ERIC ZEMMOUR : UN CANDIDAT PAR-DELÀ LES SONDAGES ET LES AUGURES

Jacques Bompard, maire d’Orange

Plus l’hypothèse Zemmour s’immisce dans le paysage politique de la future présidentielle, plus les sondages tentent de cerner les contours exacts de cette envie populaire. Au risque de la discréditer ? Nous ne pensons pas. Au contraire, elle s’enracine. De parution en parution, Eric Zemmour continue de grimper sensiblement. Jusqu’à atteindre des scores à deux chiffres que beaucoup de candidats en lice ou en embuscade attendent et espèrent.

En février, il est crédité de 13% d’intentions de vote, tandis qu’un mois plus tard, le voici déjà à 17%. Certes, concernant ce dernier résultat, il est légitime de s’interroger sur la fiabilité des données puisque le contexte testé est totalement biaisé : en l’occurrence, l’absence de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan sur la ligne de départ. Le politologue Jérôme Sainte-Marie déplore longuement dans un entretien ce cas d’école si éloigné de la réalité.

Peu importe à vrai dire, car ces raisonnements byzantins sont bien obscurs pour l’esprit du lecteur et de l’électeur qui retient un nombre entre 13 et 17 %, en concurrence avec les trios de tête régulièrement testés. Et déjà devant toutes les candidatures de la gauche et de l’extrême-gauche. Car c’est aussi là un enseignement de ces sondages que de révéler l’humeur profonde d’un pays en phase avec le sens des réalités. Et ce, de manière bien plus profonde qu’on ne veut le faire paraître dans les médias entièrement centrés sur des problématiques sociétales tandis que le peuple subit de plein fouet le changement de civilisation sur fond d’insécurité violente et de paupérisation. 

Lire aussi : 13% des Français prêts à voter pour Éric Zemmour en 2022

La France, encore pour un temps majoritaire, qui est gardée à vue de 18 heures à 6 heures du matin, qui respecte la loi et les dérèglements absurdes d’une administration arbitraire, qui prend son mal en patience, espère voir surgir celui qui sera capable de répondre à son silencieux appel et attend de savoir à qui donner sa foi et sa voix.

Cette France ne veut pas vivre dans le cauchemar du « vivre-ensemble » même si elle conserve quelques naïvetés issues de la propagande mitterrandienne. Propagande superficielle dont la jeunesse est depuis longtemps guérie. Moins de 40 ans après « Touche pas à mon pote », la réalité des collèges et lycées, ce sont les rixes entre bandes rivales inter-ethniques où seule la toponymie conserve un accent de la France d’antan. La liste est longue et non exhaustive : un gamin poignardé à Chartres, un autre à Boussy-Saint-Antoine, une jeune fille plantée au ventre à Saint-Chéron, deux blessés graves à Champigny-sur-Marne, ou encore l’assassinat d’une adolescente tabassée et jetée vivante dans la Seine à Argenteuil. Le tout en moins de 6 semaines. La main jaune de Julien Dray et consorts a les doigts brisés comme le faux rêve qu’elle faisait mine de porter ! 

Pendant que caméras et micros du service public sont braqués sur les Traoré et Camélia Jordana, il demeure cette France invisible, ignorée, méprisée, à qui le Système désigne comme seul échappatoire le Rassemblement national, soit un parti normalisé composé d’apparatchiks alimentaires sans formation politique solide, jouisseurs et donc faibles.

Résultat, le jeu démocratique se ferme sur une dialectique progressisme/populisme dans laquelle la seconde alternative est volontairement représentée par une formation médiocre et docile afin de détourner l’électeur. Le RN est au populisme ce que Les Verts sont au progressisme : une caricature de lui-même dont la capacité de séduction doit toujours demeurer en-deçà de sa force de dissuasion électorale. Il ne reste alors pour les Français que la résignation ou la fuite en avant par l’abstention, laquelle n’entame pas la légitimité d’un Système qui a verrouillé le droit à son avantage. 

La force de l’hypothèse Zemmour réside justement dans la possibilité de rendre le pouvoir de leurs voix à ces 70% de Français qui ne voient dans l’urne que déception, trahison et vanité. Les mêmes qui ne veulent pas rejouer le second tour Macron-Le Pen parce qu’ils le savent sans espoir. Le pire étant toujours certain, nul doute que les détestables élites présidant à nos destinées tablent sur cette désaffection du peuple français et sur le renfort de voix allogènes stipendiées et séduites à force de clins d’œil insistants et racoleurs. Souvenez-vous de la danse du ventre d’Emmanuel Macron sur Brut au mois de novembre désavouant la police et l’accusant tacitement de violences racistes. Ou encore l’aplatissement à sens unique sur la question algérienne… Est-il besoin d’aller plus avant pour montrer le cynisme de la trahison ?

