Montée des autoritarismes

La fascination renouvelée pour les solutions des régimes autoritaires mérite plus que des réflexions toutes faites. Par exemple sur le site Telos, qui se consacre – non sans mérite parfois, car la tâche est rude – à la redéfinition d’une social-démocratie à bout de souffle en Europe, on peut trouver, daté de janvier, un article parfaitement représentatif. Il est signé de Riccardo Perissich ancien responsable du marché intérieur au sein de la Commission européenne.

Intitulé « Un parfum d’années 30 ? », ce texte un peu poussif s’inquiète d’une situation qui « comme dans les années 30, nourrit la fascination qu’exercent des autocrates comme Poutine, Erdogan, ou Xi Jinping, qui défient ouvertement « la décadence et l’inefficacité » des démocraties ».[1]

Or, c’est sans doute un survol un peu trop rapide de l’Histoire européenne, qui l’amène à évoquer les années 1930.

Celles-ci virent, certes l’ascension supposée irrésistible de Staline en Union soviétique, et de sa planification en 1931, mais aussi la formation, jugée totalement improbable quelques mois plus tôt[2], d’un cabinet dirigé par Hitler dans l’Allemagne de 1933.

Une telle référence aux années 1930 hélas correspond un peu trop au fameux point Godwin de ce type de réflexions.[3]

Elles tendent à suggérer que « la crise » expliquerait la naissance des pouvoirs totalitaires, ceci découlant aussi bien de celle de 1929 que de celle engendrée en 2008 par les « subprimes », – d’inspiration socialiste en fait[4], et, maintenant, de la pandémie actuelle répandue depuis 2019 à partir du virus apparu à Wuhan.

Or, on pourrait aussi bien se référer aux années 1920. On se souviendrait alors qu’en 1920 en Hongrie, en 1922 en Italie, en 1923 en Espagne, en 1927 au Chili, en 1928 au Portugal, sont apparus des pouvoirs autoritaires. Les régimes fascistes ne devaient rien à la crise de 1929, et ils répondaient à la fois aux traités de Versailles et de Trianon et surtout à l’apparition sur la scène mondiale, en 1917, de la révolution bolchévique en Russie.

L’idée de « la décadence et l’inefficacité » de la démocratie ne date pas d’hier.

Platon ne l’aurait pas reniée, qui explique, dans une lettre à Dion, écrite quelque 25 siècles avant la crise du coronavirus, que l’origine de ses conceptions politiques personnelles remonte à la condamnation de Socrate par les restaurateurs de la démocratie athénienne.

Plus près de nous, Machiavel père de la science politique croyait-il en la démocratie ?

Si l’on se fie aux évaluations de The Economist, le monde de 2020 compterait 23 démocraties sur 167 pays significatifs, la frontière exacte demeurant à vrai dire assez floue, et la France ayant cessé de paraître exemplaire. Signalons aussi l’apparition du concept de démocratures, c’est-à-dire de gouvernements, dictatoriaux en fait, mais qui ont préservé certaines formes de la démocratie, avec notamment des élections et des partis d’opposition : en théorisant à partir de 1999 sa propre volonté, que les opposants ne puissent jamais gagner, Hugo Chavez au Venezuela a tracé la voie.

Aujourd’hui la Chine communiste va plus loin. La gouvernance de Pékin fonctionne sur le principe du parti unique. Elle ne ressent même pas le besoin de se donner des apparences d’institutions représentatives, ni des fenêtres de libertés politiques. Depuis 2012, avec l’ascension de Xi Jinping, elle met ses énormes réserves financières au service du rayonnement de sa puissance et de son modèle de plus en plus autoritaire.

Ce retour en flamme du maoïsme et du stalinisme contredit la croyance en une entropie du régime communiste. Il ne piétine pas seulement notre mode de pensée occidental, qu’il se propose ouvertement de défier. Il foule aux pieds les aspirations les plus profondes de la civilisation chinoise elle-même. Il menace directement les peuples du tiers-monde, qu’il s’emploie à satelliser, à commencer par ses voisins asiatiques. Il n’hésite pas à s’allier cyniquement avec les pires islamistes du Pakistan, de Turquie ou d’Iran dont il persécute les coreligionnaires musulmans ouïgours. Il ose se servir de la crainte du virus de Wuhan dont la propagation mondiale résulte grandement de l’attitude de mensonge, qu’entre décembre 2019 et janvier 2020, il a lui-même adoptée.

Il doit donc être dénoncé et combattu fermement.

Et dès lors, en définitive, la liberté vaincra.

JG Malliarakis  
Apostilles

[1] cf. « Un parfum d’années 30 ? »

[2] Rappelons ainsi qu’un Léon Blum a pu prophétiser dans le journal du parti socialiste, au lendemain du recul des nationaux-socialistes, qui passent de 37 % à 33 % des voix aux élections allemandes de novembre 1932 que « l’espérance même du pouvoir »leur était barrée. On écoutera ainsi, et on réécoutera avec profit, à cet égard, Alfred Grosser sur le site de l’INA. Il rappelle aussi que depuis 1928, « pour l’ensemble des partis communistes en Europe l’ennemi ce sont les sociaux-démocrates beaucoup plus que les hitlériens. »

[3] cf. L’Insolent du 4 novembre 2018 « Le point Godwin du président Macron »

[4] N’oublions jamais que la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, avec toutes les conséquences qu’elle entraîna pour le monde, résultait de l’obligation, imposée aux banques par l’intervention du pouvoir étatique, de consentir des prêts à des emprunteurs qu’à juste titre elles jugeaient insolvables.

https://www.insolent.fr/2021/04/montee-des-autoritarismes.html

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