L’arnaque du Pass culture d’Emmanuel Macron.

Annoncé dès la dernière campagne aux élections présidentielles par Emmanuel Macron pour développer l’intérêt et l’accès des jeunes à la culture, le voici sur les rails. Dès hier, vendredi 21 mai, toutes les personnes âgées de 18 ans peuvent activer leur Pass culture.

Emmanuel Macron a choisi la réouverture des lieux culturels après le dernier confinement pour annoncer la généralisation de sa promesse présidentielle. « En installant sur leur smartphone cette application géolocalisée, les jeunes disposeront de 300 euros pour accéder à des offres culturelles de leur choix », a annoncé, jeudi 20 mai, l’entourage du président de la République à la veille de son déplacement à Nevers. C’est dans la ville de naissance de Roselyne Bachelot, notre ministre de la culture, que le chef de l’Etat détaillera le fonctionnement de ce nouvel outil « d’émancipation » considéré comme « le chantier culturel prioritaire du quinquennat ».

La Nièvre est l’un des quatorze départements où a été expérimenté depuis deux ans ce nouveau Pass culture. La pandémie de Covid-19, mais aussi la nécessité de réajuster les objectifs de ce « sésame vers un champ des possibles culturel »(sic)  selon les termes utilisés par l’Elysée –, a retardé son lancement.

Désormais, ce « GPS de la culture » va se déployer en métropole et outre-mer. Il permettra aux quelque 800 000 jeunes de 18 ans de réserver des places de spectacle ou de cinéma, d’acheter des livres, du matériel de dessin ou un instrument de musique, de s’abonner à une plate-forme de musique ou de vidéos en ligne, de visiter des musées, de prendre des cours de danse, de chant ou de théâtre, d’acheter des jeux vidéo, etc. 

En privilégiant la demande, ce projet de pass a souvent été associé à une vision consumériste de la culture. Pour tenter de répondre aux critiques, l’enveloppe de 500 euros prévue à l’origine sera finalement partagée en deux volets. De la classe de 4e à celle de terminale, les collégiens et lycéens bénéficieront de 200 euros, dont ils pourront disposer dans le cadre de l’éducation artistique et culturelle, puis, à 18 ans, d’une enveloppe de 300 euros à utiliser suivant leurs goûts.

« C’est un peu comme la conduite accompagnée avant de passer le permis. Nous ne renonçons pas à la somme de 500 euros mais nous l’étirons dans le temps pour construire un continuum, un parcours culturel, d’abord collectif, guidé par les professeurs, avant d’être individuel », explique une proche du président.

Que voilà une belle et bonne idée ! Mais n’oublions pas aussi que… l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Cette extension dès le collège, imaginée avec le ministère de l’éducation nationale, ne se déploiera qu’à compter de janvier 2022. « Il concerne potentiellement quelque quatre millions d’élèves et nécessite, notamment, une mobilisation des enseignants et le développement de référents culture », indique-t-on à l’Elysée.

En attendant, pour les 18 ans, le Pass culture promet d’être « davantage éditorialisé et moins un simple catalogue d’offres ». Des événements seront dédiés aux jeunes titulaires du passe et un « algorithme inversé » devrait permettre de les orienter vers des « expériences culturelles » auxquelles ils n’auraient pas pensé. Toujours une bonne idée… D’ailleurs, selon un sondage réalisé par la SAS Pass culture – la structure d’une cinquantaine de personnes qui gère le déploiement de ce nouvel outil –, 73 % des personnes l’ayant expérimenté déclarent qu’il leur a permis de tester de nouvelles activités ; 32 % sont allés pour la première fois au musée et 36 % se sont lancés dans une nouvelle pratique artistique.

Initialement, le projet présidentiel du Pass culture devait être financé à 20 % par l’Etat et à 80 % par des fonds privés. Désormais, les partenariats financiers, envisagés notamment avec des banques, ont été abandonnés pour des raisons de protection des données. « Le modèle économique pérenne n’est pas tout à fait stabilisé et difficile à évaluer précisément avant la massification du Pass [culture], reconnaît-on dans l’entourage du président. En régime de croisière, le coût pour les jeunes de 18 ans devrait atteindre 160 millions à 180 millions d’euros par an. » Pour l’heure, le budget 2021 de ce passe est de 80 millions : 59 millions au titre du projet de loi de finances, 9 millions de « reliquats » de 2020 et 12 millions issus des offres négociées gratuitement. Quant au futur volet collège-lycée, son financement est évalué à environ 128 millions d’euros en 2022.

Une campagne de communication va être lancée sur les réseaux sociaux pour inciter les jeunes à s’inscrire. Et l’Elysée compte sur « l’appel d’air engendré par l’annonce de la généralisation » pour attirer davantage d’offreurs.

A Nevers, Emmanuel Macron rencontrera des commerçants (libraires, boutique d’instruments de musique) qui ont vu arriver de nouveaux clients grâce au Pass culture. L’expérimentation a montré que l’achat de livres arrive en tête des dépenses, suivi par la musique et l’audiovisuel (abonnements à des plates-formes)« Il reste un effort à mener pour le spectacle vivant et les pratiques artistiques », estime-t-on à l’Elysée.

Et c’est là que, précisément, le bât blesse. Car l’achat de livres, qui réjouit tant l’Elysée, ne concerne quasiment pas la véritable littérature pour se concentrer massivement sur la BD (bande dessinée) et, presque exclusivement, les mangas japonais*

Ou comment favoriser l’industrie et le développement de la culture japonaise avec l’argent des contribuables français… tout en acculturant davantage que nécessaire nos enfants !

Mais ce n’est pas tout car, en deuxième position de l’importance des dépenses figure l’achat de jeux vidéo et l’abonnement à des plates-formes de vidéo à la demande (SVOD) dont on est en droit de s’interroger sur la valeur et l’intérêt culturels réels .

Quant à ceux qui s’interrogent sur la capacité de ce nouvel outil à toucher des publics « défavorisés«  (entendez qu’il s’agit quasi-exclusivement, dans les allées du pouvoir, des jeunes des cités de banlieue issus de l’immigration extra-européenne), l’entourage présidentiel indique que « 8,5 % des jeunes ayant expérimenté le Pass [culture] vivent dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville ».

Ce qui est à la fois stupéfiant et colossal pour un tel outils et témoigne d’un taux de substitution de la population de souche bien supérieur aux annonces officielles… De quoi s’alarmer davantage encore.

Le 22 mai 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

(*) Le mot japonais « manga » souvent traduit littéralement par « image dérisoire » ou « dessin non abouti », est composé de « ga » (画), qui désigne la représentation graphique (« dessin », « peinture » ou toute image dessinée) et « man » (漫), « involontaire », « divertissant », « sans but », mais aussi « exagérer », « déborder » (qui peut être interprété comme caricature), ainsi qu’« au fil de l’idée ». Ainsi on pourrait aussi bien traduire ce mot par « dessin au trait libre », « esquisse au gré de la fantaisie », « image malhabile » ou tout simplement caricature ou grotesque dans le sens de Léonard de Vinci.

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/

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