L’écologie politique en question

Pollution de l’air, affaire de la plate-forme Schell, boycot de la France dans le Pacifique à la suite de ses essais nucléaires : l’actualité de l’environnement est active, et, mois de juillet oblige, les médias y mettent la pédale forte. Quels intérêts cela sert-il ? Quels effets peut-on en attendre ?

La très puissante compagnie pétrolière Shell, l’une des sept sœurs qui régentaient hier le monde et qui pèsent toujours plus qu’un pays, vient de céder au boycot des écologistes allemands : elle ne coulera pas l’une de ses plates-formes en mer du Nord comme elle le prévoyait d’abord. De même l’Australie, la Nouvelle-Zélande, aidées par Greenpeace et certains relais en Europe, tentent-ils de faire revenir la France sur sa décision de reprendre des essais nucléaires. L’Australie et la Nouvelle-Zélande s’attaquent depuis longtemps à la présence française en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie. La campagne de Greenpeace permet de réveiller l’Indépendantisme de quelques polynésiens. Le boycot serait-il devenu l’arme première d’affrontements géopolitiques sans effusion de sang ? Plus généralement, l’écologie serait-elle devenue le meilleur moyen de mouvoir les peuples et de museler les Etats ? Au profit de qui ? Grâce à quelles manipulations ? Grâce à quels réseaux ? Depuis plusieurs années déjà, l’écologie est suspecte, ou, si l’on préfère, orientée. Ses organisations s’occupaient plus volontiers d’entraver le développement de l’indépendance française que de dénoncer la masse, pourtant gigantesque, des désastres écologiques à l’Est. De même on a vu, lors de la Conférence de Rio en 1992, le tiers-monde, poussé par l’URSS, tenter d’influer sur la politique énergétique des pays du Nord, en particulier sur celle des Etats-Unis. L’invention des pluies acides, l’exploitation médiatique d’un concept insuffisamment étudié, celui d’effet de serre, eurent pour but évident de donner mauvaise conscience aux pays développés et de freiner leur avance.

En dehors de ces oppositions Sud-Nord et Est-Ouest, l’ensemble des organisations écologistes, des conférences internationales qu’elles suscitent et des dispositions qu’elles prennent tendent vers un contrôle mondial du monde qui souhaite limiter, puis annihiler, l’indépendance des Etats. C’est vrai, pour le meilleur et pour le pire, pour la pêche à la baleine, pour le retraitement des déchets nucléaires ou pour l’exploitation du continent austral.

Mais la boîte à tam-tam qui ameute l’opinion publique passe, dans l’ensemble, dans les mains des pays du Nord, avec les services de l’Est, les gauchos-écolos des pays riches, et les médias dominants, manipulés par tous les puissants. Ainsi, la «catastrophe» de l’Exxon Valley, très limitée, eut-elle un retentissement mondial hors de proportion avec son Intensité, et les dégâts furent-Ils promptement Indemnisés : à comparer avec l’Interminable misère de l’Amoco Cadiz sur les côtes bretonnes.

On notera enfin que l’écologie sert parfois aux grandes entreprises pollueuses : on ne sait toujours pas (cf Haroun Tazieff) si les gaz CFC utilisés comme propulseurs d’aérosols font vraiment des trous dans la couche d’ozone stratosphérique. Mais, en les interdisant sous la pression des écolos, la Conférence de Montréal a fait les affaires de quelques grosses firmes qui avaient mis au point des substituts à ces CFC. Les entreprises technologiquement moins avancées, elles, ont vendu des aérosols propulsés tout bonnement par du butane : et voilà comment un Denis Bénoliel s’est fait griller en passant son appartement à l’insecticide.

L’écologie mène à tout, même au crime.

