Les Indo­-Européens et la domestication du cheval 1/6

[Ci-dessus : Peigne d’apparat en or de facture grecque représentant des guerriers scythes combattant à cheval et à pied. Découvert en 1913 dans la tombe kourgane (à tumulus) de Solokha (Ukraine). IVe s. av. JC. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg]

L’article qui suit est extrait d’un ouvrage que nous avions reçu en service de presse depuis longtemps déjà. Cet ouvrage est si riche en informations sur le plus lointain passé de l’Europe que nous avions eu du mal à en faire la recension. Il nous est paru plus sage d’en publier une infime partie, afin de donner au lecteur l’envie de le lire en entier. La domestication du cheval est sans doute l’une des prestations les plus spectaculaires de l’humanité indo-euro­péenne au cours de cette période charnière entre la préhistoire et l’histoire. Les recherches de Wilfried Fischer permettent, par leur option interdisciplinaire, d’établir une nouvelle chro­nologie et de dégager des faits qui bouleversent la vision étriquée de la préhistoire que nous véhiculons toujours.

Présentation : Le cheval, « plus noble conquête de l’homme » (Buffon), a également accompagné sa conquête des grands espaces. Sa domestication originelle est ici présentée comme un fait technique (et indissociablement culturel) relevant des populations guerrières kourganes des steppes du nord de la mer Noire, autrement dit des Proto-Indo-Européens. Il n’en reste pas moins que les preuves de la monte sont bien plus tardives et que, si la roue servant à tracter des chars n’est apparue qu’à partir de –3000, le char de guerre lui-même, avec ses roues à rayons, n’apparaît pas avant le début du IIe millénaire av. JC. Par-delà les débats actuels entre migration anatolienne (celle paisible d’agriculteurs néolithiques issus d’Anatolie qui, à partir du VIIe millénaire, recouvrent peu à peu l’ensemble du continent européen en 2.000 ans) et conquête steppique, la place du cheval dans l’immémorial européen mérite exploration.

Notre thématique est très complexe : elle s’étend des domaines biologiques et archéologiques aux disciplines linguistiques, historiques et philoso­phiques. C’est pourquoi il m’apparaît opportun de partir des faits naturels. La famille des équi­dés était répandue dans l’ancien et le nouveau monde, même sous sa forme finale monodactyle. Peu avant la période de domestication attestée, toutes les formes américaines avaient disparu. Les mustangs, considérés erronément comme une variante du cheval sauvage, n’étaient en fait que des chevaux domestiques d’origine euro­péenne retournés à l’état sauvage. En Eurasie et en Afrique, un seul genre (genus) a survécu : le genre equus, dans une diversité d’espèces que certains spécialistes ont classées dans diverses sous-espèces. La seule unité de base taxono­mique réellement naturelle est l’espèce (species), laquelle, en règle générale, se subdivise en di­verses sous-espèces, en vertu de critères géo­graphiques dans la plupart des cas. Quant au concept de “race”, il devrait être réservé aux hominidés actuels et aux espèces domestiques. Tous les représentants d’une espèce (quelle que soit leur sous-espèce) sont fertiles entre eux. Les bâtards entre les espèces d’un même genre (p. ex. les mules, les zébroïdes, etc.) sont stériles.

Chaque forme d’animal domestique descend d’une espèce jadis sauvage. Depuis Carl von Linné, chaque espèce porte un nom double (p. ex. : equus africanus = âne sauvage), où le premier terme désigne le nom du genre. Les sous-­espèces reçoivent un troisième terme (p. ex. equus africanus atlanticus = âne sauvage de l’Atlas). Toutes les races d’animaux domestiques reçoivent également un troisième terme, que l’on fait toutefois précéder d’un f. (pour forma = forme domestique). Ainsi : equus africanus f. asinus = âne domestique. Toutes les races de la forme domestique d’une espèce sauvage sont bien sûr non seulement fertiles entre elles mais aussi fertiles avec toutes les sous-espèces de l’espèce de base en question. Il convient de tenir compte de ce fait, lorsque l’on recense les carac­téristiques spéciales des sous-espèces domes­tiques afin de rechercher des preuves quant à l’origine de leur domestication. Un flux de gènes de cette nature peut s’être produit à n’importe quelle période ultérieure. Un bon exemple est celui des chats domestiques, qui combinent des caractéristiques de 2 sous-espèces : le chat fauve de Libye et le chat des forêts d’Europe. Sans attestation historique, le moment où ces ca­ractéristiques se sont combinées ne peut être re­constitué.

La domestication de l’onagre

Au départ de ces données de base, retournons au cheval. À côté de l’espèce “âne sauvage”, il existe en Afrique plusieurs espèces zébrines à robe tigrée qui n’ont jamais été domestiquées. Au Proche-Orient, vit l’espèce “onagre” (equus hemionus). Les hommes n’ont pas seulement chassé l’onagre mais l’on maintenu en captivité à Çatal Hüyük vers –6000. À partir de –3200, l’onagre est utilisé comme bête de somme, avec anneau nasal, à Sumer. Les zoologues nient la domestication parce qu’on n’a pas découvert d’ossements mais les historiens l’affirment parce qu’il existe des représentations imagées. L’exemple des onagres est intéressant lorsque l’on aborde les problèmes analogues dans la domestication du cheval.

La désignation de l’espèce de base “cheval sau­vage” a été contestée pendant longtemps à cause de tendances inflationnaires. Ce n’est qu’en 1970 que Nobis a pu imposer le nom d’espèce : equus ferus, laquelle comprend toutes les sous-­espèces fossiles de l’âge glaciaire. La systèmatique zoologique des formes récentes préfère encore et toujours le nom d’equus przewalskii.

En pratique toutefois, on utilise les désignations ferus et przewalskii comme synonymes. À l’é­poque historique, il n’y avait que 3 sous-es­pèces de cheval sauvage en Eurasie septentrio­nale, chacune ayant été considérée comme une espèce à part entière. Comme elles ont toutes disparue, du moins à l’état sauvage, plus aucun examen empirique n’est encore possible. Il s’agit des sous-espèces suivantes :

  • 1) E.f. = p. silvaticus = le tarpan des forêts (robe éclaircie, petite taille, extinction vers 800) ;
  • 2) E.f. = p. gmelini = le tarpan des steppes (robe gris souris, taille moyenne, extinction en 1871) ;
  • 3) E.f. = p. przewalskii = le tarpan oriental (robe d’un jaune rougeâtre, grande taille, ex­tinction après 1946).

Ces 3 espèces ont une crinière de poitrine et des lignes transversales sur les membres anté­rieurs.

À suivre

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