Le culte du VENT chez les Indo-Européens 2/2

Les Muses, déesses du vent

Apollon a, comme Rudra et Vâyu, un cortège de chantres. Ce sont les Mousai (Muses), filles de « Zeus, le dieu du tonnerre, qui se réjouit de la douce voix de ces déesses, quand elle se répand du haut de l’Olympe » (5). Les Muses, dont le nom signifie “tourbillon, tourmente”, apparaissent dans ces vers comme des déesses du vent. L’agitation de l’esprit au moment de l’inspiration ou de la divination, est comparée à celle du vent. Apollon, comme les dieux du vent, est, par excellence, en Grèce, le dieu de la divination. Son nom est fermement attaché à l’oracle de Delphes. Quant à ce nom même, il a beaucoup intrigué les étymologistes. L’explication la plus probable est celle qui le rattache à apella (assemblée, troupe).

Apollon est donc comme Teutates, Ty, etc., le dieu des assemblées. Il est celui qui inspire ceux qui délibèrent, celui qui emporte la décision. Le mot doit, sans doute, aussi se comprendre — et c’est apparemment la signification la plus ancienne — en ce sens que Apollon est non seulement le conducteur des Muses, mais aussi celui des âmes, comme Artemis et la plupart des dieux du vent. Si Apollon apparaît quelquefois comme “loup”, c’est à ce même titre, et là encore il y a une ressemblance avec Rudra et ses chiens hurleurs (6). Si Apollon est également “dauphin”, c’est peut-être par contamination avec les dieux du feu (voyez ci-dessus) ; mais c’est peut-être aussi en tant que dieu du vent favorable qui mène les marins au port, car le dauphin était connu des anciens comme annonçant le beau temps. C’est, sans doute, aussi pour cela que toutes les fêtes d’Apollon se célèbrent en été et qu’il reçoit le surnom de Phoibos, “clair”.

Hermês 

Un dieu jeune qui n’a pas mal de traits communs avec Apollon, c’est Hermês. Les mythologues ont longtemps soutenu qu’il était un dieu du vent. La plupart d’entre eux tendent plutôt aujourd’hui à le considérer comme un dieu local d’Arcadie, génie des troupeaux, esprit de la fécondité ou peut-être démon des bornes ou des tas de pierres. Il serait d’autant plus vain d’entrer dans une discussion à ce sujet que le caractère d’Hermês, tel que nous le connaissons, comme celui d’Apollon, est d’origine complexe. Bien des dieux locaux, souvent d’origine préhellénique, ont évidemment été absorbés par ces deux divinités au fur et à mesure que leur popularité s’affirmait. Ce qui est certain en tout cas, c’est que beaucoup d’attributs caractéristiques des dieux du vent se rencontrent chez Hermês. Il est le dieu rapide par excellence. Il parcourt sans cesse les routes, sur lesquelles il exerce son pouvoir souverain, ce pourquoi il est le guide des voyageurs et le protecteur du commerce. Il est, par excellence, le conducteur d’âmes (psychopompos), et celui qui rassemble les troupeaux sur lesquels il exerce une garde spéciale. C’est lui, comme Apollon, qui donne le succès dans la palestre. Certains mythes démontrent son origine atmosphérique. Il a capturé, le jour de sa naissance, 50 bœufs blancs aux cornes d’or et les a cachés dans une caverne. Il est argeïphontês (plein d’éclat). Il a dérobé à Apollon ses flèches. Il est inventeur de la flûte, ce qui nous rappelle que tous les dieux du vent sont chanteurs et musiciens. S’il est en même temps dieu terrestre et souterrain, cela s’explique par des contaminations. 

Mercurius romain, Esus gaulois 

Les Romains ont identifié Hermês avec Mercurius, un simple “dieu occasionnel”, protecteur des marchés. Ils ont ensuite appliqué ce nom à des dieux celtiques et germaniques très importants, offrant certaines ressemblances avec Hermês, en même temps que de notables différences. Le Mercure gaulois s’appelle Esus, “seigneur”. Il était un des membres de la fameuse triade mentionnée par Lucain et, au témoignage de plusieurs auteurs, son culte était le plus important en Gaule. Ses épithètes nous font deviner qu’il était un dieu généreux (Vellaunos, “le très bon”, Adsmerios, “le distributeur”) et fécondant (Magniacos, “qui fait prospérer”). Il régnait sur les chemins (Cimiacinos) (7) ? César affirme qu’il était le protecteur du commerce et l’inventeur des arts.

