CARREL, CET INCONNU

Il ne se passe pas de semaine sans que quelque censeur vindicatif ne vienne cracher sur la tombe d’Alexis Carrel. Le prix Nobel, auteur du best-seller L’homme cet inconnu, est accusé d’avoir été «raciste», «eugéniste», « théoricien des chambres à gaz » et «collaborateur». Cela suffit pour que des gardiens auto-proclamés de la mémoire exigent que les rues, les boulevards, les avenues ou les facultés Alexis-Carrel soient débaptisés. Or, Jean-Jacques Antier, dans la biographie qu’il vient de lui consacrer (1) nous brosse le portrait d’un scientifique au parcours hors du commun.

Né en 1873 dans une famille de la bourgeoisie lyonnaise, ayant perdu son père très jeune, il suivra de brillantes études de chirurgie. Jeune interne il se permettra des prouesses dans la réparation des vaisseaux sanguins qui le feront connaître jusqu’aux Etats-Unis.

En 1902, il aura le privilège d’assister à une guérison miraculeuse à Lourdes. En bute au climat très anticlérical de la faculté de médecine, refusé par deux fois aux grands concours, il s’embarque pour l’Amérique. Engagé par l’Institut Rockefeller de New-York, il développera en quelques années des travaux scientifiques d’une telle ampleur qu’il obtiendra le prix Nobel de médecine et de physiologie en 1912.

Inventeur du liquide Dakin

Mobilisé en 1914, il inventera un nouvel antiseptique qu’on utilise encore aujourd’hui : le liquide de Dakin.

En 1935 il écrit le livre du siècle sur l’homme qui sera traduit dans 22 langues et vendu à plus d’un million d’exemplaires en français.

Le 12 juillet 1939, mis en retraite et après avoir décliné l’offre de John Rockefeller qui lui propose de mettre à sa disposition des moyens importants pour ses recherches, Carrel embarque à bord du paquebot lIe-de-France qui le ramène au pays.

La guerre éclate, il tente d’être mobilisé : trop vieux. Il découvre l’atmosphère de cette drôle de guerre : « Au lieu de faire la guerre aux Boches, on se bat entre Français. Atmosphère d’asile d’aliénés. Aucun désir de servir. Ruée vers l’argent. Des combines partout. »

Le 20 mai 1940 il repart pour New York. L’armistice est sollicité le 22 juin. Il commence aussitôt une intense campagne en faveur d’une intervention militaire américaine en Europe.

Charles Lindbergh, dans son journal du temps de guerre écrira : « Carrel croit qu’en cas de victoire de l’Allemagne, se sera fin de la civilisation occidentale. »

Fin 1940 on lui parle de la famine qui risque de s’abattre sur la France. Il décide de rentrer au pays avec des médicaments et des vitamines et de travailler sur les problèmes de nutrition. Il est accompagné du docteur Johnson, envoyé spécial de Roosevelt. Faisant escale au Portugal, il refuse l’invitation du président Salazar. En Espagne, il refusera un avion spécial devant le conduire à Berlin.

Alors que de nombreux amis, dont Raoul Dautruy, le poussent à repartir pour les Etats-Unis après qu’il eut visité une France dévastée, sa conscience lui dicte de s’installer à Paris au coeur du malheur.

Il projette d’y fonder un institut sous deux conditions : obtenir d’importants crédits du gouvernement français, tout en restant indépendant vis-à-vis de lui, de l’administration et bien sûr des Allemands.

Le seul contact qu’il eut avec l’occupant fut un déjeuner au Ritz avec le conseiller d’ambassade Westrick, grand blessé de 1914/1918. Cela aboutit à ce conseil : « Vous allez être contacté par les milieux pro-allemands. Fuyez ces contacts. Je vous en conjure, méfiez-vous ! La duplicité des Allemands est redoutable. »

Il refuse de prêter serment

Carrel n’adhéra jamais à la Révolution nationale. Il ne porta jamais la Francisque et refusa de prêter serment au Maréchal, bien qu’il y fut tenu comme tous les fonctionnaires et officiers. Curieux pour un soit disant collabo…

La Fondation française pour l’étude des problèmes humains fut installée au 20 rue de la Baume, dans les bureaux en sommeil de la fondation Rockefeller et avec son accord. Carrel en est nommé régent.

La seule fois où un Allemand pénétra dans les locaux de la fondation ce fut pour entendre ces mots terribles de la bouche de Carrel : « Vous voulez à petit feu exterminer les Français. Je vous accuse de génocide ! »

Bien sûr il refusa, en 1943, de devenir ministre de la Santé publique.

Dans ses équipes travaillent des gens aussi divers que Le Corbusier, Françoise Dolto, le professeur Delay ou François Perroux qui sera le mentor de Raymond Barre. Toutes les sciences de l’homme sont exploitées.

Mais petit à petit, Carrel perd le pouvoir au sein de sa fondation.

Menés par l’ambitieux Perroux, une bande de technocrates tentent d’annihiler l’autonomie des chercheurs souhaitée par Carrel sur le modèle de l’institut Rockefeller.

Carrel est suspendu de ses fonctions le 21 août, sans aucune explication. Aucune enquête ou poursuite pour collaboration ne fut engagée.

Seule une campagne de presse se déclenche et notamment entretenue par ceux, comme Perroux, qui cherchent à se blanchir. Elle l’accompagne jusqu’à sa mort le 5 novembre 1944.

Cinquante ans plus tard la campagne continue.

Dr L.PERENNA National Hebdo du 14 au 20 juillet 1994

(1) Jean-Jacques Antier : Alexis Carrel, la tentation de l’absolu. Editions du Rocher 1994. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s