Double victoire du centralisme

Bien que préoccupés de la chose civique, bien que souvent consternés par le déclin de la Cité, bien qu’attentifs à l’actualité, les Français, dans leur grande majorité, avaient heureusement autre chose à faire ce 5 mai que d’écouter le chef de l’État dissertant sur le 200e anniversaire de la mort de Napoléon, vaincu et captif à Sainte-Hélène. Quant à lui, votre serviteur n’a guère entendu que de médiocres bribes de ce morceau de boursouflure, au volant de sa voiture. Et le peu qu’il en perçu ne lui a pas donné l’envie d’en consulter le texte écrit complet.

Pourtant on peut retenir que la marque funeste de cette excessive centralisation, héritée du jacobinisme, de la révolution de 1789-1793, du consulat et de l’empire, centralisation que l’on doit à Napoléon plus encore qu’à Louis XIV, non seulement n’est toujours ni corrigée ni même vraiment critiquée, mais qu’elle s’est encore aggravée.

Et ceci à la veille d’élections que l’on prétend régionales.

Depuis Polybe, on croit savoir historiquement que les systèmes politiques s’usent et qu’ainsi les sociétés reviennent cycliquement à leurs principes antérieurs d’organisation qu’ils croyaient avoir dépassés ou abolis. Ainsi, pense-t-on que des pays comme la Chine ou la Turquie retournent à l’empire, au pouvoir absolu d’un homme, sous des drapeaux marxiste pour l’une, démocratique pour l’autre.

Rien de pareil en France, semble-t-il aujourd’hui. Nous demeurons depuis plus de 60 ans maintenant dans la gouvernance d’un personnage tout-puissant, et depuis des siècles dans la centralisation.

N’est-il pas frappant que, ce 4 mai, ce soit l’appareil parisien d’un parti, qui se pense continuateur du gaullisme, qui, pour des raisons sans doute compréhensibles, – et que je suis prêt à approuver en elles-mêmes, dois-je le préciser ? – ait fait plier la logique locale présentée comme une petite manœuvre.

Non, il ne faut pas d’un accord entre la droite et le parti macronien, mais était-ce à une Commission nationale d’investiture de l’imposer depuis Paris ? N’était-ce pas plutôt aux militants et aux électeurs provençaux d’en décider eux-mêmes ? L’écheveau politicien nous paraît, à tous, trop complexe évidemment pour trancher de manière trop péremptoire ; mais ce que l’on peut retenir c’est précisément ce que les médias, eux-mêmes concentrés dans la Capitale, cherchent à nous présenter comme le seul angle d’observation, – je le répète : à la veille d’un d’élections régionales et départementales – à savoir : la campagne présidentielle de 2022 qui éclipsera, dans l’esprit de nos commentateurs agréés, l’élection d’une Assemblée nationale.

Les gens qui se réclament du général De Gaulle ont manifestement oublié que sa dernière bataille, en 1969, bataille hélas perdue celle-là, s’était investie dans la régionalisation.

Certains n’en ont repris le mot que pour trahir la chose. Ainsi les chiraquiens qui ont inscrit dans la constitution à la fois ce qu’ils appellent décentralisation, à l’article 72 et même à l’article 1er, mais en l’assortissant de son contraire absolu sur le plan financier, la péréquation inventée en 2003.

C’est en effet la révision constitutionnelle du 28 mars 2003 qui a érigé celle-ci en objectif de valeur constitutionnelle : « La loi prévoit des dispositifs de péréquation destinés à favoriser l’égalité entre les collectivités territoriales » (article 72-2). On ne peut pas s’exprimer plus clairement. L’effet immanquable et irrémédiable consiste dès lors à institutionnalisation l’activité subventionnaire des élus, qui deviennent de la sorte non plus les représentants des contribuables, mais leurs premiers ennemis.

Non la centralisation de la France ne recule pas : elle s’aggrave.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/

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