches fidèles. A onze reprises, pendant la séance, Robespierre a essayé de prendre la parole mais une obstruction efficace l’en a empêché. Robespierre a ainsi perdu l’une de ses armes favorites, le verbe. Ce verbe redoutable qui a envoyé à l’échafaud tant d’hommes et tant de femmes.

Tout s’est joué en quelques heures. Tandis que Robespierre et les siens étaient conduits en prison; la Commune de Paris faisait sonner le tocsin pour appeler les sections de la Garde nationale à voler au secours de Robespierre. Délivré, celui-ci s’est rendu à l’hôtel de ville, gardé par les sectionnaires. On y a beaucoup parlé mais rien décidé. Ce qui a donné le temps d’agir à la Convention, dominée par l’étrange coalition de tous ceux, des plus « modérés » aux plus extrémistes, qui n’en en commun que la haine de Robespierre. Par scrupule légaliste ou par désenchantement – qui pourrait dire ce qui se passe en lui ? – Robespierre se refuse à lancer un appel à l’insurrection générale de ses partisans. C’est sa perte. Lassés de l’inaction, laissés sans ordre, les sectionnaires rentrent chez eux les uns après les autres. Vers 2 heures du matin, le 10 thermidor, des gendarmes pénètrent dans l’Hôtel de Ville, sans rencontrer de résistance. Ils sont conduits par Barras, personnage douteux qui a organisé, avec Tallien et Fouché, le complot contre Robespierre (ces hommes, tout aussi prévaricateurs que sanguinaires, se sont fait haïr en province et redoutent qu’on leur demande des comptes). Robespierre, à l’irruption des gendarmes, tente de se tirer une balle dans la tête, mais ne réussit qu’à se fracasser la mâchoire. Tout est terminé.

L’Incorruptible éliminé, la réaction thermidorienne va pouvoir s’ébattre à son aise. Temps de troubles, de décomposition, d’incertitude. Jusqu’au jour où un certain général Bonaparte viendra mettre de l’ordre.

P.V National hebdo du 24 au 30 juillet 1997

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