Après six mois d’un débat fort médiatisé, ponctué de campagnes de désinformation et d’actes terroristes, l’affaire Greenpeace/Shell touche à sa fin. Le contentieux portait sur le sort d’une plate-forme pétrolière, le Brent-Spar, située dans la mer du Nord à 240 km au nord-est de l’Ecosse. La Shell désirait saborder la plate-forme dans une fosse marine de 2 000 mètres de profondeur, avec l’appui du gouvernement britannique et en toute conformité à la convention internationale sur la mer du Nord. Mais les activistes écologistes de Greenpeace, partisans d’un démantèlement à terre, ont, en appelant les « citoyens responsables » au boycot, remporté une victoire : celle d’un lobby contre l’intérêt collectif.

Cette démonstration de force pose un certain nombre de questions sur la puissance de l’ « internationale verte ».

Comment une multinationale peut-elle mettre en échec une autre multinationale soutenue par des dirigeants politiques ?

Le succès de Greenpeace face à la Shell et au gouvernement anglais s’explique par la redoutable campagne de médiatisation lancée par Greenpeace et alimentée par la presse allemande, Dès le lancement de l’opération, les réactions ne se font pas attendre: l’idée du boycot est reprise par tous, des municipalités qui refusent de faire le plein de leur parc automobile chez Shell jusqu’à l’Eglise catholique néerlandaise qui affirme que le projet de coulage du Brent-Spar est contre son éthique.

C’est l’escalade : sous la pression, Helmut Kohl demande à John Major d’annuler son autorisation. Refus indigné du Premier ministre britannique.

Les écologistes fanatiques répliquent par des méthodes criminelles: tirs à balles réelles le 14 juin, incendies criminels le 16 et lettres piégées le 19. Les polices néerlandaise et allemande doivent organiser des rondes de surveillance autour des stations-service, mais ne parviennent pas pour autant à atténuer le sentiment d’insécurité des employés de Shell. Dans la crainte de mouvements sociaux de son personnel, qui réclame déjà des primes, la filiale allemande se désolidarise de sa consœur britannique.

Au même moment Greenpeace lance une nouvelle opération médiatique en déposant quatre activistes sur la plate-forme. Vite parvenus au coeur du bâtiment, il est impossible de les déloger. Shell répond donc à cette action illégale en arrosant, sous l’œil des caméras, les Zodiac de Greenpeace avec des canons à eau. Ce sont les images, largement diffusées, d’une poignée de militants buvant la tasse qui convaincront l’opinion publique du tort de la compagnie pétrolière, les écologistes se servant, comme dix ans auparavant lors du scandale, du Rainbow Warrior, de leur statut de martyrs pour démontrer le bien-fondé de leurs revendications. John Major enregistre, fin juin, la marche arrière.

Des deux opérations proposées. le sabordage et le démantèlement, laquelle était véritablement la plus dangereuse ?

Le démantèlement à terre demandé par Greenpeace entraînera, lors du retournement et du remorquage de la plate-forme, la fuite de matériaux (sable, zinc, cadmium, pétrole… ) dans des zones peu profondes ou la faune marine est importante. Le sabordage, lui, n’aurait laissé filtrer quelque chose qu’au bout de plusieurs siècles, à cause de la solidité de l’ensemble et de la pression de l’eau, et ce dans un milieu recelant très peu de vie. La plateforme, vidée dès 1991, ne contient par ailleurs que de faibles doses de déchets huileux et de matériaux toxiques. Rien de particulièrement inquiétant au regard des étonnantes capacités de recyclage du milieu subaquatique. Quand à la prétendue radio-activité, son taux est, sous l’eau, à peine plus dangereux que celui, sur terre, des montres à aiguilles phosphorescentes.

John Major, appuyé par de nombreux scientifiques indépendants, n’a eu aucun mal à contrecarrer les arguments de Greenpeace. Il ne fait donc aucun doute que, tant sur le plan écologique que sur le plan humain, le coulage en eau profonde dénoncé par Greenpeace était la meilleure solution.

Quels sont les fonds de Greenpeace ? D’où viennent-ils ?

Il est difficile d’évaluer les fonds de Greenpeace à l’échelle mondiale mais, officiellement, son budget annuel avoisinerait les 250 millions de francs, financés en grande partie par la branche allemande, la plus riche ; dont les revenus annuels dépassent les 200 millions de francs.

