La geste d’une reine

Bertrand de Saint-Vincent

Les images des funérailles s’enchaînent dans un alignement tiré au cordeau. Nulle place pour l’amateurisme ou l’inspiration de dernière minutes dans ce ballet dicté par les siècles. Pour ses adieux au prince Philip, la monarchie britannique a sorti le grand jeu. Parade militaire dans les allées du château de Windsor. La famille, réduite aux plus proches – 30 personnes — avance d’un pas égal derrière le Land Rover, dessiné par le duc d’Édimbourg, sur lequel repose son cercueil ; une casquette et un sabre d’officier trônent sur ce dernier.

Sur son passage, les gardes inclinent respectueusement la tête. Émotion et humilité. Les larmes du prince Charles, le collier de la reine, que porta un jour Diana, resplendissant autour du cou de Kate Middleton. Il n’y a pas de hasard. Le soleil se reflète sur la carrosserie de la Bentley bordeaux à bord de laquelle a pris place Elizabeth II; il fait scintiller les décorations épinglées sur les habits noirs des Royals. Le ciel est d’un bleu roi, l’air limpide. La musique d’un requiem sur mesure : trompettes de la Royal Navy, sifflement des pipes de marins, notes de cornemuse du régiment  royal d’Ecosse. Le son du canon et celui des cloches, l’hymne britannique – God Save the Queen – et les chants religieux. Une minute de silence réunit le royaume.

A l’entrée de la chapelle Saint-Georges, l’archevêque de Canterbury accueille la souveraine. Le moindre geste est millimétré. La procession funéraire n’a pas excédé huit minutes. Seule au monde, une vieille dame pénètre dans l’église et s’assoit  dans la stalle qui lui est réservée. Au-dessus de son masque noir, son regard perdu fixe le vide qu’a laissé en elle le départ de son époux.

À la fin de la cérémonie, les caméras suivent un bref échange entre William et Harry. Tout cela ne formerait qu’un tableau magnifique, mais éphémère, si ces images n’étaient reliées entre elles par le lien sacré de la monarchie. C’est ce régime, à l’aura mystérieuse, qui confère à ces gestes leur grandeur et à une nonagénaire sans vrai pouvoir, celui, irritant pour certains, de sublimer le monde.

Source : le Figaro 19/04/2021

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2021/04/19/la-geste-d-une-reine-6310727.html

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