[Vidéo] La réponse de Bernard Lugan aux décoloniaux sur Sud Radio

Bernard Lugan

André Bercoff a reçu Bernard Lugan sur Sud Radio.

Historien, il enseigne l’histoire de l’Afrique à l’université de Lyon III et est l’auteur de Pour répondre aux décoloniaux, aux islamo-gauchistes et aux terroristes de la repentance, Éditions de l’Afrique réelle.

Un commentaire sur “[Vidéo] La réponse de Bernard Lugan aux décoloniaux sur Sud Radio

  1. Paris le 20 février 2017

    A Monsieur Lugan (et accessoirement à Monsieur Bercoff qui l’écoute avec complaisance)

    Monsieur,

    Vous avez fait paraître un communiqué à la suite de la déclaration de Monsieur MACRON candidat à la présidence de la République française qui m’a désagréablement interpelée en tant qu’Algérienne, pour les raisons suivantes :

    Que vous exigiez d’un futur président de la République française qu’il préserve l’unité nationale et le prestige du pays en évitant de malmener son image, est une chose mais vous inviter dans l’histoire de l’Algérie, lui tordre le cou et balancer vos insanités alors qu’il reste encore des survivants de la colonisation et de la guerre d’Algérie, est autre chose ! Et nous Algériens avons notre mot à dire contre votre charge malhonnête lorsqu’elle touche à notre histoire.

    1° Vous reprochez à Monsieur Macron d’avoir tenu des propos sur la colonisation devant des « rentiers de l’indépendance qui pour tenter de cacher leurs échecs, leurs rapines et la mise en coupe réglée de leur pays mettent sans cesse la France en accusation »

    • D’abord est-ce que vous avez la preuve que c’est à la suite d’une mise en accusation de la France que ce monsieur s’est fendu de cette déclaration, laquelle, je suis sure ne lui a été demandée par personne et que c’est juste un excès de zèle de sa part ?
    • Ensuite, êtes-vous sûr que ces rentiers sont intéressés par une mise en accusation de la France tant ils sont en admiration devant vos élites et se fichent comme d’une guigne de ce que pense le peuple ?
    • Enfin, pensez-vous que seul le peuple algérien est maltraité de la sorte et que les histoires de pénélopegate, marinegate et autre macrongate ne sont pas des rapines et une mise en coupe réglée du peuple français ou alors vous vous sentez tellement supérieurs que cela ne risque pas de vous arriver ?

    2° Vous estimez que la déclaration de Monsieur Macron a en quelque sorte légitimé la demande, par certains Algériens, d’excuses de la France et a apporté sa caution à des « exigences autant outrancières qu’insultantes ».( ???!!!) Lorsque par un effet de style comique vous grimpez dans l’exagération pour passer de la « complicité d’augmentation du nombre de visas » à « l’avantage diplomatique ou financier », l’inquiétude nous prend. Bigre ! On s’attend à des dénonciations d’envergure comme par exemple un trafic de valises d’argent ou de diamants dont la République irréprochable française a toujours été innocente. Eh bien non ! Ce n’était que ça, des visas ! Ouf ! On a eu peur pour la vertu de la République !

    Pourtant, c’est ce pauvre Monsieur Macron qui sera seul menacé de poursuites pour « Atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation » alors que vous n’apportez pas l’ombre d’une preuve de ses prévarications.

    Sur ce deuxième point, vraiment, vous perdez l’estime du lecteur car on voit bien que vous vous amusez à jouer au croquemitaine.

    Personnellement, ce sont vos mensonges concernant l’Algérie coloniale étayés par des chiffres archi-faux qui m’ont en réalité le plus interpelée et pas du tout le fait que vous sermonniez Monsieur Macron pour avoir brisé le mur de l’omerta nationale sur le passé criminel de votre pays.

    3° Parmi les choses qui m’ont bien fait rigoler c’est « le recul de l’état des connaissances » et le « consensus historique et la légitimité scientifique ».

    • Le recul de l’état des connaissances. Ah la bonne blague ! Mais des millions d’Algériens nés comme vous et moi en 1946 et 1945 sont encore vivants ! Vous ne pouvez pas leur fourguer « l’état de VOS connaissances » en les faisant passer pour des vérités révélées ! Laissez les mourir avant d’écrire vos salades ! Et vous avez le front de citer Pierre VIDAL NAQUET qui a été un anticolonialiste avéré, intrépide et déterminé. Que Monsieur VIDAL-NAQUET ne veuille pas assimiler les crimes de la colonisation à ceux du nazisme c’est son affaire ! Il n’était pas juriste et il avait peut-être des raisons personnelles pour que la Shoah ne soit pas assimilée à d’autres crimes afin qu’elle garde son caractère exceptionnel mais aussi bien en application de l’article 46 du traité de Londres instituant le Tribunal de Nuremberg que de l’article 7 du Traité de Rome créant la CPI, les massacres de masse de Sétif, Kherrata , Guelma constituent bel et bien des actes d’extermination aux termes de ces deux textes.

