Un entretien avec Horst Mahler 1/4

Dans un entretien accordé au journal national-démocrate Deutsche Stimme en avril 1999, Horst Mahler, l’ancien activiste de la Rote Armee Faktion, devenu avocat à Berlin depuis sa sortie de prison, explicite ses positions. Il nous a paru utile de les reproduire ici en traduction française, car elles nous font découvrir l’évolution inhabituelle et étonnante de cet homme passionné. Notre objectif, ici, n’est pas de prendre parti pour les engagements anciens ou actuels du Dr. Mahler, mais de faire œuvre d’historien, c’est-à-dire de révéler un document témoin important, permettant de juger sereinement sur pièce et non pas de beugler des slogans dictés par la dictature médiatique.

Ceux qui les beuglent, et ceux qui, à coup sûr, nous reprocheront, la bouche en cul de poule ou la bave au menton, d’avoir traduit cet entretien, sont de profonds imbéciles. Des débiles mentaux. Que nous méprisons profondément. Leurs logorrhées nous laisseront de marbre. Le document est intéressant car il a été publié avant que le Dr. Mahler ne s’engage avec fracas dans les rangs nationaux-démocrates, au moment où ce parti est menacé de dissolution par le tribunal constitutionnel de la RFA. Notre position dans ce débat est claire : nous ne prenons pas le parti des nationaux-démocrates, nous sommes critiques à l’égard du personnel que cette formation politique recrute dans ses rangs puis exhibe dans les rues, mais nous disons tout aussi clairement que ce n’est pas à un tribunal constitutionnel d’examiner, en vue d’une interdiction, les programmes, écrits et opinions émises au sein d’un parti, de quelque obédience qu’il soit. Cet exercice est d’autant plus vain que ce parti n’attire pas spécialement l’électeur, justement à cause de sa médiocre politique de recrutement. Ici, la vox populi ne se trompe pas : cette politique est effectivement inacceptable.

Le Dr. Mahler, qui aime la provocation, n’agit pas, dans cette affaire, comme un illuminé qui titube d’un extrémisme à l’autre, mais comme un penseur fécond, qui a décidé, depuis plusieurs décennies, de camper une fois pour toute dans l’espace turbulent des marginalités politiques. Il sait donc, sur base de très nombreuses lectures, qu’un système véritablement démocratique doit être fluide et que cette fluidité est garantie par la présence de partis alternatifs bouillonnants au langage fort et cru, expressions d’une certaine effervescence juvénile qui n’est pas toujours vertueusement “démocratique”, tant dans ses formules de “gauche” que dans ses formules de “droite”. La démocratie lato sensu n’est viable que si elle accepte de regarder sans paniquer l’hyper-critique, souvent immature et mal formulée, qui fuse dans ses marges. Les marginalités politiques sont autant d’écoles qui conduisent souvent dans les allées du pouvoir : Martens chahutait avec les cercles étudiants flamingants et réclamait en public des armes pour renverser l’État belge dont il deviendra le premier ministre, Gol a eu un passé de trublion trotskiste avant de devenir un libéral bon teint, Fischer incendiait des voitures de police et mutilait un jeune policier, Madelin militait poings serrés sur le manche de pioche à “Occident”, etc.

Contestation juvénile et blocage des flux sociaux

Dans les colonnes de Nouvelles de Synergies Européennes, le Dr. Claudio Risé, psychanalyste jungien en Italie, rappelait que les ex-extrémistes devenus excellences ou ministres se souviennent tous très bien de leur propre contestation juvénile : ils ne veulent pas que d’autres jeunes la répètent dans les marges d’un pouvoir qui est devenu le leur, après leurs reniements et leurs aggiornamenti. Les ex-contestataires ne veulent pas être contestés, organisent la répression contre les nouveaux contestataires. Tout est là. Mahler se veut le garant de ces effervescences marginales, réservoirs d’innovations futures, écoles non conformistes qui trempent le caractère de ceux qui osent les fréquenter. La vivacité de ces écoles peut, le cas échéant, garantir ultérieurement une réelle redistribution des cartes : Moshé Ostrogovski, un théoricien du système des partis issu des Cadets libéraux-démocrates russes d’avant 1914, avait constaté la nuisance mortelle des partis permanents, qui bloquent les flux sociaux, et prôné l’avènement d’une démocratie vivante faite de partis provisoires, re-formés à chaque élection, chaque fois bien moulés sur les nouvelles réalités sociales qui émergent au jour le jour. L’évolution politique de nos démocraties n’a hélas pas réalisé le vœu de Moshé Ostrogovski.

