États-Unis : dans les écoles pour élites, des parents terrorisés s’organisent face à la domination d’une idéologie antiraciste devenu folle 1/2

L’auteur de l’article, Bari Weiss, est journaliste et membre du conseil consultatif de la Fondation contre l’intolérance et le racisme. C’est la journaliste qui avait dû quitter le New York Times à cause de sa prise de contrôle par des collègues de gauche de plus en plus sectaires.

Les dissidents utilisent des pseudonymes et éteignent les images de leurs vidéos lorsqu’ils se contactent via le logiciel de discussion en ligne Zoom. Ils coordonnent généralement les entraînements de football et les covoiturages, et désormais ils se réunissent pour élaborer des stratégies. Ils disent qu’ils pourraient subir des conséquences sérieuses si quelqu’un savait qu’ils discutent ensemble.

Mais ces derniers temps, la situation est devenue trop grave pour les courriels ou les plaintes lors des conférences téléphoniques. Ainsi, un week-end récent, dans une rue verdoyante de West Los Angeles, ils se sont réunis en personne et m’ont invitée à les rejoindre.

Dans une cour derrière une maison de quatre chambres, dix personnes étaient assises dans un cercle de chaises Adirondack en plastique et mangeaient des sacs de Skinny Pop. Ce sont les rebelles : des parents aisés de Los Angeles qui envoient leurs enfants à Harvard-Westlake, l’école privée la plus prestigieuse de la ville.

Selon les standards américains, ils sont plutôt riches. Selon les standards de Harvard-Westlake, ils sont dans la moyenne. Ce sont des couples à deux carrières qui attribuent leur propre réussite non pas aux liens familiaux ou à la richesse héritée, mais à leur propre éducation. Il leur semble donc plus qu’ironique qu’une école qui coûte plus de 40 000 dollars par an – une école où Charlie Munger, le bras droit de Warren Buffett, et Sarah Murdoch, l’épouse de Lachlan et la belle-fille de Rupert, siègent au conseil d’administration – enseigne aux élèves que le capitalisme est le mal.

Mais pour la plupart de ces parents, la diabolisation du capitalisme est le moindre de leurs soucis. Leurs enfants racontent avoir peur de parler en classe. Avant toute chose, ils craignent que le nouveau plan de l’école pour devenir une “institution antiraciste” (dévoilé en juillet dernier dans un document de 20 pages) ne pousse leurs enfants à faire une fixette sur la race et à lui accorder de l’importance d’une manière qui leur semble grotesque.

“J’ai grandi à L.A., et l’école de Harvard a certainement eu du mal avec les questions de diversité. Les histoires que certains ont exprimées depuis l’été semblent totalement légitimes”, déclare l’un des pères. Il dit qu’il ne voit pas d’inconvénient à ce que l’école fasse davantage d’efforts pour redresser les torts du passé, notamment en intégrant davantage de voix des minorités dans le programme d’études. Ce qui lui pose problème, c’est ce mouvement qui dit à ses enfants que l’Amérique est un mauvais pays et qu’ils portent une culpabilité raciale collective.

“Ils font en sorte que mon fils se sente raciste à cause de la pigmentation de sa peau”, déclare une mère. Une autre pose une question au groupe : “En quoi le fait de braquer les projecteurs sur la race permet-il d’améliorer la façon dont les enfants se parlent entre eux ? Pourquoi ne peuvent-ils pas tous être les gentils de l’histoire [‘Wolverines’ dans le texte original] ?” (Harvard-Westlake a refusé de commenter).

Ce groupe de parents de Harvard-Westlake est l’un des nombreux collectifs qui s’organisent discrètement dans tout le pays pour lutter contre ce qu’il décrit comme un mouvement idéologique qui a pris le contrôle de leurs écoles. Cette histoire est construite sur des entretiens avec plus de deux douzaines de ces dissidents – enseignants, parents et enfants – dans des écoles préparatoires d’élite dans deux des États les plus démocrates du pays : New York et la Californie.

Ces parents réunis discrètement disent que pour chacun d’entre eux il en existe beaucoup plus qui sont, eux, trop effrayés pour s’exprimer. “J’ai parlé à au moins cinq couples qui disent : Je comprends. Je pense comme vous. C’est juste que je ne veux pas d’histoires en ce moment”, raconte une mère. Ils sont tous impatients que leur histoire soit racontée, mais aucun d’entre eux ne veut me laisser utiliser son nom. Elles craignent de perdre leur travail ou de nuire à leurs enfants si leur opposition à cette idéologie était connue.

“L’école peut vous demander de partir pour n’importe quelle raison”, a déclaré une mère de Brentwood, une autre école préparatoire de Los Angeles. “Vous serez alors mis sur la liste noire de toutes les écoles privées et serez connu comme étant raciste, ce qui est pire que d’être traité de meurtrier.”

Un parent d’élève dans une école privée, né dans une nation communiste, me dit : “Je suis venu dans ce pays en échappant à la même peur des représailles que ressent maintenant mon propre enfant.” Un autre a plaisanté : “Nous devons nourrir nos familles. Oh, et payer 50 000 dollars par an pour que nos enfants soient endoctrinés.” Un enseignant de la ville de New York l’a exprimé de la manière la plus concise : “Parler contre, c’est mettre en danger votre réputation.”

