« Histoires » d’Hérodote

Au v· siècle av. J.-C., Hérodote, en retraçant les relations gréco-perses, a rassemblé une mine d’informations historiques et ethnographiques.  » Il est bien le  » père de l’histoire « .

L’AUTEUR

Hérodote naît à Halicarnasse, en Carie, sur la côte d’Asie Mineure, vers 485-484 av. J.-C., dans une famille grecque, mais dans une région où se mêlent Grecs et non-Grecs.

Quittant sa ville natale soumise au tyran Lygdamis, il s’installe à Samos, fréquente sans doute Athènes – où il donne lecture d’une partie de son œuvre vers 445 av. J.-C. Avec les Athéniens, il participe en 444-443 av. J.-C. à la fondation d’une colonie en Italie du Sud, Thourioi, à l’emplacement de Sybaris. Surtout, il voyage beaucoup, parcourt l’Égypte, la Cyrénaïque (partie orientale de l’actuelle Libye), la Phénicie, visite Babylone et la Mésopotamie, peut-être même Suse, centre administratif de l’Empire perse.

Il a sans doute atteint la Crimée et l’Ukraine, sans parler de ses périples à travers le bassin égéen, l’Italie du Sud et la Sicile.

Il rencontre de nombreux acteurs des guerres médiques ou leurs descendants, des deux bords. Il vit assez longtemps pour connaître les débuts de la guerre du Péloponnèse (431-405 av. J.-C.) et meurt vers 425 av. J.-C.

par Maurice Sartre Professeur à l’université de Tours

L’OEUVRE

Le titre de l’œuvre d’Hérodote, Historiai, signifie « Enquêtes » – nous en avons fait « Histoires » – : c’est le bilan de ce qu’il a vu et entendu par luimême. Hérodote annonce son objectif dès les premières phrases de l’ouvrage : relater les hauts faits tant des Grecs que des Barbares (notamment des Perses) afin que la mémoire ne s’en perde pas. Il compte exposer l’origine de leur conflit, qui a culminé dans les guerres médiques de 490 et 481-479 av. J.-c.

Le fil directeur est donc une histoire de la longue durée des relations gréco-perses. Mais Hérodote évacue rapidement les temps les plus lointains pour commencer son récit avec la conquête de l’Asie Mineure par l’un des rois de la région, Crésus, puis, surtout, par le vainqueur de ce dernier, Cyrus le Grand (546 av. J.-c.), le fondateur de l’Empire perse. Hérodote poursuit ce récit jusqu’à la délivrance de Sestos par les Grecs dans l’hiver 479-478 av. J.-c., à la fin de la deuxième guerre médique.

L’œuvre, cependant, dépasse de loin ce cadre chronologique. Car elle comprend des digressions parfois très développées qui permettent à Hérodote de brosser l’état d’un peuple, d’une cité, d’en raconter l’histoire plus ancienne, d’en évoquer les particularités saillantes.

Hérodote constitue ainsi un formidable recueil de données historiques et ethnographiques. A l’occasion de la conquête de Cyrène (en Libye) par les Perses vers 525 av. J.-c., il se lance dans un long récit des origines de cette fondation coloniale grecque. Darius l » (522-486 av. J.-c.) lance-t-il une expédition au nord du Danube ? Hérodote expose par le menu les mœurs des Scyttes, ses adversaires. Quant à l’Egypte, l’expédition du roi perse Cambyse en 525 av. J.-c. donne à Hérodote l’occasion d’une description qui occupe la totalité du livre II et une partie du livre III.

La trame des relations grécoperses ne peut être pour autant réduite à un prétexte car, sur ce point, Hérodote défend des thèses précises : l’un de leurs moteurs serait le désir de vengeance qui anime les rois perses. Ainsi, la première expédition contre les Grecs, (491-490 av. J.-c.) viserait Erétrie et Athènes, seuls soutiens des Ioniens durant leur révolte de 498 av. I-C. contre les Perses – l’Ionie, sur la côte d’Asie Mineure, avait été soumise par les Perses dès 546 av. J.-c. La seconde expédition, celle de Xerxès en 481-479 av. J.-c., aurait dû effacer l’humiliation essuyée par les Perses à Marathon (490 av. J.-c.).

Hérodote voit dans les succès de Marathon, Salamine (480 av. J.-C) et Platées (479 av. J.-c.) la principale cause de la puissance d’Athènes, dont il fut le spectateur attentif mais muet: il revenait à Thucydide, plus jeune  d’une génération, d’en être l’historien.

QU’EN RESTE-T’IL?

Quelques formules d’abord qui ont trayersé les siècles ( » L’Egypte est un don du Nil « ). l’œuvre d’Hérodote apporte une mine irremplaçable de renseignements dans les domaines les plus divers, et il est souvent le seul à avoir conservé la trace d’événements essentiels.

Certes, on ne prend plus pour argent comptant tout ce qu’il dit, et l’on estime que son souci de placer Athènes au centre des guerres médiques reflète la propagande athénienne justifiant l’impérialisme ultérieur de la cité. De même, il utilise des procédés de composition qui déforment les faits pour les soumettre à des schémas divisant le monde entre Grecs et Barbares.

Hérodote n’en reste pas moins d’une lecture passionnante par la variété et la richesse de ses informations, son goût du concret, la place primordiale qu’il accorde aux hommes et aux réalités plutôt qu’aux mythes, ses efforts pour comprendre les raisons de l’action, la sympathie qu’il éprouve pour les Barbares autant que pour certains Grecs.

Moins directement historien du politique que Thucydide, il mérite cependant pleinement son titre de « père de l’histoire ».

Édition bilingue par PhilippeErnest Legrand, Paris, Les Belles Lettres, 10 vol., 1942-1954.

L’ HISTOIRE: N’ 264 avril 2002

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