États-Unis : la campagne pour 2024 est ouverte

Un mois après une passation de pouvoir fantomatique, Joe Biden et Donald Trump semblent continuer sur la lancée de la campagne présidentielle. Le premier s’évertue à effacer le souvenir de son prédécesseur; le second pointe les erreurs de la nouvelle administration, et revigore ses troupes.

Le mandat de Joe Biden pourrait bien n’être qu’une interminable campagne pour 2024, Le nouveau président des États-Unis, nous le soulignions dans notre dernier numéro, n’a de cesse d’effacer en multipliant les décrets, la politique de son prédécesseur. Cette bataille a également un aspect sémantique, et il suffit d’avoir entendu Joe Biden s’exprimer une fois pour comprendre que son langage n’a rien a voir avec celui de Donald Trump.

Cette bataille des mots participe, elle aussi, à ce qu’un de nos confrères a pu appeler le « rouleau compresseur » de la nouvelle administration. J’aime assez cette image, car elle exprime bien, et au-delà sans doute de l’intention de son auteur ce nivellement par le bas qui concrétise, de fait, la réflexion progressiste.

Il serait vain, et particulièrement lassant, d’entreprendre d’établir une liste de toutes les décisions prises en ce sens, et peut-être pour cette seule raison, par Joe Biden. Malheureusement pour lui, tout n’est pas aussi simple que cela. Il ne suffit pas de dire, en lieu et place de « America Just », « America is back » pour marquer une rupture – surtout lorsqu’on la revendique haut et fort.

Si l’on entre, par exemple, dans le chapitre de la diplomatie (qui n’a, il est vrai, pas la première place dans les urnes), on notera que l’arrivée de Joe Biden est loin, contrairement à ce qu’on nous serine, d’arranger l’image de l’Amérique dans le monde. Joe Biden s’est déjà fâché avec la Turquie et les Émirats arabes unis, pays auxquels il reproche de s’intéresser de trop près à certains de leurs voisins. Ou avec l’Arabie Saoudite, en accusant ouvertement le prince héritier Mohammed Ben Salman du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, en 2018, au consulat saoudien d’Istanbul.

Qu’il s’agisse de sécurité ou de messianisme, l’Amérique est en effet la seule à se reconnaitre le droit de porter ici ou là, au gré notamment de ses intérêts, la bonne parole au monde. C’est encore plus évident quand les Démocrates sont au pouvoir On se rappellera ainsi qu’Obama fut le président américain le plus guerrier de ces cinquante dernières années.

La diplomatie du nucléaire

Avec l’Iran, la situation n’est guère meilleure. Fin février Téhéran a rejeté la proposition européenne dune réunion informelle avec les Américains sur le nucléaire iranien, au motif qu’il n’y a pas eu de changement dans le comportement des États-Unis. Quarante-huit heures plus tôt il est vrai, la Maison Blanche avait ordonné une opération militaire contre des milices chiites pro-iraniennes sur la frontière syrienne. Sans oublier les mots de plus en plus durs échangés avec la Chine.

Tout cela, n’est-ce pas, au nom « triomphe de la démocratie », dont Joe Biden, en bon démocrate, se veut le champion. Et tant pis pour les résultats…

Cette façon de privilégier l’idéologie face au réel n’a pas manque d’exciter la verve de Donald Trump, qui, à l’occasion de la Conservative Political Action Conference, a Orlando (Floride), le 28 février n’a pas hésité à dénoncer une faillite de son successeur.

Donald Trump l’a manifesté clairement, il prépare son retour Mais, contrairement à ce que d’aucuns aimeraient croire, ils est refusé à faire exploser Amérique pour virer Joe Biden même s’il dénonce toujours le vol de l’élection présidentielle. Certes, en vertu de insurrection Act, une loi de 1807 autorisant le président des États-Unis a déployer |’armée pour mettre fin aux troubles civils, Donald Trump aurait pu avoir recours à la force. De même, compte tenu des irrégularités qui ont manifestement entaché l’élection présidentielle, et dont certaines, contrairement à ce que clament les partisans de Biden, ont été officiellement consignées, il pourrait continuer à lutter pour récupérer un Bureau ovale qu’il pense lui avoir été volé.

Mais Donald Trump a au moins deux raisons de ne pas se risquer dans cette brèche. D’une part, le risque d’agrandir justement, cette brèche qui coupe, de plus en plus nettement, le pays en deux. Pour ne pas dire, comme l’ont fait certains commentateurs, en deux pays.

D’autre part, l’idée assez saine qu’il convient de lutter pour l’avenir plutôt que de s’épuiser dans le passé.

Qui plus est, d’un point de vue dialectique, il est redoutable de pouvoir continuer à dénoncer un vol de l’élection. « Je pourrais même décider de les battre une troisième fois », a ainsi lancé Trump, laissant entendre à une foule conquise que, s’il ne doutait pas d’avoir remporté la dernière élection présidentielle, il préférait concentrer ses forces sur la prochaine.

Et ce retour, il le fera avec les Républicains. Démentant une rumeur persistante, Donald Trump a en effet déclaré « Nous ne créerons pas de nouveaux partis. […] Nous avons le parti républicain. »

Bref, l’Amérique devra encore compter avec Donald Trump, qui l’a promis : « Nous sauverons l’Amérique et nous combattrons le radicalisme, le socialisme et le communisme. »

Olivier Figueras Monde&Vie 12 mars 2021 n° 996

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