Un entretien avec Horst Mahler 2/4

Dans les années 60, lorsque des millions de travailleurs étrangers ont été attirés dans notre pays, nous avons, surtout dans les rangs du SDS, critiqué cette politique, non pas sous l’aspect de l’aliénation culturelle, mais sous celui de l’économie, en constatant que cette politique d’immigration permettait aux capitalistes de compresser les salaires. Ensuite, nous, les militants du SDS, pensions que les étrangers qui venaient dans notre pays et y acquéraient des qualifications professionnelles particulières, allaient retourner dans leurs patries pour apporter leurs compétences et leurs capacités à leur propre peuple. Pour les personnes ressortissant des pays en voie de développement, nous considérions que c’était de la “désertion”, dans le chef des cadres, de ne pas demeurer fidèles à leur peuple et de rester ici en Allemagne pour mener une vie de confort en tant que médecins, architectes ou ingénieurs.

La problématique de l’aliénation culturelle

À l’époque, l’aliénation culturelle, en tant que telle, n’avait pas encore pénétré la conscience des gens. D’abord, ce n’était pas encore clair dans leurs têtes, que la plupart des travailleurs hôtes (Gastarbeiter) allaient rester durablement en Allemagne et pratiquer le regroupement familial voire clanique. Ensuite, nous pouvions imaginer qu’avec le plein emploi et une sécurité sociale au maillage bien serré, la majeure partie des travailleurs hôtes, avec leur famille, s’assimilerait avec succès. Si, à l’époque, la situation avait été telle que nous la connaissons aujourd’hui à Kreuzberg, Wedding, Neukölln ou Schöneberg, et aussi à Francfort, Hambourg ou Kassel, j’aurais, dès ce moment, pris parti pour mes compatriotes, victimes d’une sorte d’expulsion à l’intérieur de leur propre pays. J’aurais réclamé dès cette époque un changement fondamental dans la politique d’immigration, afin que l’Allemagne puisse rester aux Allemands.

• Cependant, dans les rangs de la droite, on vous reproche d’avoir opérer un changement à 180° : on dit que vous étiez un Saül gauchiste et que vous êtes devenu un (Saint)-Paul de droite…

Ce n’est pas une question que vous me posez là : vous répétez un on-dit. Je ne peut rien répondre d’intelligent à cette formule à l’emporte-pièce. Comment peut-on me reprocher un “changement”, que l’on pose à priori, sans analyse sérieuse ? Or ne doit-on pas constater que, depuis la victoire du peuple vietnamien sur les États-Unis en 1975, tout a changé ? Les fondements idéologiques des partis étudiants issus du mouvement de 68 — via la banque, ils avaient une orientation communiste — se sont lézardés depuis la fin des années 70. Ces partis se sont dissous. Après cela, qu’est ce qui est encore à “gauche” ou à “droite” ? Pendant les années 80, nous avons assisté à la révolution islamiste de Khomeini en Iran. Depuis cet événement important, nous sommes confrontés à un défi à la fois religieux et politique. De même, dans les années 80, les États-Unis ont imposé dans le monde entier un libéralisme agressif (le globalisme). À la fin de 1989, la division de l’Allemagne prend fin. Au début des années 90, l’Union Soviétique s’est effondrée. À la même époque, la poudrière ethnique de l’ex-Yougoslavie explose. La guerre revient en Europe. Vers le milieu des années 90, les États-Unis s’établissent comme unique hyper-puissance, comme on le voit clairement dans la guerre qu’ils continuent à mener contre l’Irak. Washington proclame unilatéralement l’avènement d’un “nouvel ordre mondial”, sous lequel toutes les régions du monde ne seront plus que des prés à paître pour le capital spéculatif nomadisant. Depuis 1997, une crise économique mondiale se dessine à l’horizon.

J’ai eu de bons professeurs d’histoire…

Face à cette multitude de défis nouveaux, une chose me préoccupe intensément, depuis la fin des années 70 : l’état intellectuel/spirituel contradictoire de notre peuple. Car savoir si notre peuple survivra physiquement et moralement dans cette situation, dépend de sa constitution intellectuelle/spirituelle et nullement de sa puissance économique. Hegel nous disait déjà : « Le peuple qui a une mauvaise notion de Dieu, a également un mauvais État, un mauvais gouvernement et de mauvaises lois ». Quant à Ernst Nolte, il nous a rappelé que notre peuple, comme aucun autre, a été le terrain anthropologique, au plan physique comme au plan spirituel, où se sont déroulées sans médiation la “guerre civile européenne” puis la “guerre civile internationale”. Ma longue réflexion sur ces questions a bien sûr donné des résultats. Dans ce travail de réflexion, je me suis efforcé d’éviter une erreur : celle qui consiste à rabaisser les batailles spirituelles dans la lutte pour la connaissance de la vérité à ce lamentable niveau actuel, où l’on distribue des “culpabilités”.

