Bruxelles, les « gentils » démocrates et les vilains petits canards

La commission européenne a beau jeu de dire qu’elle ne fait que pointer du doigt les adversaires illibéraux d’une vision démocratique dont l’UE serait le parangon, voire l’incarnation. Elle est en train de se brouiller aussi avec les États-Unis de Joe Biden.

Bruxelles dénonce aussi bien la Pologne et la Hongrie que le Brésil de Jair Bolsonaro. Et il y a peu les États-Unis de Donald Trump. Pourtant les difficultés qui se font jour avec le Venezuela ou de Joe Biden prouvent que le problème pourrait se situer ailleurs…

Le 1er mars dernier Euractiv le réseau de media européens, soulignait que européenne se trouvait « dans l’impasse face aux sanctions contre la Hongrie et la Pologne ». De fait Budapest et Varsovie se trouvent être les deux principaux points de frictions au sein de l’Union européenne, tant les deux capitales se refusent avec quelques autres, a obéir aux objurgations idéologiques émanant de Bruxelles. Lisbonne l’a bien compris, puisque le Portugal, qui assure actuellement la présidence tournante de l’Union européenne, vient de souligner qui lui serait difficile de mettre en œuvre les sanctions réclamées tant par le Parlement européen que par la Commission européenne.

Le pion bruxellois en difficulté

La chose n’a d’ailleurs guère d’importance, tant il est vrai que les institutions bruxelloises ne cessent de réclamer depuis des années, des sanctions contre ces « mauvais » élèves, sans que celles-ci puissent être appliquées, faute, notamment d’un accord suffisant au sein des États-membres. L’affaire étant éminemment idéologique, il est du reste certain que les choses n’en resteront pas là, Bruxelles n’ayant d’autre possibilité, sauf à changer de cap, que de continuer à dénoncer des politiques qu’elle juge incompatibles avec sa vision des choses.

La tension interne au sein de l’Union européenne n’est d’ailleurs pas limitée à ces seuls « mauvais » élèves, et à leurs comparses. Il y a longtemps, en ce cas, que la question aurait été réglée, et les protestataires, quel que soit le motif de leur opposition, mis au pas.

Deux difficultés supplémentaires viennent en effet souligner la faiblesse, pour ne pas dire la déficience, de la construction européenne. La première est que, par-delà les questions idéologiques, les membres de l’Union ne sont pas tous d’accord sur le développement européen, ou du moins sur les moyens d’y parvenir. Le Portugal vient ainsi de souligner la nécessité de « remodeler » le développement économique de l’Europe, soulignant que « le modèle économique que nous suivions jusqu’à présent n’a pas d’avenir et n’est pas adapté aux grands défis environnementaux », à savoir « lutter contre le changement climatique, réduire la pollution et inverser la courbe de la perte de la biodiversité ».

On le voit ce n’est pas la fin que discute la présidence tournante, mais les moyens d’y parvenir. Si l’on veut bien se souvenir que ce n’est pas la première fois que de telles difficultés pratiques sont observées, on admettra que la panne observée (et d’ailleurs régulièrement dénoncée) au sein de l’Union européenne est loin d’être résolue.

La seconde est peut-être plus intéressante encore, car elle touche, cette fois-ci. à l’idéologie. On voudrait habituellement nous faire croire que les vilains petits canards évoqués ci-dessus, qu’ils appartiennent ou non à l’Union européenne, s’opposent à elle du fait de différends idéologiques. Il faudrait alors nous expliquer pourquoi l’Union européenne rencontre des difficultés non négligeables avec certains pays dits progressistes, dont on aurait pu penser que le fait de partager la même vision du monde aplanirait d’office toute difficulté. Or c’est loin d’être le cas.

ll serait difficile de dresser ici une liste exhaustive de tous les obstacles diplomatiques auxquels Bruxelles est aujourd’hui confrontée. Contentons-nous d’en donner deux exemples dans l’actualité récente, particulièrement suggestifs.

Ballet de sanction

Le premier cas concerne le Venezuela. À plusieurs reprises, ces derniers mois, des sanctions ont été prises par Bruxelles à l’encontre de fonctionnaires de ce pays accusés de ne respecter ni la démocratie, ni l’état de droit. Le dernier épisode date de la mi-février en réponse, Caracas a déclaré la représentante de l’Union l’européenne, Isabel Brilhante Pedrosa, persona non grata, et lui a donne 72 heures pour quitter le pays, estimant « illégales » les sanctions prises contre ses représentants.

Le second concerne les États-Unis, version… Joe Biden. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, s’était peut-être avancé un peu vite en déclarant lors de l’investiture du nouveau locataire de la Maison Blanche et sur son modèle : « Les États-Unis sont de retour. Et l’Europe est prête. »

Patatras ! Joe Biden n’a pas hésité, sitôt arrivé au pouvoir à montrer les muscles tant en direction de Pékin que de Moscou. Or cette attitude ne correspond pas précisément à la vision diplomatique européenne, et à Bruxelles, on ne semble pas prêt à suivre le nouveau président américain dans cette voie.

En clair l’entente cordiale n’est pas encore pour demain…

À quand le prochain épisode ?

Olivier Figueras Monde&Vie 12 mars 2021 n°996

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