Les Indo­-Européens et la domestication du cheval 6/6

[Ci-dessus : Peigne d’apparat en or de facture grecque représentant des guerriers scythes combattant à cheval et à pied. Découvert en 1913 dans la tombe kourgane (à tumulus) de Solokha (Ukraine). IVe s. av. JC. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg]

Friedrich Cornelius (13) fut le premier à remarquer que la plus ancienne preuve ono­mastique d’une invasion venue de l’Ouest à Akkad en Mésopotamie date de –2270, sous le règne de Naramsin. Il s’agit des Erin Manda, guerriers montés sur chars appartenant très certainement au groupe des Hittites-Louvites. Ceux-ci avaient pénétré en Anatolie centrale et méridionale via Troie.

C’est à eux que l’on doit l’invention du char à 2 roues, lesquelles sont à rayons en bois de frêne. Mandus est ici la désignation particulière du cheval des chars. Les Hittites, au plus tard vers –1700, avaient mis sur pied des corps d’armée puissants montés sur des chars de combat et de chasse. Une organisation semblable se retrouve également chez la noblesse guerrière indo-aryenne des Hourrites. À côté de noms de dieux, on trouve des expressions pro­pres au dressage des chevaux parmi les vocables découverts sur documents écrits et relevant des Aryens au temps où ils vivaient non encore divisés en Asie Mineure.

Assyriens, Babyloniens et Égyptiens adoptent le cheval

En Grèce et dans la culture nordique de Scan­dinavie, le char léger de combat est attesté par des représentations depuis –1600 au moins. Très rapidement les Assyriens, les Babyloniens et les Égyptiens, sous l’influence des Kassites et des Hyksos, s’approprient la nouvelle arme. En Égypte, les dynasties d’après la libération des dominations étrangères sont très clairement mar­quées par les idéaux des guerriers charistes. Les femmes des pharaons et leurs suites, composées d’une noblesse aryenne-hourritique, ont certai­nement renforcer la tendance.

Il n’est pas étonnant que la toute première repré­sentation égyptienne d’un véritable cavalier au milieu de guerriers dans un camp de campagne date de –1325 (XVIIIe Dynastie). Le cheval y est fringant et bridé ; le cavalier ne dispose pas de selle et est nu. Il s’agit peut-être d’un cheval de char mené à l’abreuvoir. Cornelius croit que l’origine de la cavalerie proprement dite (sans char) doit être recherchée chez les Amazones de l’Anatolie du nord-ouest. Il s’agirait de femmes originaires du pays d’Adzzi et des localités d’Amisos, d’Amasia et Amastris (Am- désignant “femme”). Par une étymologie vulgaire et erro­née, les Grecs en auraient fait a-mazi, c’est-à­-dire guerrières sans seins. D’après Cornelius (14), ce serait ces femmes-là qui seraient les in­venteurs de la cavalerie vers –1230. Dans l’Em­pire des Hittites, on ne montait les chevaux que pour les dresser à tracter des chars de course. D’après des gravures rupestres de Suède, Spa­nuth date trop tôt (de 200 ans) les premiers cavaliers, avec boucliers rectangulaires. Ce n’est pas avant –1200 que les guerriers cavaliers ap­paraissent simultanément en Europe, en Orient et en Sibérie.

Se représenter des Indo-Européens primitifs cavaliers venus de l’Est est donc une aberration. Car au moment de l’apparition du char léger de combat vers –2300, l’unité linguistique indo-­européenne n’existait déjà plus. Mais chez tous les Indo-Européens, qui descendent des plus anciens paysans d’Europe Centrale, on trouve une croyance commune : le dieu solaire est tiré le jour par un couple de chevaux. Dans le char so­laire de Trundholm, cette croyance est illustrée par l’une des plus belles pièces d’art de la “pré­histoire”. En tant qu’Alces chez les Germains de l’Âge du Bronze, qu’Asvin chez les Aryens et que les Dioscures chez les Grecs et les Romains, le divin attelage chevalin a été personnifié. Les jumeaux divins aident les guerriers, les nau­fragés et les femmes qui accouchent dans la dé­tresse. À partir de –1380, à l’époque de la culture des champs d’urnes, la représentation du char solaire se couple au culte des cygnes. C’est pourquoi des têtes de chevaux et de cygnes or­nent les étraves des bateaux scandinaves depuis l’Âge du Bronze.

Le cheval domestique, dressé par les Indo-Eu­ropéens, est devenu l’animal le plus important de toute l’histoire mondiale.

Wilfried Peter Adalbert, Vouloir n°52/53, 1989.

  • Fischer (texte issu de Deutschland in Geschichte und Gegenwart, 36. Jg., Nr. 4, Tübingen, 1988 ; tr. fr. : R. Steuckers).
  • Wilfried Peter A. Fischer, Alteuropa in neuer Sicht : Ein interdisziplinärer Versuch zu Ursprung und Leistung der Indoeuropäer, LIT Verlag, Münster, 1986, 300 p. : La richesse de cet ouvrage est impressionnante : Fisher nous y initie à l’archéologie préhistorique, à la linguistique, à la raciologie. Son livre com­plète utilement les recherches des instituts amé­ricain (Journal of Indo-European Studies) et français (Institut d’Études indo-euro­péennes de l’Université de Lyon 3) des professeurs Marija Gimbutas, Jean-Paul Allard, Jean Haudry et Jean Varenne. Nous le recom­mandons chaleureusement.

Notes :

  • (1) Wolf Herre u. Manfred Röhrs, Haustiere – zoologisch gesehen, Gustav Fischer Verlag, Stuttgart, 1973, S. 29.
  • (2) Franz Hancar, Das Pferd in prähistorischer und früher historischer Zeit, Verlag Herold, Wien/München, 1956.
  • (3) Erich Thenius, Phylogenie der Mammalia, Walter de Gruyter & Co., Berlin, 1969, S. 565.
  • (4) Burchard Brentjes, Die Haustierwerdung im Orient, Franckh’sche Verlagshandlung, Stuttgart, 1965, S. 10.
  • (5) Wilfried Peter A. Fischer, Alteuropa in neuer Sicht, Lit Verlag, Münster, 1986, S. 35.
  • (6) Ibid., S. 36f.
  • (7) Ibid., S. 138.
  • (8) David u. Ruth Whitehouse, Lübbes archäologischer Weltatlas, Gustav Lübbe Verlag, Bergisch Gladbach, 1976, S. 134.
  • (9) WPA Fischer, op. cit., S. 72.
  • (10) Ibid., S. 238.
  • (11) Ibid., S. 36.
  • (12) Ibid., S. 136. D’après Marin Dinn, dans une thèse publiée en 1981, on trouve des modèles de roues de char en Roumanie dès –4200. Ces modèles sont donc plus anciens que ceux de Sumer, ce qui étaye mes considérations à propos des conducteurs de chars à yeux bleus.
  • (13) Friedrich Cornelius, Geschichte der Hethiter, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt, 1976.
  • (14) Ibid., S. 269 ff.

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/85

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