    Le recul des connaissances consisterait plus tôt à ne pas aller chercher plus loin dans les affres de la colonisation d’autres exactions comme les enfumades de sinistre mémoire qui ont bien été des massacres de masses : On parle pour Pélissier de 760 cadavres pour les Ouled Riah, 500 avoués par Saint-Arnaud pour la tribu des Derkaouas, des centaines pour la tribu des El Ouffia exterminée par Savary à El Harrach, le Ksar des Zaatcha entièrement rasé, la tribu des Kharidjas décimée inutilement et sauvagement par Yusuf à Annaba, ce qui a donné lieu à une condamnation par le fils du Maréchal Ney , prince de la Moskova, à la Chambre, Laghouat, saccagée, brulée et sa population massacrée par Randon puis Pélissier.
    • Ainsi Monsieur l’historien disposant d’un label « scientifique » « Le consensus historique » serait un « gentlemen agreement entre historiens « des deux rives » qui se seraient entendus sur une vérité historique négociée ? Je comprends pourquoi tous les jeunes gens et jeunes filles algériens pensent que la colonisation française a été une promenade de santé pour leurs ancêtres à travers les 19e et 20e siècles. C’est donc volontairement, après des tractations de boutiquiers, que les livres d’histoire algériens et français, mais pour des raisons diamétralement opposées, ont été expurgés de tout ce qui pouvait fâcher Madame la France si on venait à lui rappeler qu’elle a été aussi méchante que la marâtre de Blanche-Neige ? Il y a en effet de quoi déboussoler les jeunes consciences. Si vous avez participé à cette mystification, non seulement vous n’êtes pas à féliciter mais définitivement vous n’avez aucun droit pour faire la leçon à qui que ce soit, à Macron ou à un autre et vous n’avez aucune « légitimité scientifique ». Vous seriez alors un escroc de la pensée, un falsificateur de la mémoire, un bandit sans conscience ni honneur.

    4° Il y a aussi cette série d’affirmations que vous assénez sans vergogne :

    *En 1830 la population de l’Algérie n’excédait pas 1 million d’habitants. Ce que vous écrivez est faux, vous le savez, vous êtes historien et vous ne pouvez pas ignorer ce que Saint-Arnaud écrivait à son frère : « Si l’Afrique (l’Algérie) entière se soulevait comme un seul homme, malgré les bavards qui disent qu’il n’y a pas de population, nous serions vite acculés à la mer.. »

    Vous êtes un « bavard » Monsieur LUGAN, c’est Saint-Arnaud qui vous qualifie ainsi, en vous apportant la contradiction.

    Les populations ont été décimées par votre répression, par vos déportations dont vous ne soufflez mot et par la famine organisée dans le sud par la confiscation des terrains de parcours des tribus nomades des hauts-plateaux au bénéfice de sociétés alfatières.

    *Les allocations familiales n’étaient versées qu’aux fonctionnaires ou à ceux qui avaient un emploi. La majorité des Algériens avaient des emplois précaires sans aucun avantage social ou autre. Nous croupissions tous dans une misère noire. Il n’y a qu’à voir les photographies anciennes qui montrent que tout le peuple algérien était en haillons.

    *La France a donné un nom à l’Algérie. La France a dénaturé le nom de l’Algérie qui s’appelait Aljazaïr. La France paresseuse s’est arrêtée à Alj pour y ajouter des lettres conformément à sa façon de fabriquer des mots à partir d’une racine. Cela aurait pu donner ALJERIE mais vos distingués linguistes ont préféré remplacer le J par un G. Donc, nous avions un nom, vous l’avez amputé pour l’accommoder à votre sauce. Il n’y a aucune reconnaissance à avoir pour vous pour cette atteinte à notre identité. A l’indépendance notre pays a recouvré son nom : EL JAZAÏR.

    *La France nous a donné des frontières. Elle les donnait à sa colonie pour ses colons. Nous n’avions aucun intérêt à être séparés de nos frères marocains et tunisiens avec lesquels nous formions un seul peuple. Cette séparation a d’ailleurs créé des antagonismes dont la France porte la responsabilité.

    *Tous vos chiffres sur la scolarisation des enfants sont nuls et non avenus. Le bulletin de l’enseignement des indigènes de l’académie d’Alger publié en octobre 1907 page 147-149 indique ceci : « Il est nécessaire de nous borner à donner aux enfants quelques notions de langage facilitant les transactions, en conservant les plus intelligents pour les diriger vers nos écoles ordinaires. A ces derniers réservons les emplois de chaouch, khodja, garde-champêtre. » Voilà donc les choix affriolants qui étaient réservés aux plus intelligents, les autres étaient autorisés à faire « des transactions ». Le sort des filles n’était même pas évoqué. En 1964 je me suis inscrite à la faculté de droit d’Alger, nous étions toutes filières confondues 8.000 étudiants. Où sont passés les autres 392.000 enfants de ma classe d’âge scolarisés selon vous en 1952 ?

    *Vous écrivez : « En 1962, il y avait en Algérie un hôpital universitaire de 2000 lits, trois grands hôpitaux de chefs-lieux : A Alger Oran Constantine. 14 hôpitaux spécialisés et 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants ». Vous auriez dû avoir l’honnêteté d’ajouter : Ces hôpitaux n’étaient fréquentés que par des européens ou par une très petite minorité de musulmans ayant la sécurité sociale.

    Produits de la sélection naturelle, les musulmans fréquentaient peu les hôpitaux et lorsqu’ils mourraient c’était par la volonté de Dieu. La France n’avait rien à faire là-dedans et personne ne songeait à lui reprocher quoi que ce soit.

    *« Ces équipements ont été laissés à l’indépendance ». Oui, en vertu d’un accord politique mais il faut ajouter que la relève n’a pas été préparée. Est-ce de la malveillance, on va présumer la bonne foi et dire que la France pensait ne jamais quitter l’Algérie et que prise par le temps elle n’a pas été en mesure de préparer son départ. C’est encore une preuve, s’il en fallait, que le peuple comptait 90% d’analphabètes en 1962 : un bel exemple de colonisation réussie et de ses bienfaits.

    Traitez si vous voulez Monsieur le candidat Macron de smartphone si cette trouvaille vous amuse mais ne mentez plus à propos de l’Algérie. La société civile algérienne s’éveille, elle ne laissera ni les historiens « des deux rives » raconter d’une même voix des mensonges ni les politiciens « des deux rives » conclure des accords scélérats derrière son dos.

    Votre bien dévouée

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s