Fraudes à l’assurance maladie : pas de pause pendant la pandémie, par Richard Hanlet.

Même si cela semble dans une vie antérieure, dix ans, ce n’est pas si loin, et en ce temps-là, l’inquiétude était aux « déserts médicaux » : le mantra du moment n’était pas l’accès au , mais seulement « l’accès aux soins pour tous ». Alors se multiplièrent, entre autres, les « centres de vision », salariant, outre un seul ophtalmologiste en titre pour les signatures, une nuée de petites mains affectées à des machines éminemment rentables.

Plus de deux ans après ma chronique sur ce sujet, donc (sans rire), avec une célérité dont elle est peu coutumière, la Caisse nationale d’assurance maladie aurait flairé, en 2020, près de 22 millions d’euros de fraudes dans les centres de , avec ceux d’ophtalmologie en haut du podium !

Le Figaro évoque ainsi un nombre de bilans orthoptiques facturés dans ces centres ayant plus que doublé, alors qu’il a baissé de 10 % dans les cabinets libéraux du fait de la pandémie. Quant au nombre d’examens de la vision des couleurs, il a été multiplié par 170, alors qu’il restait stable chez les ophtalmologistes libéraux. C’est fou, le nombre de daltoniens à se ruer dans ces centres, lesquels ont apparemment compris que si l’on veut gagner sa vie vraiment bien avec la médecine, l’unique solution était de faire travailler des soutiers, surtout sur des machines automatiques ! Il faut dire qu’avec le tiers payant généralisé, dès que vous avez glissé votre carte Vitale dans la fente, c’est open bar pour le boutiquier…

Mais rassurez-vous, apparemment, la  sociale se porte encore bien, puisqu’elle va recruter 10.000 personnes en 2021, dont 6.700 en CDI. On ne change pas une équipe qui gagne !

La Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a elle aussi sorti sa loupe sur une activité sanitaire à la mode et bien aidée par l’épidémie : la télémédecine.

C’est plus modeste, mais sur 103 contrôles, un quart des opérateurs ont quand même présenté des « anomalies », tels que des « défauts d’information sur les tarifs et les honoraires ». Plus gênante, « une pratique commerciale trompeuse, telle que la présentation confuse d’un service de téléconseil, qui lui n’est pas pris en charge par l’assurance maladie, à la différence d’une téléconsultation. »

Pour l’heure, les « anormaux » n’ont écopé que de douze avertissements et cinq injonctions de mise en conformité. Quand on osait encore engueuler les internes, les patrons de jadis appelaient ça « une paternelle admonestation »…

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