D’après Greenpeace, les fonds proviendraient surtout de dons. Mais les associations satellites bénéficient de nombreuses subventions, Et le « chantage aux pollueurs » est une pratique courante chez de nombreuses organisations écologistes

Jusqu’à la chute de l’empire de l’est, on peut aussi penser que Greenpeace, profitait d’une aide des Soviétiques, ce qui expliquerait son étonnant silence lors de l’inspection des centrales nucléaires d’URSS, peu avant la catastrophe de Tchernobil.

Quels ont été les enjeux financiers de l’affaire Brent-Spar ?

Sous l’influence du boycot, appuyé par des opérations de sensibilisation devant les stations-service, le chiffre d’affaires des 1700 stations Shell implantées en Allemagne chute de 15 à 20 %, ce qui représente une perte quotidienne proche de 35 millions de francs.

De plus, le prix du démantèlement à terre est de 460 millions de francs, alors que le sabordage aurait coûté seulement 120 millions. Ce sont les contribuables anglais qui auront le plus à souffrir du chantage des fanatiques allemands, 60 % du prix du démantèlement des plates-formes étant financés par une taxe spéciale.

Quel a été l’enjeu politique des écologistes dans cette affaire ?

Forte de ce succès, Greenpeace a pu, une fois de plus, prouver sa popularité et démontrer aux multinationales que son appui était indispensable à toute intervention en rapport avec l’environnement, quel que soit l’argumentaire scientifique. L’organisation, qui perdit de nombreux militants et adhérents lors de la guerre du Golfe, et fut récemment contrainte à licencier 10 % de son personnel, retrouve du poil de la bête, et une force de lobbying extraordinaire,

Pour Greenpeace, cette opération à aussi été l’occasion de se donner un nouveau chef, l’Allemand Thilo Bode, qui succédera à l’Américain Steve d’Esposito, fort contesté, dès le mois de janvier prochain.

Comment est organisée la « pieuvre verte » ?

Historiquement, Greenpeace est née en 1971, à la fin des années hippies. Huit ans plus tard, les différentes antennes s’unissent pour former Greenpeace International. Le conseil, principal organe décisionnaire de l’organisation, est constitué d’un noyau dur de militants convaincus (souvent soupçonnés de sympathies trotskistes, voir de collaboration avec la Stasi), Cette cellule choisit les cibles, organise les opérations commandos et assure la résonance médiatique. C’est aussi elle qui vote le budget annuel de l’organisation. Elle dispose d’un gigantesque réseau de bureaux nationaux et régionaux, avec plus de 1 300 permanents et de nombreux chargés de missions. Greenpeace est présente dans une trentaine de pays, surtout au nord. Son influence sur les partis écologistes conventionnels n’est plus à démontrer (voir la levée de boucliers verte en Allemagne). Enfin, sa puissance est due en grande partie à son implantation locale sous forme associative qui lui permet de réagir très rapidement sur le terrain, comme elle l’a fait tout au long de l’affaire du Brent-Spar.

En une trentaine d’années, elle aura su acquérir, grâce à sa stratégie médiatique, un véritable droit de veto sur les décisions touchant à l’environnement.

Le boycot est-il le nouveau moyen de pression des écologistes ?

Oui. L’exemple de Shell a refait du boycot ; pourtant malhonnête, une des armes de dissuasion des lobbies en place. Ainsi, la reprise des essais nucléaires français dans le Pacifique a déjà donné jour à plusieurs boycots, pour l’instant isolés. En Allemagne, une grande chaîne de restauration affirme qu’elle se passera désormais des produits français, alors que les facteurs australiens refusaient de passer le courrier de nos diplomates, oubliant ainsi leur devoir de fonctionnaires. En Australie encore, un groupe de rock, renommé, les «Midnight Oïl», refusait tout nouveau concert dans l’Hexagone. Cela ne vous rappelle rien ?

Philippe BLANC.  National Hebdo du 13 au 19 juillet 1995

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