J’ai la chance d’avoir encore eu des professeurs d’histoire de la vieille école, qui m’ont initié aux fondements de notre histoire. Ils m’ont appris que les personnalités historiques étaient souvent aussi de grands “criminels”. Ils m’ont également enseigné que c’était une attitude de singe de vouloir à tout prix considérer l’histoire comme une agence de moralité, mais cet enseignement, je ne l’ai compris que fort tard, pendant que j’étais en prison et que je lisais Hegel. La mode contemporaine qui consiste à traduire les personnalités qui ont agi dans l’histoire devant des tribunaux composés de conseillers consistoriaux impotents, je la considère aujourd’hui comme un symptôme patent de ce déclin intellectuel, observable en tous domaines.

À ce niveau, j’ai vécu effectivement une rupture : j’avais connu mon processus de politisation par l’effet d’une révolte d’ordre moral. Je m’étais violemment révolté en apprenant à l’école ce qui s’était passé entre 1933 et 1945. Le désir brûlant de m’éloigner autant que possible de cet abominable “héritage allemand” avait fait de moi un moraliste. Et, en tant que moraliste, j’ai commis à mon tour des crimes. Par ma lecture de Hegel, j’ai compris alors que « mon cœur avait battu pour le bien de l’humanité mais avait basculé dans la turbulence désordonnée de ma propre suffisance/présomption ». Cette leçon de Hegel m’a beaucoup aidé. Mais, peut-on dire de ce passage qu’il est celui d’un Saül gauchiste à un (Saint)-Paul de droite ?

• Faisons donc abstraction de votre engagement pour la droite démocratique et de votre anti-américanisme. Vous défendez aujourd’hui des positions qui tournent autour de la notion de Volksgemeinschaft, de “communauté populaire”. Or on reproche justement au mouvement de 68 d’avoir visé la satisfaction narcissique de l’individu, de l’homme isolé. Comment l’héritage de 68 se marie-t-il, chez vous, avec les idées que vous défendez aujourd’hui ?

Il est très curieux que le mouvement de 68 est perçu aujourd’hui comme quelque chose d’unidimensionnel. On ne retient de ce mouvement que ce qui en est “resté”. En effet, sur le plan de la potentialité historique, ce mouvement a contribué à la révolution atomiste (Nietzsche). L’auto-perception de l’homme s’est réduite à sa seule individualité. On a “oublié” la communauté qui dépasse l’individualité et la compénètre entièrement. Pour ceux qui s’alignent sur cette philosophie de l’homme, il n’existe que des individus. Et, en tant que tel, tous sont égaux. Les notions de peuple et de nation ne sont que des “images illusoires”. L’être humain qui se perçoit comme tel est mûr pour la globalisation. Il marine dans un chaudron d’enfer.

Kommune I et École de Francfort

Le mouvement a fait irruption sur la scène politique en voulant extirper les soi-disant racines du fascisme (et du capitalisme) ; par cette volonté, il a provoqué l’avènement de ces atomes sociaux, qui sont jetés aujourd’hui en pâture, désarmés et sans protection, au Moloch Argent, qui croît démesurément. Mais si l’on a de 68 que cette seule vision, on n’arraisonne qu’une partie du mouvement, issue de la “Kommune I” et de l’École de Francfort. Une autre partie est, elle, issue de l’arsenal intellectuel du marxisme-léninisme qui, dans sa phase de déclin, a produit les différents partis étudiants et la RAF. Ses protagonistes voulaient “servir le peuple”. Pour eux, la collectivité était tout et l’individu, rien. De ce fait, ils étaient plus proches de la notion de Volksgemeinschaft que les individualistes qui tendent toujours vers le cosmopolitisme, qui est en vérité notre globalisme actuel, c’est-à-dire le despotisme des spéculateurs.

À suivre

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