4 décembre 1944 : Crimes de guerre anglo-américains

Ce jour-là, l’aviation anglaise a déversé 830 tonnes de bombes explosives et 430 tonnes de bombes incendiaires sur la ville allemande de Heilbronn, détruite ainsi à 62 %. Ont été dénombrés 7 000 morts, dont un millier d’enfants. Pour enterrer les victimes, il fallut creuser des fosses communes de 3,50 mètres de long. Un témoin, Arthur Kühn, raconte : « Dans une fosse nous devions mettre environ 3 500 morts, dix à quatorze les uns sur les autres. Pour y arriver, nous avions construit un escalier avec les cadavres » (Jörg Friedrich, L’incendie, De Fallois, 2004). Toutes les villes allemandes furent visées par des attaques aériennes. Hambourg, Cologne, Berlin, entre autres, étaient des cibles emblématiques.

Mais nombre de villes furent touchées, peu de temps avant l’armistice, alors que le sort de l’Allemagne était déjà scellé : ainsi connurent le même sort qu’Heilbronn les villes de Fribourg, Nuremberg, Hildesheim, Würzburg, Mayence, Paderborn, Magdeburg, Halberstadt, Worms, Pforzheim, Trèves, Chemnitz, Postdam, Dresde, Dantzig.

Les bombes incendiaires étaient composées de savants mélanges : essence, caoutchouc, résine artificielle, pétrole, asphalte liquide, gelées et stéarates métalliques, acides gras, phosphore : on obtenait ainsi « un potentiel de destruction que seule une arme nucléaire pouvait dépasser ».

Dès l’été 1940 Churchill avait exprimé sa volonté de mener contre l’Allemagne « une attaque d’extermination totalement dévastatrice ». Il s’agit, dans un premier temps, de viser des cibles militaires, y compris tout ce qui touchait à la production industrielle et aux transports. Mais, dans l’été 1941, une instruction du Bomber Command précisait qu’il importait de « détruire le moral de la population civile ». Ainsi apparut la notion de moral bombing. Déjà, en avril 1941, Churchill avait expliqué que les Allemands étant des « Huns », contre de tels sauvages tous les moyens étaient licites. Certains de ces sauvages étaient peut-être des égarés, victimes d’une espèce de maladie mentale. Des malades, cela se soigne… La thérapie nécessaire supposait un traitement de choc, c’est-à-dire une saine terreur incitant les malades à abandonner leurs idées malsaines (c’est-à-dire la fidélité aux chefs qu’ils s’étaient donnés). D’où l’injonction de Churchill concernant les bombardements. « Il y après de 70 millions de Huns malfaisants, certains peuvent être soignés, les autres peuvent être tués ».

Le chef d’état-major de l’armée de l’air britannique, Portal, se mit donc au travail et fit ses calculs, fin septembre 1941 : avec 4 000 bombardiers et un largage mensuel de 60 000 bombes, on pourrait détruire quarante-trois villes allemandes, où vivaient quinze millions de civils. On pourrait ainsi mettre l’Allemagne à genoux en six mois. Mais la réunion de tels moyens supposait l’intervention américaine… Quant à l’aspect moral du problème, il était réglé d’avance par Portal : « Il est clair que les cibles doivent être les zones d’habitation et non, par exemple, des chantiers navals ou les industries d’aviation. Cela doit être parfaitement clair ».

Arthur Harris, qui devint le nouveau chef du Bomber Command le 22 février 1942, voulut se faire la main sur une ville-test. Il choisit Lübeck car elle contenait un vieux centre-ville à colombages qui brûlerait facilement. Autre avantage : elle n’abritait pas d’industrie de guerre et était donc faiblement défendue. Dans la nuit du dimanche des Rameaux, 234 appareils transportant 400 tonnes de bombes, composées pour les deux tiers d’engins incendiaires, réduisirent en cendres huit cent mille mètres carrés de la vieille ville, dont 1 500 maisons historiques de l’époque de la Hanse et la cathédrale construite en 1173 par Henri le Lion.

Ce beau succès incita les Britanniques à généraliser le moral bombing : Churchill annonça au Parlement que les villes allemandes « seraient soumises à une épreuve du feu incessante, violente et immense, comme aucun pays n’en avait encore subi ». À Cologne, il fallut 262 raids aériens pour réussir à détruire la vieille ville à 95 %.

Dans les villes martyrisées, 75 000 enfants de moins de 14 ans furent tués et 116 000 furent blessés. Churchill pouvait être satisfait, en tirant sur son havane.

Pierre VIAL rivarol du 23 /12/ 2011 au 5/01/2012

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