Attention centenaire dangereux

On fête à Pékin ce 1er juillet, en grande pompe, le centième anniversaire du parti unique. Cette organisation monolithique de 92 millions d’adhérents n’a retranché de son identité aucune référence au communisme et à Mao Tsé-toung, disciple de Engels, admirateur de Lénine et émule de Staline.

Indiquons par exemple que la IVe version de la constitution adoptée en 1982, copiée en grande partie sur la constitution soviétique de 1936, interdit toujours, en son article 10, la propriété individuelle ou familiale de la terre.

Mais par ailleurs, pire qu’en URSS, ce texte ne reconnaît pas, fût-ce formellement, le droit à l’autodétermination et à la sécession des territoires non-chinois.

L’article 1er énonce que « la République populaire de Chine est un État socialiste de dictature démocratique populaire dirigé par la classe ouvrière et fondé sur l’alliance entre ouvriers et paysans. Le système socialiste est le système fondamental de la République populaire de Chine. Il est interdit à toute organisation ou tout individu de porter atteinte au système socialiste. »

L’article 6 : « le fondement du système économique socialiste de la République populaire de Chine est la propriété socialiste des moyens de production, c’est-à-dire la propriété du peuple tout entier et la propriété collective des masses laborieuses. » Etc.

À partir de l’ère Deng Xiaoping, entre 1978 et 1997, les réformes économiques ont permis un essor considérable, dans de nombreux domaines. Il serait d’autant plus ridicule de le nier qu’il est malsain d’en ignorer le danger.

Pékin en effet, prétend imposer dans le monde son modèle autoritaire, et par les montants colossaux de ses plus-values accumulées par la sous-traitance à moindre coût, la contrefaçon et le blocage du contrôle des changes la finance étatique chinoise étend son influence dans de nombreux pays.

Cela ne veut pas dire que l’entreprise hégémonique de son gouvernement réussira.

Au bout du compte, on doit se convaincre que le régime communiste chinois échouera dans ses projets délirants de conquête de l’Asie centrale, au nom de la mythique route de la soie, de mainmise sur un grand nombre de pays d’Afrique et d’humiliation revancharde à l’encontre de l’occident, du Japon et de l’Inde.

Son idéologie du ressentiment se base sur l’ignorance et le mensonge. Par exemple l’abaissement du pays au XIXe siècle, imputé par la propagande communiste aux « diables étrangers » fait bon marché des crimes de la révolte purement chinoise des Taiping, responsable de 20 à 30 millions de morts, sans doute la plus meurtrière des guerres civiles de l’Histoire.

Ne nous trompons pas non plus sur les succès récents d’un système esclavagiste et dictatorial. Outre la falsification des données, éclatante s’agissant du Covid, il dissimule mal l’immense misère des campagnes et du prolétariat urbain.

Il échouera, en dernière analyse, parce qu’il ne laisse aucune place au débat interne. Le numéro 1 actuel, Xi Jinping, loin d’ouvrir un espace de discussion de sa politique, a su ainsi abolir en 2018 une disposition prise par Deng qui limitait son mandat à 5 ans, renouvelables une seule fois  il pourra imposer sa dictature 20 ou 25 ans.

Mao lui-même, dans un recueil publié en 1965 écrivait : « du parti communiste ou du Kouo-Min-tang lequel des deux redoute la critique ? Le Kouo-Min-tang redoute la critique : il interdit la critique, et en conséquence n’a pu échapper au naufrage. »

Cet intéressant apophtegme s’applique entièrement aujourd’hui à la politique de Xi Jinping et des 7 membres du comité permanent de son bureau politique tout-puissant mais dont pas un Chinois sur un million ne saurait répéter les noms de ses 6 glorieux comparses.

Citons les ici pour nos lecteurs et amis. Aux côtés de Xi Jinping, qui est à la fois secrétaire général du Parti, Président de la République et Président de la Commission militaire centrale, ils s’appellent : Li Keqiang, Premier ministre, Han Zheng, premier Vice-premier ministre, Li Zhanshu, Wang Yang et Wang Huning. Ils ont été nommés en 2017, sans débat, sans aucune référence à l’égalité des sexes. « La femme, disait Mao, est la moitié du ciel ». En réalité la condition de la femme dans la Chine communiste est surtout la moitié de l’enfer. On cherchait encore moins à tenir compte de la diversité des peuples de l’Empire du Milieu…

Il faut évidemment situer la citation de Mao dans son contexte. En fait, elle contredit toute l’œuvre de son régime. Mais en 1965, couvait une crise opposant le fondateur Mao à ses disciples, jusque-là dociles, tels Liu Shaoqi, chef nominal de l’État, qui sera destitué en 1968 et mourra en prison en 1969 et Chou En-laï. La critique radicale à leur encontre fut une des dimensions essentielles et délirantes de la soi-disant révolution culturelle.

Le maoïsme n’a jamais utilisé la critique qu’à son profit.

Et Deng lui-même, avant de donner à l’armée, en tant que président de la Commission militaire l’ordre, le 4 juin 1989, de massacrer les manifestants de la place Tian Anmen, proclamait une fois pour toutes : « nous ne ferons jamais à Mao ce que les Soviétiques ont fait à Staline ».

Il n’y aura pas de démaoïsation, tant que régnera ce dangereux centenaire, le parti communiste chinois.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/

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