Autre raison de croire en l’hypothèse Zemmour : le champ de ruines des droites sur l’échiquier politique. Cette droite en mal de chef qui espérait le retour de Sarko comme celui du Messie, et qui se retrouve le nez dans le caniveau du fait des ennuis judiciaires de l’ancien président. En effet, des indiscrétions savamment fuitées laissent entendre que Nicolas Sarkozy serait prêt à soutenir Emmanuel Macron en échange d’une indulgence des juges. « Après les juppéistes, ce serait donc au tour des sarkozystes de rejoindre le camp macronien. LR en mourra et ceux qui ne veulent pas de Macron devront se trouver un autre champion », affirme avec justesse Eric Zemmour lui-même, dans Le Figaro magazine du 12 mars. Prisonniers de leur incapacité à incarner une droite de combat face à Macron qui occupe les positions du centre libéral, les LR ne représentent aucune alternative. Le RN ne profite pas de l’aubaine, et navigue à vue entre la tentation de tout abandonner pour une respectabilité illusoire et un positionnement économique, social et sociétal désormais à gauche. Pire, sur les questions essentielles des frontières et de l’islamisme, le message est brouillé par des déclarations favorables à l’Espace Schengen et complaisantes envers l’islam. Cette absence de cohérence déstabilise les derniers électeurs motivés, et laisse le champ libre au surgissement d’une nouvelle figure.

Cette surprise ne doit pas en être vraiment une. Il faut qu’elle soit attendue et comme désirée, car nous n’aimons que ce que nous connaissons. Cet homme à la fois neuf et médiatique ne peut-être qu’Eric Zemmour. Un profil hors parti et même hors politique qui ajoute les vertus de courage et d’intelligence nécessaires à la réussite d’une telle entreprise. 

A ceux qui craignent qu’une candidature d’Eric Zemmour divise le camp national, je leur retourne une simple question : quels sont ceux qui s’en offusquent ? Pour invalider ce doute rhétorique, il suffit de se pencher sur le CV des inquiets, et qu’y voyons-nous ? Non pas la marque des hommes libres, mais celle d’une défense corporatiste et d’intérêts si fragiles que la moindre idée en dehors de la boutique leur fait craindre de les perdre…

Décidément non, on ne redresse pas un pays avec quelques affidés qui doivent certainement tout à la marque, mais qui en ont oublié l’esprit de service et l’ascèse que réclame le combat pour le Bien commun. Cela n’empêche pas la permanence d’hommes de valeur dans le parti de la Reine, mais ce ne sont pas ceux qu’on entend sur le sujet.

C’est le vide monopolisateur qui maintient faussement le RN en respiration artificielle, mais l’empêche aussi de gagner en émulation et de provoquer les remises en cause salutaires. Ironiquement, Marine Le Pen n’est forte que de sa solitude et c’est là aussi sa profonde faiblesse. Car, comme l’a souvent rappelé Robert Ménard, Marine Le Pen ne pourra jamais gagner seule. La clairvoyance commande de ne pas avoir peur de ce qui avance dans le même sens si l’on possède la force de convertir. Et d’autant que l’arithmétique électorale oblige tout candidat à fédérer au deuxième tour. Encore faut-il pouvoir unir quelques forces, et non se retrouver comme à chaque fois dans la situation de l’éternel défait solitaire. 

Erreur stratégique mais naturelle, Marine Le Pen mène, depuis sa déclaration de candidature très avancée, une campagne de deuxième tour. Que quelques militants se réjouissent de voir leur championne au firmament un an avant l’échéance, cela est bien compréhensible. Cela est plus délicat pour un état-major qui confondrait optimisme et assurance. L’électeur, qui n’est pas le militant, n’aime rien tant que de contredire les pronostics et la forfanterie d’un candidat. C’est pourquoi il est toujours ridicule de prédire un quelconque résultat si tôt, et même quelques jours avant la date fatidique.

Emportée par le triomphalisme des sondages, gonflée par les flatteurs qui vivent à ses dépens, Marine Le Pen espère transformer ses pourcentages en prêts bancaires pour une troisième campagne présidentielle. Or, rien n’est moins certain. Le parti, déficitaire et réduit à peau de chagrin, n’est pas hypothécable avec ses 25 millions d’euros de dettes. Jean-Marie Le Pen a clos les comptes et dissous Cotelec, l’association de financement électoral qui avait prêté 6 millions d’euros pour la campagne de 2017. Quant à l’argent des prêts russes et émiratis, outre qu’il est temps de les rembourser, il faut bien avouer qu’il est dommageable de partir à l’élection pour défendre l’indépendance française avec des fonds intégralement étrangers…

Comme Eric Zemmour, je pense donc qu’il faut sortir de cette « malédiction française » qui veut que la droite soit toujours condamnée à n’être qu’une « ancienne gauche » alors même que le pays n’a jamais été autant en phase avec les revendications et les analyses de la droite du réel. Il n’y a qu’à voir les enquêtes d’opinion sur le travail, sur l’immigration, sur la place de l’islam en France, sur la nécessité de la lutte contre les fraudes fiscales et sociales, ou sur le sentiment enraciné de déclassement des classes moyennes et populaires. A l’instar du diagnostic révélé par la colère des Gilets Jaunes, jamais le fossé n’a été aussi grand entre les aspirations du peuple de France et sa représentation nationale, laquelle enferrée dans ses barrières idéologiques est incapable de comprendre et de répondre aux attentes de celui-ci.

La nécessité de porter Eric Zemmour jusqu’à la candidature demeure donc entière, et n’a jamais été aussi proche d’aboutir tant des milliers de personnes espèrent déjà en lui. C’est là notre première bataille. Continuons le combat jusqu’à la victoire !

Accès à la pétition : Je signe pour Zemmour

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