La république est-elle en danger ?

Les bons esprits criaient ce 9 juin aux périls menaçant la république. Le fait, sans doute choquant pour la conscience civique mais minuscule en lui-même, que deux (2) citoyens, peut-être deux contribuables exaspérés par le calcul de leurs impôts, aient tenté la veille, à Tain-l’Hermitage, de gifler le chef de l’État, en arrive même à les effrayer.

La gauche mélenchoniste crie aux dangers de la violence d’extrême-droite. Edwy Plenel sonne le tocsin : « La catastrophe est en marche » écrit-il dans Mediapart, « Giflé par un homme poussant un cri de guerre royaliste, le président de la République a appelé à‘relativiser cet incident’ ajoutant : ‘Tout va bien.’Non, tout va mal : ce geste exprime la violence d’extrême droite libérée par le cynisme et l’irresponsabilité du pouvoir macroniste. »

Nous nous trouvons en fait, à la veille d’une crise non pas de la république au sens où l’entendent le conformisme ambiant, et l’aboyeur Plenel, mais de la démocratie représentative.

Or, ceci vaut particulièrement pour la France, dont la cinquième république, vieille de 63 ans, peine à se renouveler. Le tenant du titre semble ainsi s’ingénier lui-même à abaisser sa propre fonction. L’épisode des deux youtubeurs clownesques en a offert le 23 mai, avec Mac Fly et Carlito à égalité symbolique avec Jupiter, l’exemple le plus consternant, dernière en date de toute une série de fautes de goût inadmissibles.

Les voies d’un nécessaire redressement des institutions du pays passent par trois types de questions que nos conformistes ne sauraient nous interdire de poser.

Il faudra bien mettre un terme à la chute libre de la présidence élective au suffrage direct. Cette déchéance, de Mitterrand en Chirac, de Sarkozy en Hollande et aujourd’hui Macron nous prouve que le système institué en 1962, par et pour De Gaulle a plus que fait son temps. Revenir aux équilibres prévus par les constituants de 1958, et à un président élu par le corps sénatorial et pourquoi pas par le sénat lui-même pourrait devenir une évidence de bon sens. Est-il interdit d’y réfléchir ?

Il faudra bien aussi reprendre la régionalisation. Cet ultime message du fondateur des institutions actuelles n’a toujours pas trouvé son équilibre. Et le redécoupage fantaisiste effectué sous Hollande en 2014 en aura encore aggravé les carences, dans un Hexagone alourdi par le mille-feuille des féodalités locales. Est-il interdit d’en demander la concrétisation ?

La représentation du peuple en laquelle l’article 3 alinéa 1 de la Constitution fait résider l’exercice de la souveraineté, ne peut plus se reconnaître dans l’assemblée nationale actuelle. On y appelle majorité les élus d’un parti que les sondages situent dès maintenant autour de 10 à 12 % des votants aux régionales de ce mois de juin. Est-il interdit d’en mettre en cause l’imposture, dernier avatar du régime des partis ?

On sait évidemment, depuis Aristote, qu’il n’existe pas de constitution intrinsèquement supérieure dans l’absolu sauf à considérer le peuple et la période de l’histoire. Est-il interdit d’admirer les durées exceptionnelles de l’empire byzantin, de 325 à 1453, celle de la royauté capétienne de 986 à 1792 ou celle de la monarchie constitutionnelle britannique toujours debout depuis 1688 jusqu’à nos jours, mais ni la France d’aujourd’hui, ni, encore moins l’Union européenne ne peuvent imaginer en copier les institutions, pas même celles du Saint Empire romain germanique.

S’il se révélait vraiment que les gens, qui ont tenté de gifler Macron dans la Drôme, pensent que depuis 1789, la constitution la plus durable, celle de la troisième république est celle qui a conduit au désastre de 1940, alors ces deux citoyens, au-delà de l’inconvenance et de la dérision de leur geste, pourraient paraître plus lucides que la plupart des commentateurs agréés qui les condamnent.

Certes en France on peut faire remonter fort loin le mal des appareils partisans, la dégénérescence du régime représentatif et la déliquescence des promesses électorales.

Est-il interdit, est-il dangereux pour la république de les dénoncer ? L’auteur de ces lignes est tenté de juger plus périlleux encore de ne pas s’en préoccuper.

JG Malliarakis

https://www.insolent.fr/2021/06/la-republique-est-elle-en-danger-.html

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