Le trop-plein et le vide

À droite comme à gauche, la classe politique française se prépare à d’intenses tractations qui devraient courir tong au long de l’été. Les grandes manœuvres tendent à désigner ceux qui porteront l’an prochain la casaque de leurs écuries respectives. La monture a beaucoup évolué, en 53 ans. De Pompidou, en Giscard, de Mitterrand en Chirac, de Sarkozy en Hollande, pour aboutir à Macron, on doit souhaiter que la courbe cesse de baisser avant que le tigre mythique, qu’on imagine encore pouvoir chevaucher ne se révèle définitivement chat de gouttière.

Or, si la qualité des concurrents semble très inégale, la quantité des ambitions s’affirme de manière presque inconvenante.

Dès 1962, De Gaulle, dans son pessimisme actif croyait prévoir qu’après lui viendrait « non le vide mais le trop-plein ». La formule fut proférée lors de sa conférence de presse du 15 mai, le jour même où s’ouvrait le procès du général Salan. Et cette année-là, on allait ouvrir à deux battants l’institutionnalisation de cette prophétie, par la réforme de l’article 7 de la constitution de 1958.

La réforme suivante du statut de la présidence, dont on ramena, en l’an 2000, le mandat à 5 ans allait aggraver la tendance.

Pour couronner le tout on a imaginé aussi d’importer, – frauduleusement car le fonctionnement des institutions ne se compare pas – un concept de primaires, redondance par rapport à l’existence, dans notre système, d’un premier tour.

Ce processus lui-même résulte, outre Atlantique, d’une dégénérescence de la constitution de 1787. Et il nuit gravement, depuis le début du XXe siècle, à la vie politique des États-Unis.

En France, on l’a malencontreusement intégré aux statuts de divers partis. Leurs effets catastrophiques ont particulièrement frappé les partis de gauche : les Verts en 2012, quand les manœuvres de Duflot ont permis de désigner la malheureuse Eva Joly ; ou les socialistes en 2017 qui choisirent le calamiteux Benoît Hamon.

À droite, les « primaires statutaires » de 2016 avaient permis, certes d’écarter le pire des candidats. Les médias cherchaient alors à présenter l’impopulaire maire de Bordeaux comme le sauveur naturel de la Chiraquie ; las, l’élu surprise qui lui fut préféré par les sympathisants de la droite, en dépit d’un excellent programme, prêta le flanc à la manœuvre éliminatoire que l’on sait. Ceci l’empêcha, de peu, pour la première fois, de figurer au second tour.

C’est pourquoi ces temps-ci, devant la pléthore des hypothèses et candidats possibles à la candidature, on se préoccupe d’une opération de « départage ».

Or, pour la concrétiser, « la droite n’a pas de temps à perdre ». Olivier Auguste le souligne à juste titre, dans ce 4 juillet, il nous invite à remarquer combien les hommes compteront plus que les programmes défaillants : « les grands partis politiques, écrit-il,sont devenus des aires de paresse intellectuelle, des déserts de réflexion. Qui se souvient d’une idée lancée par l’UMP devenue LR depuis 2007, date de sa dernière victoire nationale ? D’une mesure marquante envisagée par le PS depuis 2012 ? » (cf. sa chronique de L’Opinion)

Le trop-plein des hommes n’empêche donc pas le vide des idées…

Une telle paralysie n’affecte pas seulement les partis de gauche, naturellement sujets à cette contamination de la médiocrité et du conformisme. Le phénomène immobilise aussi les concurrents de ces vieux rogatons, ceux pour lesquels votent machinalement les électeurs de droite, mais qui agissent trop souvent dans la crainte de pressions à sens unique exercées par les nostalgiques inguérissables de la Révolution jacobine, et autre adeptes de l’égalitarisme. « Que faites vous contre les inégalités ? » interrogent à l’envi tous les songe-creux. Il semble interdit de remarquer que tous les progrès scientifiques, techniques, médicaux ou culturels, toutes les créations supposent l’inégalité. Et l’on décore alors de l’appellation pompeuse de « réformes » n’importe quelle loi nouvelle, qui ne change rien à l’héritage du socialisme étatique.

La démocratie d’opinion qui s’incarne en de tels contresens consternants, se montre sans surprise prisonnière des médiats. Elle ne reflète pas le sentiment véritable des Français, mais les préjugés communs à 95 % des journalistes, les discours préfabriqués des intellectuels moutonniers et les mots d’ordre des dîners en ville des bobos parisiens.

Quand on pense que tout cela se réclame du non-conformisme, mieux vaudrait en rire, si l’on entend préparer une véritable alternance, une alternative de liberté.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/

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