Cette semaine dans le Canard enchaîné

L’insubmersible palmipède, toujours aussi assommant par son anticléricalisme et son antimilitarisme d’un autre âge, vaut surtout par ses excellents dessins. Chacun y reçoit son paquet de caricatures. Et naturellement, aujourd’hui encore, la rubrique des minimares y éclabousse joyeusement les gâte-sauce de notre lassante tambouille politicienne hexagonale.

Mais on y trouve aussi certaines informations que la presse conformiste s’attache à contourner ou à minimiser.

On y découvre ainsi l’écho du rapprochement du parti communiste français, âgé de 101 ans, 43 000 adhérents revendiqués, avec son frère chinois, venu au monde officiellement en 1921, mais qui compte 92 millions d’encartés.

Le Canard enchaîné du 7 juillet nous alerte ainsi à propos de la « Célébration unanimiste du centenaire du glorieux Parti communiste chinois, l’écrasant ‘grand frère’ du communisme mondial : parade martiale sur la place Tian Anmen le 1er juillet et discours fleuve de Xi Jinping, qui proclame à la face du monde : ‘Le peuple chinois n’a jamais malmené, opprimé ni asservi d’autres peuples, il ne l’a jamais fait et il ne le fera jamais. »

« Les Ouïgours, remarque le Canard enchaîné, enfermés dans des camps de travail, les Tibétains et les Hongkongais ne sont pas ‘d’autres peuples’, ce sont juste des communistes chinois qui s’ignorent encore !

« Exceptionnellement, Fabien Roussel, le secrétaire général du Parti communiste français, était convié, lui, à s’exprimer dans les colonnes de L’Opinion. En fait, au sein d’un ‘communiqué’ d’une pleine page payé par l’agence officielle Xinhua (Chine nouvelle). Une page de propagande d’État, donc, observe le Canard.

« Roussel y va de ses constats léni (ni)fiants : « Il y a peu de partis dans le monde qui aient une histoire aussi longue et aussi riche. » Aussi totalitaire et sanglante également,rétorque le Canard enchaîné… Il [Fabien Roussel] se félicite : « Les objectifs fixés par le Parti communiste chinois (…) ont véritablement permis à la Chine de réussir un bond remarquable. »

« Allusion délicate au Grand Bond en avant ? demande le Canard enchaîné. Cette politique économique imposée par Mao en 1958 qui a fait 60 millions de morts en cinq ans… »

Petit crocodile toujours au rendez-vous dans le marigot de la gauche plurielle, le PCF, en effet, est aujourd’hui dirigé par Fabien Roussel. Le virage sectaire de ce nouveau secrétaire national mérite d’être relevé, même s’il semble s’encroûter en deuxième division. C’est en novembre 2018, plus d’un an et demi après la présidentielle et les législatives de 2017, que fut convoqué le XVIIIe congrès du parti communiste. Il allait nommer le sémillant Fabien Roussel à la place du pathétique Paul Laurent. À peine plus connu du grand public que son pâle prédécesseur, le nouveau secrétaire général appelle quelques mots de présentation. Il est né en 1969 dans une famille d’apparatchiks du parti ; son père était journaliste à L’Humanité. Lui-même a été élu au Palais-Bourbon en juin 2017. Il y succède à l’inamovible élu du Nord Alain Bocquet. Celui-ci, lui-même frère du sénateur Éric Bocquet, est devenu le suppléant de Roussel, après 39 années de bons et loyaux services au sein du groupe stalinien, qu’il présida pendant 14 années.

À la présidentielle prochaine, Roussel annonce qu’il sera le candidat du Parti. En 2017 le PCF avait soutenu Mélenchon qui obtint, au second tour, 7 millions de voix et frisa les 20 %. Mais, par la suite, les relations se sont de plus en plus distendues entre la prétendue « France insoumise », et le vieux Parti. À partir de l’arrivée de son nouveau secrétaire national, il s’est détaché de la coalition d’extrême gauche autour du vieux trotskiste mégalomane qui, de son côté, devenait de plus en plus insupportable et incontrôlable, mais cette indépendance représente un gros risque pour le PCF. En 2019, aux européennes, la liste « Pour l’Europe des gens contre l’Europe de l’argent » (ouf !) conduite par Ian Brossat n’obtient que 565 000 voix 2,5 % des suffrages exprimés et par conséquent aucun élu. Seul, l’appareil stalinien divise par deux le score de 2014, où la liste conduite par Mélenchon avait obtenu 1,2 million de voix, 6,3 % des suffrages et 3 élus, dont le camarade Patrick Le Hyaric et l’illustrissime Marie-Christine Vergiat. Ayant perdu le Val-de-Marne, son dernier département en 2021, mais ayant retrouvé un partenariat avec le parti socialiste, n’ayant jamais démenti son alliance avec Anne Hidalgo, le PCF compte encore 12 députés, dirige un groupe de parlementaire de 16 affiliés et 14 sénateurs. En janvier 2017, il avait investi 253 candidats sur 557 circonscriptions en vue des élections législatives de juin. L’existence de son groupe dit de la Gauche Démocratique et Républicaine fut sauvée de justesse au sein de l’Assemblée Nationale, avec 11 députés communistes métropolitains, et 5 ultramarins. Le travail du PCF se situe sur divers terrains notamment sur celui de la lutte fiscaliste pour la survie de l’enfer fiscal français face à la concurrence d’autres pays, mais aussi sur celui de l’urbanisme notamment parisien, où il exerce la haute main sur la politique de logement d’Anne Hidalgo.

Les retrouvailles entre le vieux PCF, qu’on a tort de croire complètement édenté et inoffensif, et le régime communiste de Pékin, prouvent donc combien peut redevenir sanglante cette affaire de famille entre héritiers de la Terreur rouge.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/

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