Août 1914, été tragique

Le Figaro Magazine – 30/08/2013

L’Europe s’est précipitée les yeux fermés vers l’abîme.

      Le 28 juin 1914, le continent européen est en paix. Trente-sept jours plus tard, il s’engage dans une guerre qui mobilisera 65 millions de soldats, abattra trois empires, écrasera les vaincus et laissera les vainqueurs épuisés et ruinés. Plus de 20 millions de militaires et de civils auront perdu la vie au cours de cette tragédie, sans compter les 21 millions de blessés et de mutilés. Inédit par sa violence meurtrière et par ses conséquences géopolitiques, ce conflit infléchira le cours de l’histoire : le bolchevisme, le fascisme et le nazisme naîtront du grand choc de 14-18 qui, lui-même, engendrera la Seconde Guerre mondiale.

     Tout a donc commencé, le 28 juin 1914, par l’assassinat, à Sarajevo, de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche, et de sa femme, la duchesse de Hohenberg, par un jeune nationaliste serbe. Les fils de la conjuration remontant à Belgrade, l’ultimatum que lancera Vienne à la Serbie se transformera en déclaration de guerre, puis, par le jeu des alliances, en conflit européen généralisé, en attendant l’entrée en scène des Etats-Unis.

     On croit connaître cette histoire par coeur et pourtant, Christopher Clark, un chercheur britannique, professeur à Cambridge, parvient à la raconter d’une manière nouvelle. L’auteur ne se contente pas de relater les 37 jours qui séparent l’attentat de Sarajevo du début du conflit : en se plaçant, successivement ou simultanément, du point de vue serbe, russe, français, anglais, autrichien ou allemand, il démonte le mécanisme infernal qui s’est alors mis en branle et dans l’élaboration duquel tous les pays ont une part de responsabilité, même si elles ne sont pas égales. L’enquête de Christopher Clark s’appuie sur d’innombrables sources savantes, mais est servie par un sens du récit, du portrait et de l’anecdote qu’on trouve trop rarement chez les universitaires. Il en ressort que c’est dans un mélange de conscience et d’inconscience, de volonté et de résignation, que les Européens ont marché vers la guerre, se précipitant comme des « somnambules » vers l’abîme. Ils n’en réchapperont que trente ans plus tard, mais non sans avoir perdu leur suprématie mondiale.

Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com/

Les Somnambules, de Christopher Clark, Flammarion, 668 p., 25 €. Traduit de l’anglais par Marie-Anne de Béru.

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