A la recherche des dieux celtes du Donon

A la recherche des dieux celtes du Donon

Pays : France
Région : Alsace, Vosges.
Thématique générale du parcours : Partir à la découverte des sites gallo-romains et de leurs dieux au cœur des Vosges. Parcourir un massif, où les traces des combats de la Grande Guerre sont encore visibles en de nombreux endroits.
Mode de déplacement : Se déplacer à pied est ici le plus adapté pour avancer dans les étroits sentiers et se faufiler dans les bunkers.
Durée du parcours : La durée du parcours est adaptable. D’une demi-journée à une journée et demie en fonction des boucles choisies. Le parcours décrit ci-dessous s’accomplit en 7 à 8 heures de marche.
Difficulté du parcours : Les quelques routes qui sillonnent le massif du Donon permettent de s’approcher des différents points remarquables en moins d’une heure de marche. Les chemins sont bien entretenus, une balade en famille est donc tout à fait possible. Pour ceux qui le souhaitent, il est également possible de partir du fond de la vallée de la Bruche, le dénivelé est alors plus conséquent (de 400 m à 1000 m d’altitude pour le Donon) et il faut savoir s’orienter parmi les innombrables sentiers qui se croisent.

Un conseil : faites confiance au balisage du Club Vosgien, qui fait un travail remarquable dans ce massif.

Période possible

Toute l’année, voire plusieurs fois par an, tant l’atmosphère est différente selon la saison ! En hiver, renseignez-vous sur l’enneigement : des raquettes peuvent être utiles.

Présentation géographique

Le massif du Donon se situe au cœur des Vosges, en amont de la vallée de la Bruche, dans le département du Bas-Rhin. Le Donon, avec une altitude de 1008 mètres, est le point culminant des environs. Ici, bien que le terrain ne soit pas escarpé, il est difficile de trouver du plat ! À perte de vue se succèdent monts et vallées vosgiennes. Sur les sommets du Donon et du Petit Donon, on trouve une roche caractéristique de l’Alsace : le grès rose. Cette roche emblématique de la région est le témoin d’une chaîne de montagnes aujourd’hui disparue. Autour de ces sommets, ce sont les noirs sapins qui recouvrent le massif. Néanmoins, il est possible de traverser en certains endroits de grands chaumes, qui témoignent du temps où l’agriculture montagnarde se pratiquait encore. Ces zones, où les hautes herbes se mêlent aux bruyères, sont autant d’endroits où il fait bon profiter des rayons du soleil, qui ne percent jamais les épaisses sapinières.

Cadre historique et culturel

Les premiers signes de présence humaine au Donon remontent à 3 000 ans avant notre ère. De la Préhistoire à l’Antiquité, le sommet a occupé un double rôle : place forte et lieu de culte. Lieu exceptionnel par ailleurs aisément défendable, le Donon se situe sur un axe de passage entre la vallée du Rhin et le plateau lorrain.

De nombreux vestiges présents sur le sommet datent de la période celte et mettent en évidence l’importance du lieu : un mur d’enceinte, une citerne-puits et plusieurs temples consacrés à Taranis, le dieu du tonnerre chez les Gaulois. A la croisée des territoires des Leuques, des Triboques et des Médiomatriques, le Donon se trouve au centre d’un district étendu où les traditions celtiques étaient particulièrement vivaces.

Le site conserve sa fonction sacrée à l’époque de l’invasion romaine. Il est transformé en un lieu de culte dédié à Mercure et à Jupiter. Comme pour Taranis, les éclairs de foudre sont un des attributs de Jupiter, maître des dieux dans la mythologie romaine. Les fouilles ont mis au jour une colonne dédiée à Jupiter : le Cavalier à l’anguipède. Le cavalier tient dans sa main droite le symbole de la foudre, tandis que son cheval écrase un monstre des profondeurs qui représente les éléments chaotiques.

Pour certains, l’association du Donon aux puissances du tonnerre est même présente dans le nom de cette montagne. Donon dériverait de « Donnar », équivalent germain du dieu Thor dans la mythologie nordique. D’autres théories, plus étayées, se bornent à affirmer que le nom Donon dérive du celte « Dun », qui signifie montagne, forteresse.

