Nouveaux nuages sur la Macronie

En une semaine, alors même qu’après des semaines d’un fort mauvais temps, et, chez nos voisins allemands d’inondations dramatiques, l’été semblait enfin pointer, le paysage politique s’est doublement assombri pour la Macronie.

L’intervention télévisée du chef de l’État le 12 juillet a sans doute renforcé le nombre des candidats à la vaccination.

Mais, dès le 17 juillet, la maladresse avec laquelle avait été présentée la mise en place du passe sanitaire permettait aux anti-vaccins de mobiliser 114 000 manifestants dans diverses grandes villes, de Quimper à Perpignan.

Sur cette réapparition d’un phénomène, du type des gilets jaunes, il est certainement trop tôt pour anticiper quant à sa capacité de fédérer durablement une multitude protestataire hétéroclite. Tout dépendra une fois de plus de la crédibilité d’un pouvoir de plus en plus hors-sol. Ne doutons pas de la volonté de certaines forces, telle la CGT de relancer l’agitation. Nous n’en sommes qu’aux prémices.

Car une autre brèche s’est ouverte, ce 16 juillet avec la mise en examen, sans précédent dans l’Histoire mouvementé de nos républiques successives, du garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti.

Là aussi le fond du dossier particulier sera esquivé.

Un ami lecteur, à la suite de notre chronique du 10 juillet, fait observer en effet l’aspect qui devrait retenir l’attention :

« Sur le fonds, écrit-il,il est inquiétant que la magistrature qui déteste son ministre utilise le droit pénal pour essayer d’éjecter son ministre. L’esprit du « mur des cons » est toujours bien présent. Une justice apolitique n’est toujours pas à l’ordre du jour ! »

Certes !

Mais précisément, lorsque, le 6 juillet 2020, le gouvernement Macron a substitué, à la terne juriste Nicole Belloubet, le tonitruant avocat d’Assises Dupond-Moretti, « on » croyait en haut lieu avoir frappé un coup médiatique majeur. Qu’en est-il sorti concrètement en douze mois ? Exactement rien, sinon la découverte que sous son influence, la chancellerie considérait l’insécurité, pourtant grandissante, comme un fantasme, et qu’elle combattait un certain parti politique plus que la criminalité. On a aussi appris que, Français de naissance, né d’une maman compatriote de Dante Alighieri, le personnage poussait le ridicule jusqu’à se prétendre fondé à parler au nom de l’immigration. Du vent, du vent, du vent.

Les électeurs des Hauts de France ne s’y sont pas trompés.

De réhabilitation de l’institution judiciaire, de moyens matériels, d’effectifs, de recrutement, de conformité avec la Cour européenne, tout au long de ces 12 mois, il n’aura pas été question. La seule réussite du ministre aura été de rassembler contre lui, aussi bien ses administrés de droite, de l’apolitique l’Union syndicale des magistrats que ceux du Syndicat de la Magistrature, aux options bien connues.

Le sentiment de la partialité n’a pas reculé ; bien au contraire, il s’est aggravé de faits, tels que la dissolution aberrante de Génération identitaire, suivie des réquisition le 16 juin contre deux responsables de cette association essentiellement, stratégiquement, non-violente et légaliste, Thaïs d’Escufon, poursuivie pour « provocation à la haine raciale » tandis que Jérémie Piano doit répondre de l’accusation « d’injures publiques »… mais aussi la condamnation à 10 mois fermeavec mandat de dépôt d’un militant angevin de L’Alvarium coupable d’avoir résisté à une attaque des antifas contre leur local associatif.

Au XVIIIe siècle Montesquieu théorisait l’existence de trois pouvoirs, dont celui de la justice. Et indiscutablement, aujourd’hui plus que jamais, il s’agit bel et bien d’une des principales fonctions régaliennes. Or, l’État la laisse végéter à hauteur de quelque 1 % de son budget.

Pour toutes ces raisons de fond, il serait logique de mettre fin aux fonctions ministérielles de Dupond-Moretti.

Mais c’est bien sur le terrain superficiel de sa mise en examen que le scandale risque bientôt d’éclabousser la Macronie, offrant une occasion en or à Christian Jacob, au nom de la droite, de comparer son statut avec celui de François Bayrou, son éphémère prédécesseur de 2017, et de faire remarquer : « Sur le principe, je considère que la mise en examen n’est pas une accusation ni une preuve de culpabilité. Cela ne justifie pas une sortie du gouvernement. Pour autant, il y a un souci dans le deux poids, deux mesures qui semble être pratiqué. Pourquoi Bayrou est-il sommé de quitter le gouvernement en quarante-huit heures et d’autres après lui, alors que ce n’est pas le cas ici ? Cela laisse-t-il à penser qu’Éric Dupond-Moretti est plus dangereux pour le président à l’extérieur du gouvernement qu’à l’intérieur ?« 

Le chef du gouvernement Jean Castex, quant à lui, a cependant précisé qu’il « renouvelle toute sa confiance » au ministre de la justice.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/

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