L’identité française

Il est souvent dit que s’interroger sur son identité, c’est déjà l’avoir perdue. Dans un contexte de mondialisation et de construction européenne, d’immigration massive que peut encore signifier le fait français ou être Français pour quelqu’un ?

Samuel Huntington, dans son livre « Le choc des civilisations » écrivait que les deux facteurs les plus importants qui déterminent un individu sont la religion et la race. Pour Marx, c’était la classe sociale donnée par sa position dans le système de production et pour le philosophe Burke, l’identité nationale.

On constate donc la multiplicité des identités que l’on peut donner à un individu. Dans notre société qui évolue de plus en plus vers un magma de classes moyennes hybrides, la classe sociale semble moins déterminante, d’autant plus qu’on assiste à un allongement de la durée de la scolarité pour tous. Savoir et classes sociales sont moins corrélés. Les autres facteurs (religion, race, identité nationale ou régionale, … ) se renforcent par contrecoup.

Cette vision de l’identité est historisante et a changé au cours des siècles et même des quarts de siècle. De Gaulle qui n’est quand même pas si éloigné avait une vision ethnique de son « cher et vieux pays ». Le dénouement de la guerre d’Algérie a en grande partie été lié à son refus de mélanger les Français de métropole et les Arabes d’Algérie.

L’article de Max Gallo pour définir l’identité nationale est effrayant de politiquement correct et de négation de l’identité française. Toute conception charnelle d’un peuple français millénaire est niée ainsi que toute historicité comme si cela était sale.

Il fait fi du jus sanginii qui existe pourtant dans le droit français pour considérer comme français ceux nés à l’étranger de parents français (de Giscard en Allemagne à Dominique de Villepin et le général Morillon au Maroc… ). L’idée d’une filiation par le sang semble heurter Max Gallo. La définition de l’identité française dans son article est une définition ad hoc faite pour incorporer tout nouvel immigré avec quand même cette «petite» peur d’un Islam radical en insistant sur l’égalité des femmes et la laïcité.

Définir un français par l’école comme le répétait à l’envie aussi François Mitterrand revient à dire que l’on devient français par réception d’un savoir aseptisé contrôlé idéologiquement par un Ministère d’Etat. C’est nier tout le savoir et la façon d’être transmis par la vie, la famille, le village ou la petite patrie provinciale. La laïcité n’est que la néantisation de toutes les croyances qui existent «naturellement» chez tout individu. La laïcité n’est pas une valeur, mais un vide créé de façon artificielle pour éviter momentanément des conflits dans un lieu donné. Il ne faut pas «sacraliser» la laïcité comme le font les laïcards. En définissant la laïcité comme un pilier de l’identité, on gomme aussi avec bonne conscience tous les antagonismes religieux qui de développent dans la société française et qui seront un jour source de conflits.

Le seul élément qui possède une historicité donné par Max Gallo est la langue. Tous les autres points pourraient être appliqués Ii tout le monde et à personne. Le Français est devenu un fantôme juridique.

Créer un arrière monde constitué d’abstractions est certes une maladie bien française. L’identité française est avant tout liée à son Histoire. La France a été la jonction du monde celte, gréco-latin et du monde germanique. Dans le christianisme, il y a aussi la Grèce et Rome. Toute notre culture a été façonnée et transmise de génération en génération et nous en sommes les porteurs, parfois malgré nous.

Le plus grand porteur de cette culture est bien sûr ce peuple français qui a traversé les siècles et les guerres. Il n’y a certes pas de «race» française. Même Maurras, ce penseur du nationalisme français en convenait dans son honnêteté et sa rigueur intellectuelles. « Ce pays n’est pas un terrain vague. Nous ne sommes pas des bohémiens nés par hasard au bord d’un chemin. Notre sol est approprié depuis vingt siècles par les races dont le sang coule dans nos veines ». Il écrit bien les races et non la race à la différence des nationalistes allemands qui se sont pensés comme une race.

Le professeur Dupâquier soutenait la thèse que la population française jusqu’au XXème siècle n’avait guère changé depuis le néolithique, les invasions celtiques et germaniques n’auraient été dans le fond qu’assez minimes (le type physique français serait donc plus Poulidor (ou Pompidou) qu’Anquetil !).

Barrès insistait aussi sur l’historicité d’une nation ou d’un peuple : « Aux sources les plus intimes du « moi », ce sont les grandes forces issues du passé que l’on se trouve contraint de reconnaître ».

En termes heideggériens, l’identité nationale est celle d’un être jeté dans une nation et dans le même temps la volonté affirmée d’un être-au-monde-ensemble. Il y a à la fois un déterminisme à la Barrès et/ou un volontarisme à la Renan. L’identité française ne se réduit pas à une définition juridique qui ne fait en fin de compte que la néantiser.

Patrice GROS-SUAUDEAU (2015)

Statisticien – économiste

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