Après un âge d’or avec la période gallo-romaine du Ier au IIe siècle après J.-C., la montagne semble tomber dans l’oubli malgré les légendes qui l’entourent. Ce domaine des dieux n’a pas été christianisé, contrairement à d’autres sommets vosgiens, tels que le mont Altitona devenu le mont Sainte Odile. Il faut attendre plusieurs siècles pour que le site soit redécouvert par des moines bénédictins à la recherche de la légendaire nécropole des rois mérovingiens.

C’est en 1869, en pleine période romantique, qu’est bâti le « temple-musée » sur la plate-forme de grès rose qui orne le sommet. La construction, douze piliers monolithiques portant un toit en pierre massif, allie originalité et une certaine authenticité. Durant un temps, certains vestiges furent exposés dans ce temple, jusqu’à ce que de trop nombreuses dégradations entraînent le déplacement des collections dans les musées de Strasbourg et d’Épinal.

Durant la Première Guerre mondiale, le massif du Donon fut le théâtre de combats violents du fait de son importance stratégique en tant que carrefour entre la Lorraine et la plaine d’Alsace. L’offensive française d’août 1914 sur le massif du Donon et la vallée de la Bruche se solde par un échec. Après dix jours de combats meurtriers, les troupes françaises battent en retraite vers Raon‑l’Étape. Suite à ces combats, l’état-major allemand décide de fortifier ses positions dans le massif. Les travaux durent une année entière. Le réseau de bunkers peut alors accueillir jusqu’à 5 000 hommes, mais la zone ne connaît plus de combats avant la Seconde Guerre mondiale.

En 1940, le 43e corps d’armée de forteresse se retrouve encerclé dans les bois qui entourent le Donon. Le général Lescanne et ses hommes ne se rendent que trois jours après la signature de l’armistice franco-allemand. Depuis, le Donon n’a pas connu de changement majeur, si ce n’est la construction d’un émetteur de 80 m de haut sur le plateau en contrebas du sommet et le réaménagement du sentier archéologique et historique menant du Col du Donon au temple.

Description de l’itinéraire

Le plus simple est de garer votre véhicule sur les deux parkings qui se trouvent au col du Donon à proximité de l’hôtel restaurant le Velleda. De là, vous ne pouvez pas manquer le sentier qui monte en direction du Donon. À mi-chemin du sommet, pensez à marquer un temps d’arrêt à la pierre des druides sur votre droite ; cette petite plate-forme de grès est considérée comme un ancien lieu de culte celtique. Lorsque vous arrivez sur le plateau en contrebas du sommet, prenez votre temps pour errer parmi les vestiges archéologiques gallo-romains. Quelques reconstitutions d’ex-voto sous forme de stèles et un panneau explicatif retracent l’histoire du lieu. La dernière centaine de mètres pour accéder au temple monte dur et les marches de l’escalier taillé pour les géants n’aident guère à l’ascension. Contournez le rocher par la droite, pour ne pas manquer le bas-relief représentant l’affrontement d’un lion et d’un sanglier. Enfin, vous arrivez au sommet. De part et d’autre, se situent des tables d’orientation vers l’est et l’ouest. Continuez votre route vers l’est, vers le col Entre les Deux Donons. Le sentier qui y mène est en forte pente descendante et les points de vue sur le Petit Donon et la vallée de la Bruche y sont multiples. Au col se trouvent un abri (trois parois et un toit) et une aire de feu. Bien qu’accessible en voiture par le chemin forestier, l’endroit conserve son charme et n’est pas dégradé. Depuis le col, suivez les indications pour le sentier mémoriel des stèles vers le Petit Donon. Ces stèles ont été placées en 1916 aux endroits mêmes où soldats allemands et français sont tombés lors des affrontements d’août 1914. Sur ordre de ses supérieurs, le caporal allemand Ludwig Gebhardt a gravé une dizaine de stèles le long du chemin qui mène au Petit Donon. Au sommet, une épitaphe est gravée dans le grès à la mémoire des soldats allemands. Un peu plus loin, fixée sur la roche, une plaque en marbre célèbre la mémoire des combattants français. Ce sommet, où le vent souffle en permanence, est marqué à jamais par la tragédie de cette lutte fratricide marquant le début du déclin de l’Europe.

