Marine Le Pen et le syndrome Gianfranco Fini

Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère ♦ « Elle ferait sans doute mieux de célébrer Napoléon que de flagorner de Gaulle. » Cette réflexion est assez révélatrice du dilemme de la présidente du Rassemblement national et de sa stratégie. Comment se dédiaboliser sans se confondre avec les autres ? Tout le monde étant devenu gaulliste, cela ne sert à rien de dire qu’on l’est aussi. Reconnaitre que Napoléon est le français le plus célèbre de l’histoire et un grand homme est devenu plus difficile face aux minorités dominantes. Quand on réfléchit sur la stratégie du RN, on pense bien sûr au syndrome italien et à la disparition de l’Alliance Nationale de Fini. A force de rejeter ses origines politiques, il a été avalé par les marais gluants de la partitocratie italienne accouchée sur les décombres du fascisme. Certes, l’époque a changé. Et l’on verra bien si Matteo Salvini va réussir là où Fini a échoué. Marine va sans doute surveiller de très près l’avenir du patron de La Ligue.

Une évolution qui s’accélère

Le Monde constate une évolution qui s’accélère ». Marine Le Pen se recentre, et entend mordre sur l’électorat de la droite classique – au risque peut-être à terme de s’y dissoudre et de perdre « la fonction tribunicienne », le porte-voix des colères, qui a fait les beaux jours du Front national (FN). « Il n’y a plus de dédiabolisation. Maintenant, on est dans la présidentialisation », résume Philippe Olivier, beau-frère et proche conseiller de la candidate à la présidentielle.

La dédiabolisation ne peut pas signifier un alignement sur tous les sujets de société et sur l’air du temps. En 2002, J.-M. Le Pen est arrivé au second tour malgré le fameux « point de détail ». A l’ époque la moindre suspicion de mise en doute ou même d’ indifférence vis-à-vis du sort des juifs pendant la seconde guerre mondiale entrainait automatiquement une mise à l’index du jeu démocratique, comme l’hystérie du second tour Chirac-Le Pen l’a prouvé. Mais aujourd’hui, alors que ceux qui vociféraient sur le candidat de la bête immonde renoncent, par peur, à enseigner la Shoah, qui ne voit la submersion de la mémoire issue de la deuxième guerre mondiale par des nouvelles victimisations ? Marine Le Pen n’a plus besoin de faire quoi que ce soit sur le sujet, car l’antisémitisme a très largement changé de nature, même si certains ont encore du mal à l’admettre.

Elle peut donc se démarquer sur d’autres sujets plus actuels. Elle doit incarner, si elle veut rassembler, la « fierté historique française » Elle doit être au premier rang pour le maintien du « roman national » contre les subversions communautaires. La majorité silencieuse est révulsée par certains déferlements de haines raciales et féministes contre civilisation française. Qu’elle doit défendre et célébrer sans ambigüité. Il est sûr que la commémoration de la fin de la guerre d’Algérie sera pour elle un test aussi délicat que capital. Elle aura du mal à éviter la confrontation, une fois de plus, avec l’image du père.

Le danger de la normalisation c’est que, pour en faire trop, car on n’en fait jamais assez… et qu’on peut se mélanger les pinceaux. La présidente du Rassemblement National a récemment confondu xénophobie et racisme, on voit bien ce qu’elle voulait dire, mais les médias, toujours aux aguets, ne l’ont pas ratée. Elle doit donc travailler un socle de doctrine attractif et crédible mais aussi différent.

Les limites de la normalisation

Après s’être normalisée, il lui faut se distinguer. Car il y a un danger électoral pour elle. Elle laisse un espace à droite. Ses proches pensent que personne ne pourra l’affronter selon la leçon de l’échec de Bruno Mégret. Rien à droite sauf un Le Pen, c’est le nom qui fait l’élection. Ce n’est certes pas l’analyse de la Macronie qui verrait bien pour le second tour une Marine plus bas grâce à une candidature sur sa droite. Le risque pour Macron étant que ce candidat fasse un score qui empêche sa meilleure ennemie d’être au second tour.

Marine semble convaincue que sa stratégie est la bonne et que, cette fois, elle va gagner. Il lui faut toutefois prendre en compte ceux qui pensent qu’elle n’y arrivera jamais car elle n’aurait ni les épaules ni les réserves de voix, et ceux qui jugent inutile une victoire sur les idées des autres. Elle doit aussi ne jamais oublier que pour l’idéologie médiatique, elle n’en fera jamais assez et que les vigilants de presse seront aux aguets de tout ce qui pourrait être « controversé » c’est-à-dire non conforme à leurs dogmes idéologiques. Il faut convaincre non pas les médias, mais les Français. Il est temps, juste temps, de penser aux électeurs plus qu’aux journalistes et aux sondeurs.

Mais la bataille de la présidentialisation ne peut être une suite de repentances. On ne passe pas à l’offensive en battant tout le temps en retraite… Napoléon est plus que jamais d’actualité.

Pierre Boisguilbert 15/03/2021

https://www.polemia.com/marine-le-pen-et-le-syndrome-gianfranco-fini/

Un commentaire sur “Marine Le Pen et le syndrome Gianfranco Fini

  1. Mes chers Amis,

    Je ne dis rien: je les connais tous les deux avec leurs liens ancestraux!

    Unique solution: Fatima, le Saint Rosaire à outrance!

    Que Dieu nous garde, nous bénisse et nous protège!

    Très humblement vôtre,

    En union de prières avec vous tous,

    Le pauvre pécheur que je sais être.

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