Sur Georges Valois

Nous enchaînons sur l’étude du fascisme, ou plutôt de la tentative d’un fascisme en France. Bon nombre d’historiens, tels Pierre Milza et Serge Berstein, ont longtemps averti leurs lecteurs de ne pas comparer à tort la droite et même l’extrême droite française avec les modèles fascistes en Allemagne et en Italie.

Bien entendu, il existait des partis fascistes en France dans les années couvertes par notre période. Mais ceux-ci n’entretenaient pas nécessairement de bons rapports avec les ligues ou autres mouvements de droite, d’extrême droite, voire même avec leurs « confrères » germano-italiens. Le fascisme français s’est donc toujours préoccupé de prendre ses distances avec ses homologues allemand et italien, ainsi que d’affirmer son caractère distinct. Ces quelques précisions de départ nous aideront à mieux éclairer la violence pratiquée par les mouvements se réclamant du fascisme.

C’est Georges Valois, un ancien combattant, qui en 1925 fonda le Faisceau, premier parti fasciste de France [cf. « La politique de la victoire » – discours de Valois prononcé à la réunion de constitution du Faisceau des Combattants et des Producteurs, tenue à la salle Wagram le 11 novembre 1925, in : G. Valois, La politique de la victoire, Nouvelle librairie nationale, 1925]. Crée au-dessus des partis, dans le contexte de la tourmente de 1925 (le Cartel était au pouvoir, la valeur du franc ne cessait de chuter, le traité de Versailles était de moins en moins respecté, etc.), le « Faisceau des combattants et des producteurs » voulait que la France devienne un État véritablement national. Valois avait « mathématisé » sa définition du fascisme sous la célèbre formule : nationalisme + socialisme = fascisme. Ouvert à un syndicalisme ouvrier, Valois disait qu’il n’avait rien à voir avec Mussolini car son fascisme était à gauche, dans la défense des des petits et à droite pour son désir de voir un l’installation d’un gouvernement autoritaire. De plus, le type de fascisme que l’on trouvait en France alors n’utilisait pas à pleine efficacité les techniques de propagande effrénée, de violence verbale massive à l’égard des adversaires ou de militarisation des adhérents. Bien sûr, le Faisceau et le Francisme (de Marcel Bucard) ont tenté d’embrigader des escouades à l’image des SA et des SS d’Allemagne, mais sans grands succès. Pour la majorité des Français, la guerre n’était pas une nouvelle expression de vitalité, ni une revanche de la passion sur le rationalisme politique.

Inspirateur des autres mouvements fascistes tels Solidarité française, le Francisme [insigne ci-contre] ou le Parti populaire français, le Faisceau n’avait pas de prétention à la violence. Ses actions étaient davantage liées à une dénonciation pacifique du gouvernement. Souvent associé au militarisme, le fascisme français soutenu par Valois regrettait que la France, depuis 1918 au moins, ne fût plus en phase de conquête coloniale. La violence n’a jamais été exploitée à fond dans le nationalisme du fascisme français, notamment parce que celui-ci était surtout un « état d’esprit », bien plus qu’une volonté de passer à l’action. C’est un nationalisme qui n’a pas su s’imposer, étant donné que la droite française demeurait forte dans la légalité républicaine. Les organisations fascistes étaient en ce sens vulnérables aux coups portés par les circonstances extérieures (retour de la droite au pouvoir en 1926, rétablissement temporaire du franc, etc.). Par ailleurs, ironie du sort, l’Action Française de Maurras ne se gênait pas pour bousculer le Faisceau pour son manque de convictions dans la défense de ses idées.

À l’instar du fascisme « traditionnel », Valois était un anticapitaliste et réfutait la propriété privée. Autrement dit, il défendait un programme politique de tendance socialisante, mais flou et difficilement crédible à une époque où le « Français moyen » cherchait la stabilité, tant politique qu’économique. Notre analyse nous amène à penser que l’expulsion de Valois de son propre mouvement en 1928 ne marqua pas la fin d’une quête d’identité d’un fascisme français qui voudrait se servir de la violence afin d’exposer de nouvelles thèses sur le nationalisme. 

► Carl Pépin, Du Cartel au Front populaire : la droite française et la violence à travers son nationalisme (1924-1936).

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/79

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