Il s’agit ensuite de redescendre au col Entre les Deux Donons et faire le tour du « grand » Donon en suivant le sentier balisé par la croix jaune pour rejoindre le col du Donon (lieu de départ de l’itinéraire). De retour au col, poursuivez à pied vers le sud-ouest et marquez un temps d’arrêt devant la colonne portant le Cavalier à l’anguipède. La reconstitution de ce cavalier portant la foudre a été rendue possible grâce à Fanny Lacour, l’archéologue qui consacra ses recherches au Donon. Un peu plus loin sur la gauche, à l’orée du bois, se trouve le cimetière militaire français. Toujours vers le sud-ouest, prenez la route forestière marquée par la croix bleue, qui mène vers le carrefour de l’Étoile I. Le carrefour est également accessible en voiture pour ceux qui souhaitent s’épargner le goudron de la route. Une fois arrivé au carrefour, prenez le chemin forestier balisé d’une croix bleue. Après une petite centaine de mètres, les premières fortifications se trouvent sur votre gauche. 50 mètres plus loin, la croix bleue part sur la gauche ; à cet embranchement, continuez sur le chemin forestier tout droit vers l’ouest. Ouvrez alors les yeux et repérez à droite et à gauche plusieurs bunkers reliés par un réseau d’anciennes tranchées. Certains des bunkers sont encore accessibles, d’autres sont complètements ensevelis et recouverts de végétation. A la fourche suivante, empruntez le chemin forestier sur votre gauche qui monte. Vous arrivez peu après à l’extrémité ouest du mont de la Corbeille. À perte de vue, les Vosges s’étendent et la ligne bleue n’a jamais été aussi réelle ! A partir de là, suivez le balisage à rond rouge intitulé « sentier des fortins ». Après une petite marche sur la chaume, vous rencontrez l’enfilade d’une dizaine de bunkers, dont un tunnel de 65 mètres de long remarquablement bien conservé. Lampe torche obligatoire ! Toutes les fortifications ne se situent pas le long du sentier balisé, donc n’hésitez pas à partir en exploration en prenant garde aux objets de métal qui peuvent encore sortir du sol. À l’issue de ce parcours du combattant, vous parvenez au sommet du mont de la Corbeille sur lequel se dresse un Hochsitz, un « mirador » pour la chasse, en alsacien. Suivez le sentier qui descend, vers le Carrefour de l’Étoile I. Pensez à faire un détour par les casemates à gauche du sentier. Ici, des murs ont été rajoutés au surplomb rocheux pour créer deux salles pour une surface totale d’une trentaine de mètres carrés. Poursuivez encore la descente et depuis le Carrefour de l’Étoile I, rejoignez le col du Donon par la route forestière que vous avez suivie à l’aller. Peu avant d’arriver au col du Donon et au parking, prenez encore quelques instants pour contempler le temple du Donon qui surplombe les lieux !

Activités connexes

Cartographie

Carte de randonnée IGN 3616 OT

Bibliographie

Guy Trendel, Les Dieux oubliés des Vosges, éditions Coprur, 1999

Accès et données GPS

Depuis l’ouest, allez jusqu’à Raon‑l’Étape puis suivez la D392 jusqu’au col du Donon en direction de Schirmeck. Depuis l’Alsace, rendez vous à Schirmeck puis prenez la D392 jusqu’au col du Donon. Il est également possible de se rendre en train jusqu’à Schirmeck puis d’entamer l’ascension du massif (9 kilomètres). Coordonnées GPS du parking à proximité du col du Donon :

  • Latitude : 48.506213
  • Longitude : 7.143607999999972

Matériel spécifique, équipement

Lampe frontale pour partir à la découverte des bunkers. Tenue de randonnée adaptée à la saison. D’octobre à mars, vous pouvez prévoir gants et bonnet.

Art de vivre

Au cœur du massif du Donon, l’hôtel-restaurant Velleda peut vous accueillir pour une bière, un repas ou même une nuit : donon.fr

Liens

Office du Tourisme de la vallée de la Bruche : valleedelabruche.fr

Année où cet itinéraire a été parcouru

2017

Guillaume B. — Promotion Marc Aurèle

https://institut-iliade.com/a-la-recherche-des-dieux-celtes-du-donon/

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