Les néo-socialistes au-delà de la gauche et de la droite 1/3

1) Les néo-socialistes : « ni droite, ni gauche », « néos » et perspectives socialistes.

Si la guerre de 14/18 sonne le glas du vieux monde, des vieilles choses, des idées reçues et de la morale bourgeoise, force est de constater les mutations qu’elle entraîne dans les divers courants politiques. Mutations qui s’opèrent parallèlement à l’avènement du monde moderne. Il en est ainsi du « mouvement socialiste », nous devrions plutôt dire des  socialismes qui vont éclore et parfois s’affronter. Certes le public retiendra longtemps l’impact du dernier avatar du marxisme, à savoir le bolchévisme et l’élan que suscita la Révolution d’Octobre 1917. En France, les conséquences en sont l’apparition du PCF et la scission dans le mouvement syndical de la CGT, consécutive à la déchirante révision idéologique née du congrès « historique » de Tours. Mais finalement la conception bolchévique n’est que la « radicalisation » du courant marxiste, accompagnée d’un rejet du jeu parlementaire et légaliste.

Or que sait-on des courants néos opposés aux vieilles barbes de la SFIO ? Que sait-on des idées de ces militants que le conflit mondial — et donc l’avènement brutal de la « modernité » — a rendu visionnaires, alors que d’autres, atteints de cécité politique, veulent absolument faire croire au public à la réalité éternelle de l’affrontement droite/gauche, hypothétiques blocs hermétiques qui symboliseraient deux conceptions du monde. L’une serait celle d’une gauche porteuse d’espérance et de générosité (mythes qui recouvrent en partie les sentiments de la classe ouvrière européenne dans ces années de capitalisme en plein essor), et l’autre celle d’une droite « fascisante et réactionnaire, ennemie de la démocratie (ce qui est vrai) et bras armé du capital, celui des deux cents familles! Ce qui est aussi partiellement vrai.

Mais, en réalité, qui sont donc les hommes qui refusent ce schéma trop simpliste ? Leurs noms sont Alfred-Georges Gressent dit Georges Valois, Marcel Déat, Henri De Man ou encore Marquet, Lefranc, Albertini, etc. L’absurde chaos de la « Grande Guerre », où ils se sont battus courageusement, parfois comme officiers, parfois comme simples soldats (le cas d’un Drieu la Rochelle), « les joies (sic) des tranchées » et le brassage des classes jeunes (ouvrières, paysannes, bourgeoises) dans les champs sanglants de l’Est et du Nord de la France, les ont enfin décillés. Avec l’absurdité et l’horreur, ils ont aussi connu le sens du sacrifice  — car le mot « devoir » est bien trop faible pour évoquer leur cas — le sens également de la solidarité, de la camaraderie, rendant ineptes ou dépassés les vieux termes de droite ou de gauche, sanctionnant de manière désormais si désuète les clivages de classe. Et s’ils désapprouvent  « la guerre civile européenne », selon le mot fameux de Valery, ils ont gardé au fond de leur cœur cette mystique de l' »Union sacrée » (mais pas au sens où l’entendaient les minables politiciens bourgeois de la future chambre bleue horizon). « Ni droite, ni gauche » crie le socialiste Albertini, auquel fait écho le « droitiste » Bucard. D’où une volonté de sortir du moule trop bien huilé des partis et des « systèmes », et d’essayer autre chose…

Georges Valois

G. Valois  est chronologiquement le premier dans cette série de pionniers. S’il reprend du service à l’Action Française, c’est bien dans l’espoir de voir se perpétuer et s’approfondir le rapprochement des Camelots du Roy avec les cercles proudhoniens et soréliens d’avant-guerre, bref de réconcilier la monarchie des humbles, celle de la justice des peuples, avec l’anarcho-syndicalisme révolutionnaire (cf l’œuvre de Sorel, en particulier ses Réflexions sur la violence et ses Matériaux d’une théorie du prolétariat). Mais l’AF, où il occupe dans le journal la place de l’économiste, est un mouvement qui, soit dit en passant, ne « croit » pas à l’économie… (l' »économie politique » est refusée au nom du célèbre postulat maurrassien du « politique d’abord »). Le « vieux maître » de Martigues est maintenant enfermé dans son système d’idées préconçues et confond par trop la « défense » (intellectuelle et morale) de la « monarchie nationale » avec les impératifs tactiques de l’Action française, au point de courtiser la vieille droite « cléricale » et sclérosée, étouffant l’idée royaliste sous un ordre moral « macmahonien », irrespirable pour un bon nombre de jeunes intellectuels (Bernanos en est le plus célèbre, avec Maulnier, Drieu…). Très rapidement, c’est la rupture et la création, par certains anciens militants, du « faisceau » (préfiguration du fascisme français) et vite rebaptisé « fesso » pour la circonstance par le talentueux polémiste L.Daudet, fils du célèbre écrivain Alphonse Daudet, tant les haines et les agressions des fidèles de Maurras et de la tendance réactionnaire du mouvement monarchiste seront virulentes.

Mais G. Valois, s’il se réfère au départ à la pensée mussolinienne (celle de la première période), s’écartera assez vite du « modèle » italien (la critique d’un « modèle » de régime ne date pas de l’eurocomunisme…), modèle auquel il reproche son aspect plus « nationaliste » (puis impérialiste) que « socialiste ». Le « fascisme » valoisien est précisément l’union de l' »idée nationale » — réalité née de la guerre et des hécatombes meurtrières —  et du courant socialiste français, socialisme non matérialiste, mais d’une inspiration spiritualitste et volontariste, qui doit autant à Charles Péguy qu’à l’idéologie sorélienne. Le socialisme valoisien, qui ne rejette pas les notions « économiques » de profit et de propriété, s’appuie sur une vision organiciste et non-mécaniciste (à rebours du libéralisme) de la société contemporaine. Il ajoute en outre une vériatble « mystique » du travail teintée de christianisme (cf la place qu’il accorde à l’idée de rédemption) dans un culte englobant des valeurs communautaires et « viriles » (le sport comme « pratique politique »). [cf. L’économie nouvelle, 1919 et Intelligence et production, 1920]

Mais la lutte que mènent désormais les partisans de l’Action Française, avec l’appui sans faille des groupes financiers catholiques qui soutiennent parallèlement les ligues d’extrême-droite et les partis droitistes, ne laissera aucun répit ni à Valois, bassement calomnié et injurié par la presse royaliste, selon une technique éprouvée qui fera « florès » lors de l’affaire Salengro, ni à ses troupes isolées. Les « chemises bleues » disparaîtront vite à la fin des années 20, et Valois ira rejoindre les rangs de la SFIO, en attendant de mourir pendant le second conflit mondial dans le camp de Bergen-Belsen, condamné à la déportation par les autorités allemandes pour fait de résistance. Là aussi, dans ce « grand dégoût collecteur », la voix de Valois rejoindra celle d’un Bernanos, celui des « grands cimetières sous la lune »…

À suivre

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