Wodan 

Le Mercure germanique est Wodan, dont le nom traduit celui du dieu romain dans angl., Wednesday ; néerl., Woensdag ; fr., Mercredi ; lat., Mercuri diem. Ce nom est parent du lat., vates, divin inspiré, et de l’all., Wut, fureur. L’inspiration, la divination sont en lui, comme chez les dieux du vent et chez les Muses, un aspect de l’impétuosité de son souffle. Wodan est un grand voyageur (Mercurius viator indefessus) et un conducteur d’âmes. Son cortège circule bruyamment dans le ciel pendant les nuits de tempête. Les éclairs nocturnes sont ses regards. Il est accompagné de deux loups et d’un cortège de corbeaux (les âmes). Comme Hermês, Wodan a un grand chapeau, que l’on interprète généralement comme représentant les nuages entourant les sommets avant un ouragan. Comme le dieu grec, il a aussi un bâton à la main. Il circule dans les airs sur un grand cheval blanc (ou noir), enveloppé dans un manteau noir. Comme Esus, il donne un vent favorable aux marins et protège le commerce. Wodan donne la richesse à ses adorateurs. D’autre part, il est le dieu de l’inspiration, de la poésie, de l’intelligence, celui qui connaît tous les secrets. Il accorde la fertilité aux champs, en raison de la croyance populaire allemande que “beau vent donne belle moisson”. Aux îles Feroë, on pense que Wodan, de son souffle, peut faire croître la moisson en une nuit (8). Comme les autres dieux du vent, il donne la victoire “à qui il lui plaît”.

Wodan a remplacé graduellement en Germanie Ty, le dieu suprême, dans beaucoup de ses attributs. Il joue dans la lutte contre les géants le rôle de Zeus dans la Théogonie

Prof. Albert Carnoy, Combat païen n°32, avril 1993. 

(ex : Les Indo-Européens : Préhistoire des langues, des mœurs et des croyances de l’Europe, Vromant, Bruxelles, 1921, pp. 208-214)

Notes :

  • 1) F. Krauss, Volksglaube der Süd-Slawen, p. 41.
  • 2) Louis de La Vallée-Poussin, Le védisme (1909), p. 100.
  • 3) Leopold von Schroeder, Arische Religion (1914).
  • 4) Théogonie, v. 425 à 445.
  • 5) Théogonie, v. 40-45.
  • 6) Çiva (autre nom de Rudra) s’appelle aussi Ganeça, “chef des troupes”, comme Apollon.
  • 7) Dottin, Manuel pour servir à l’étude de l’Antiquité celtique, 2ème éd., 1915, p. 304.


note en sus :

* : « L’Hymne à Hécate, inséré dans l’œuvre attribuée à Hésiode, et qui est, on l’a dès longtemps remarqué, une interpolation orphique, témoigne de ce fait intéressant. D’après l’auteur de cet hymne, le domaine d’Hécate comprend à la fois la terre, la mer et le ciel étoilé : son pouvoir sans bornes s’étend à toutes les conditions et à toutes les fonctions de la vie humaine. Elle est donc une des grandes divinités de l’orphisme » (Mythologie de la Grèce antique, Paul Decharme, 1886, p. 140). Si Hécate est « la seule divinité de la Théogonie (…) en relation si directe avec les hommes » (Aurore Petrilli, « Trouver et nommer Hécate » , in Ephesia Grammatia n°2, 2008), il ne faudrait pourtant point négliger, selon Pietro Pucci, que ce passage parmi d’autres « vise plusieurs narrataires différents (…) Après les louanges à la déesse, le texte donne la liste de ceux qui reçoivent ses dons et tirent profit de sa bienveillance. Du vers 428 au vers 439, il s’agit seulement des nobles : les rois (basileis) que la déesse aide dans l’administration de la justice ou dans la guerre, les champions des agônes, et les chevaliers (hippeis) ; du vers 440 au vers 449, suit la liste des artisans et autres travailleurs : marins, pêcheurs, agriculteurs, éleveurs, etc. La distinction entre nobles et non nobles est précise et absolue, et l’accent de sincérité et de foi que les lecteurs décèlent dans cet “hymne” vient en partie de cet aspect tout à fait vivant de vraie prière, adressé pour et par des hommes réels » (« Auteur et destinataires dans les Travaux d’Hésiode », in : Le métier du mythe – Lectures d’Hésiode, Presses du Septentrion, 1996, p. 203).  

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/

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