La réponse de Tachkent

Du poème de Baudelaire, la formule « Homme libre tu chériras toujours la mer » est passée dans le langage courant, du moins chez les marins. Pas chez les technocrates et médiacrates parisiens. En effet, alors que la France dispose d’un immense espace maritime, la deuxième zone économique exclusive du monde, répartie sur 3 océans, bien peu de nos dirigeants et de nos commentateurs agréés semblent s’en préoccuper.

L’écho médiatique très modeste de l’audition de l’amiral Pierre Vantier du 16 juin 2021 le confirme. Le Chef d’état-major de la Royale intervenait pourtant à la demande de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale. Sujet : la marine chinoise et la menace grandissante que sa montée en puissance et ses pratiques font peser sur la zone Indopacifique. Il en ressort une réalité glaçante qui confirme le développement d’une nouvelle guerre froide.

Ainsi le 23 avril, les forces navales de l’Empire du Milieu se sont-elles renforcées enun seul jour : du porte-hélicoptères Hainan,dont la taille et le déplacement sont comparables à ceux du Charles-De-Gaulle ; du sous-marin nucléaire lanceur d’engins Changzheng-18, le sixième de sa classe ; et du Dalian, son troisième destroyer lance-missiles de type 55, long de 180 mètres, pesant 12 000 tonnes, – soit deux fois notre Forbin– et disposant de 112 cellules de lancement vertical, soit à lui seul la capacité de 5 de nos frégates multimissions.

Or, ces bâtiments ne manquent pas de chercher à intimider systématiquement et agressivement les nôtres, dans des eaux qu’ils s’emploient à territorialiser au mépris du droit international. Il va de soi que cette situation ne concerne pas seulement la présence française dans l’Océan Pacifique mais l’ensemble des pays riverains du Japon à l’Australie, en passant par l’Inde, les Philippines, l’Indonésie, la Malaisie ou le Vietnam. Et, bien entendu, les États-Unis.

On ne peut pas ignorer, par ailleurs, et, symétriquement, que sous le nom d’Initiative de la ceinture et la route, désormais officiellement inscrite dans la constitution du parti communiste chinois, l’actuelle équipe dirigeante de Pékin envisage très clairement une mainmise grandissante sur l’Asie centrale. C’est cela que recouvre le slogan mensonger des prétendues nouvelles routes de la soie. Le premier obstacle ethnique à éliminer sur cet axe vise, comme chacun peut le comprendre sur une carte, la population autochtone du Turkestan oriental. Conquise au XVIIIe siècle sur le règne de l’empereur mandchou Qianlong, cette province est appelée significativement aujourd’hui « Xinjiang » ce qui veut dire « nouveau territoire » où le pouvoir communiste s’emploie à submerger les Ouïgours et les Kazakhs.

C’est dans ce contexte qu’il convient d’observer l’évolution de la réponse des pays concernés. Face à cette expression d’un authentique impérialisme sino-communiste la conférence de Tachkent, en Ouzbékistan des 15 et 16 juillet, esquissait un programme de sortie de l’actuel enclavement de l’Asie centrale.

Le libre quotidien catholique Présent offre à votre chroniqueur la liberté de réaliser un mercredi sur deux, en ligne la veille, un petit Tour du Monde. Celui de Philéas Fogg, au temps de Jules Verne, durait 80 jours. Grâce à Internet, le voilà ramené à  15 jours. On n’arrête plus le progrès du regard que nous pouvons faire sur l’actualité internationale. On se permettra donc aujourd’hui, tout en recommandant de soutenir d’un abonnement et de lire régulièrement ce journal (sur son site présent.fr) de reproduire ci-dessous la partie de l’article publié le 27 juillet 2021 (https://present.fr/2021/07/27/le-tour-du-monde-de-phileas-fogg-102/) sous le titre « Ouzbékistan : conférence de l’Asie centrale et du Sud » :

Les 15 et 16 juillet, à Tachkent, se tenait une conférence internationale intitulée « Asie centrale et du Sud : connectivité régionale, défis et opportunités ». On signalait la présence de plus de 600 représentants délégués par plus de 40 pays. Parmi eux, par exemple, le président afghan Ashraf Ghani et son homologue pakistanais, Imran Khan. Et, bien que ce dernier apparaisse de plus en plus comme un obligé de la finance chinoise, les porte-parole et les observateurs de l’empire du Milieu semblaient délibérément tenus à l’écart. Étaient présents au contraire, outre les délégations de pays d’Asie centrale et du Sud, des représentants des États-Unis ainsi que le ministre russe Lavrov. Assez clairement en effet, Moscou se préoccupe de l’offensive des insurgés islamistes, aggravée par le retrait américain. De leur côté, les talibans ne cachent pas leur souhait de voir la Chine financer l’économie afghane.

L’Union européenne avait délégué Josep Borrell, son haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Participaient aussi des cadres supérieurs de grandes entreprises.

À la tête de l’État ouzbek, Shavkat Mirziyoyev se réclame de l’ouverture sur le monde, promulguant des lois tendant à attirer les investissements et à développer les infrastructures du pays.

L’Ouzbékistan et les autres pays enclavés de l’Asie centrale s’emploient à ouvrir de nouvelles voies de transport. On a ainsi récemment lancé un projet de ligne de chemin de fer Mazâr-e Charîf – Kaboul-Peshawar, de l’Afghanistan au Pakistan. De nouvelles connexions établiront un lien direct avec le transport maritime et avec l’Inde.

Certes, ajoutera-t-on aujourd’hui, on peut et on doit craindre que l’organisation économique et pacifique de cet espace se heurte demain à la coalition hostile qui s’esquisse entre les talibans, s’ils s’emparent de l’Afghanistan, et le grand voisin oriental. Mais les fragilités de celui-ci, que l’on peut aussi considérer comme un géant aux pieds d’argiles existent de leur côté. Elles nous ramènent aux temps d’une guerre froide où l’on redoutait la menace de l’Union soviétique, qui s’est finalement effondrée.

En bon taoïste, le Premier Empereur de la Chine unifiée, 200 ans avant Jésus-Christ Qin Shi Huang-Di, celui qu’admirait Mao, se rêvait déjà immortel. Non seulement, il ne l’était pas, pas plus que ne le sera Xi Jin-ping, mais sa dynastie fut rapidement remplacée par les Han. Et sous le règne de ceux-ci les lettrés confucéens balayèrent l’étatisme et le fiscalisme,  alors repésentés en Chine par le monopole du sel et du fer…

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/

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