Les mêmes tares, toujours cooptées

Conséquence : nous souffrons aujourd’hui du pouvoir des abominables canailles véreuses, de la pire vermine politicienne que l’histoire ait jamais vue, d’une vermine qui devient de plus en plus bête et vulgaire au fil des décennies. Une vermine qui ose se parer du titre de “démocrate”. Ces remugles de la modernité affadie et décadente pillent nos patrimoines, nous volent notre “pomme pour la soif”, par le truchement d’une fiscalité délirante. Stipendient des mercenaires odieux dans les médias, dont la mission est de nous ahurir. Nos enfants risquent de voir pire encore : des camés, des malades sexuels, des tordus du ciboulot, des héroïnomanes, des pédophiles, des incultes ahurissants, des patapoufs avinés, des femelles échevelées vont occuper — s’ils n’occupent pas déjà — les strapontins de nos assemblées. Et il n’y aura pas de jeunes dans les marges pour les rappeler à l’ordre. Pour siffler la fin de la récréation. Voilà le triste résultat de plusieurs décennies de pouvoir, tenu par des partis permanents, qui ont coopté de manière ininterrompue les mêmes tares, jusqu’à les exhiber monstrueusement, obscènement.

Moshé Ostrogovski avait raison : seuls des partis “ad hoc” (comme il disait), provisoires et aux programmes bien ciblés, exigeant des réformes concrètes et immédiates précises, pourraient empêcher la rigidification du monde politique. Mahler n’est sans doute pas un disciple d’Ostrogovski. On sait qu’il est un virtuose de l’argumentation hégélienne. Quoi qu’il en soit, son pari et sa défense des marges effervescentes rejoignent une idée commune : pas de ronron, pas de répétition ad nauseam des mêmes mômeries. L’objectif de Mahler est donc de conserver à la démocratie parlementaire ses marges de contestation donc de rénovation. (RS)
• Vous venez de la gauche politique : vous étiez un activiste du SDS (mouvement des étudiants de gauche) dans les années 70, puis vous avez été l’un des terroristes de la RAF (surnommée la “Bande à Baader”). Quelles ont été les motivations qui vous ont poussé à revenir à l’action politique, cette fois en exploitant des thèmes politiques de facture nationaliste ? Quel a été le détonateur ?

Je ne me suis pas ré-engagé pour des thèmes, mais parce que j’ai la volonté d’œuvrer pour que l’Allemagne reste allemande. Dans les années 60, je me suis également engagé, à l’extrême-gauche, pour réaliser mes volontés. Je voulais que le massacre des Vietnamiens cesse en Indochine. Je ne supportais pas que les informations télévisées énumèrent chaque jour les cadavres qui s’accumulaient là-bas. Comme moi, des centaines de milliers de personnes ressentaient le même dégoût en Allemagne occidentale et à Berlin-Ouest. Les crimes, qui là-bas, en Extrême-Orient étaient perpétrés par l’US Army au nom de la “liberté” et de la “démocratie” contre un jeune peuple courageux, nous ne pouvions pas les juger autrement que les crimes que l’on nous reprochait, à nous Allemands. Raison pour laquelle nous scandions dans les rues “USA-SA-SS” ! Dans les médias, nous étions diabolisés tout comme aujourd’hui on diabolise certains patriotes allemands, qui commencent à organiser la résistance populaire contre l’extinction programmée du peuple allemand, en les traitant de “nazis”, de “racistes” et de “fascistes”. On sait aujourd’hui que notre protestation d’hier était nécessaire et justifiée, parce que dans cette sale guerre du Vietnam, plus de deux millions de pauvres paysans vietnamiens, qui ne voulaient rien d’autre que l’indépendance de leur pays, ont été massacrés. Je serais ennuyé et inquiet si j’apprenais qu’aujourd’hui les “forces de résistance nationales” approuvaient ce génocide.

À suivre

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