Sous le soleil du socialisme

Ce 25 mars, les lecteurs du Figaro pouvaient découvrir, au gré d’un reportage instructif, la situation réelle d’un pays que trop de nos concitoyens imaginent comme un paradis touristique.

« La Havane, décrit Hector Lemieux, n’est plus qu’une immense file d’attente. De la Vieille Havane aux quartiers populeux de Diez-de-Octubre ou du Cerro, plus un seul arrondissement de la capitale n’échappe aux interminables files d’attente ou colas de supérettes dégarnies. Les étals sont vides. Il faut attendre et attendre des heures pour espérer acheter quelques centaines de grammes de riz ou de poulet, la seule viande parfois disponible dans l’île. Même les quartiers plus aisés, comme Miramar, sont soumis à la portion congrue. »

Journaliste québécois basé à La Havane spécialisé dans le tourisme, ce collaborateur assez régulier du Figaro et de divers journaux occidentaux a encore fait paraître en 2014, un guide dans la collection Ulysse, intitulé Comprendre Cuba. Tout ce qu’il écrit de La Havane dénote à la fois une conscience personnelle des tares de l’étatisme, de la bureaucratie, de l’absence de débat et du monopole idéologique, toutes caractéristiques communes à tous les régimes marxistes – et cette demi-teinte ambiguë, commune elle aussi à trop de correspondants de presse installés dans les pays totalitaires, quand ils n’en sont pas des propagandistes avoués.

Ne nous y trompons pas. La misère et la famine dont souffre Cuba en ce moment ne résultent pas de la crise actuelle, qui l’a évidemment impacté, pas plus que le holodomor en Ukraine dans les années 1930 n’a été provoqué par le krach boursier de 1929, non plus que la tragédie des 36 millions de morts de faim du Grand Bond en avant, dans la Chine communiste des années 1958-1960 n’aurait été la conséquence d’autre chose que de la folie fanatique marxiste-léniniste de Mao Tsé-toung. Dans les 3 cas, comme d’ailleurs au Zimbabwe, en Éthiopie ou ailleurs la collectivisation des terres aura été le grand déclencheur.

Ainsi à Cuba, dès 2010, année où les coopératives privées et les agriculteurs assuraient environ 70 % de la production de nourriture sur seulement 40 % des terres cultivées. Le reste était produit par les exploitations d’État. Or, au moment où notre Lemieux décrivait le pseudo-virage capitaliste, la libéralisation très relative, et très favorable au fisc, de 178 petits métiers de La Havane, jusque-là réfugiés dans le bricolage et l’économie souterraine, très précisément le ministère cubain de l’Agriculture mettait en place un contrôle plus strict encore sur la paysannerie.

Et 10 ans plus tard, en 2020, les petits paysans expropriés et bureaucratisés criaient eux-mêmes famine.

Actuellement l’île communiste doit importer quelque 70 % des besoins alimentaires de sa population. Le financement en devises étrangères provient en très grande partie des recettes de l’apartheid touristique, et accessoirement du plus vieux métier du monde : la prostitution. La crise du tourisme n’a fait qu’assécher la capacité financière de l’État et radicaliser la situation. Les admirateurs de Johann Gottlieb Fichte (1762-1814), de son État commercial fermé, modèle de référence de Marx et Engels, pourraient réfléchir à cette application de leur propre programme.

En 2010, le même Lemieux publiait incidemment, au gré d’un article dans Le Figaro [1] une analyse assez révélatrice. Il la met dans la bouche d’un aimable guide nommé Arturo : « Dans ce pays, trop de gens sont payés à ne rien faire. Il faut payer plus ceux qui travaillent. Je suis dehors jusqu’à parfois 10 heures le soir, six jours sur sept, pour 280 pesos cubains par mois » (= 10 euros).

Le socialisme étatique c’est cela. Partout et toujours.

En juillet 2006 Fidel Castro, dictateur pendant 47 ans, désormais malade, a cédé le pouvoir à son frère Raul. Il devait demeurer néanmoins longtemps premier secrétaire du Parti communiste et continuer son action idéologique, jusqu’à sa mort en 2016. S’exprimait dans la presse de La Havane il prend encore en 2008 la défense du régime de Téhéran. Au pouvoir, Raul Castro, puis le gris apparatchik Miguel Diaz-Canel, numéro 2 du régime, qui lui a succédé en 2018, ont prétendu conduire leurs compatriotes sur une autre voie, soi-disant plus libérale économiquement.

En 2010, année de l’illusion, Obama tente de renouer les liens officiels entre Washington et La Havane. Des pressions, favorables à cette évolution, apparaissent aux États-Unis… au sein de l’Église catholique… en Espagne… et, bien entendu, en France. La Chambre des représentants appelle alors à la levée totale de l’interdiction pour les Américains de voyager à Cuba. Les lobbies agricoles jouent leur rôle. Notamment les producteurs de riz poussent à cette ouverture. Ils voyaient en l’île des Caraïbes un marché prometteur.

Hélas, depuis, sur le fond, rien n’a vraiment changé à La Havane.

Rien de nouveau sous le soleil du socialisme.

JG Malliarakis  

Apostilles

[1] En date du 30 septembre sous le titre : Cuba : Les paradoxes du virage capitaliste

https://www.insolent.fr/2021/03/sous-le-soleil-du-socialisme.html

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