Les parents qui se sont élevés contre cette idéologie, même de manière privée, disent que cela ne s’est pas bien passé. “J’ai discuté avec un ami, et lui ai demandé : ‘Y a-t-il quelque chose à propos de ce mouvement que nous devrions remettre en question ?’”, a déclaré un père dont les enfants sont dans deux écoles préparatoires de Manhattan. “Et il m’a répondu : ‘Mec, tu entres sur un terrain dangereux pour notre amitié’. J’ai eu suffisamment de ces conversations pour savoir ce qui en résulte.”

Cette crainte est partagée, profondément, par les enfants. Pour eux, il ne s’agit pas seulement de la peur d’avoir une mauvaise note ou de se voir refuser une recommandation pour une université, bien que cette peur soit puissante. C’est la peur de la honte sociale. “Si vous publiez mon nom, cela ruinerait ma vie. Les gens m’attaqueraient même pour avoir remis en question cette idéologie. Je ne veux même pas que les gens sachent que je suis capitaliste”, m’a dit un étudiant de l’école Fieldston à New York, commentaire repris par d’autres étudiants avec qui j’ai parlé. (Fieldston a refusé de faire des commentaires pour cet article.) “Les enfants ont peur des autres enfants”, dit une mère de Harvard-Westlake.

Cette atmosphère rend leurs enfants anxieux, paranoïaques, peu sûrs d’eux, et les isole même de leurs amis proches. “Mon fils savait que je vous parlais et il m’a supplié de ne pas le faire”, m’a dit une autre mère de Harvard-Westlake. “Il veut aller dans une grande université, et il m’a dit qu’une seul mauvais propos de ma part causerait notre perte. On est quand même aux États-Unis d’Amérique. C’est quoi ce délire ?”

Elles sont les élites des Etats-Unis – des familles qui peuvent se permettre de payer quelque 50 000 dollars par an pour que leurs enfants soient préparés à entrer dans les eating clubs de Princeton et les sociétés secrètes de Yale, à suivre la trajectoire qui les feront maitres – pardon, maître.sse.s – du monde. Les idées et valeurs qui leur sont inculquées influencent le reste d’entre nous.

Ce n’est pas la seule raison pour laquelle cette histoire est importante. Ces écoles sont appelées écoles préparatoires parce qu’elles préparent les princes de l’Amérique à prendre leur place dans ce que l’on nous dit être notre méritocratie. Rien ne se passe dans une école préparatoire de haut niveau qui ne soit le miroir de ce qui se passe dans une université d’élite.

Qu’est-ce que cela dit de l’état actuel de cette méritocratie, quand celle-ci veut des enfants qu’ils maîtrisent la théorie critique de la race et la “fragilité blanche”, même si cette connaissance se fait au détriment de Shakespeare ? “Les universités veulent des enfants – des clients – qui vont être pré-alignés sur certaines idéologies issues de ces universités”, explique un professeur de STEM [science, technology, engineering, and mathematics] dans l’une des prestigieuses écoles préparatoires de New York. “J’appelle cela le sevrage-woke. Et c’est le produit que des écoles comme la mienne proposent.”

Les parents avec lesquels j’ai parlé pour cette histoire sont avisés et intelligents : ils se rendent compte qu’il est étrange – au mieux – qu’une école comme Harvard-Westlake parle constamment de justice sociale alors qu’elle dépense plus de 40 millions de dollars dans un nouveau complexe sportif hors campus. C’est une école qui envoie un rapport annuel à chaque famille de Harvard-Westlake, listant les dons des parents. L’année dernière, le groupe “Heritage Circle” (dons de 100 000 dollars ou plus) comprenait Viveca Paulin-Ferrell et Will Ferrell. Une patte rouge à côté des noms de Jeanne et Tony Pritzker indiquait plus d’une décennie de dons cumulés.

Les parents disent que c’est une école où donner plus vous donne plus. Les gros donateurs sont invités à des dîners spéciaux et, surtout, reçoivent du temps et de l’attention de la part des responsables. Pendant ce temps, leurs enfants apprennent la politique radicale-chic qui, bien sûr, n’implique rien de vraiment radical, comme le serait la redistribution de la dotation.

“Ces écoles sont le privilège du privilège du privilège. Elles disent sans cesse qu’elles sont axées sur l’inclusion. Mais elles sont par définition excluantes. Ces écoles sont pour le sommet de la société”, me dit une jeune mère de Manhattan.

En Amérique, le pouvoir consiste désormais à parler le woke, une langue très complexe et en constante évolution. La Grace Church School de Manhattan, par exemple, propose un guide de 12 pages sur la “langue inclusive”, qui décourage les gens d’utiliser le mot “parents” – on préfère “gens” – ou de poser des questions comme “quelle est votre religion ?”. (Lorsqu’on lui a demandé de commenter, le révérend Robert M. Pennoyer II, directeur adjoint de l’école, a répondu : “Grace est une école épiscopale. Dans le cadre de notre identité épiscopale, nous reconnaissons la dignité et la valeur à toute l’humanité.” Il a ajouté que le guide vient “de notre désir de promouvoir un sentiment d’appartenance pour tous nos élèves”). Un professeur d’anglais de Harvard-Westlake accueille ses élèves après l’été en disant : “Je suis une femme blanche queer d’origine européenne. J’utilise les pronoms [ elle | elle ] mais je suis également à l’aise avec les pronoms [ elles | elles ].” Elle a joint une “lettre de soins personnels” citant Audre Lorde : “Prendre soin de moi n’est pas de la complaisance, c’est de l’auto-préservation, et c’est un acte de guerre politique.”

Malheur à l’enfant de la classe ouvrière qui arrive au collège et prononce Latino au lieu de “Latinx”, ou qui trébuche dans la conjugaison des verbes parce qu’un camarade de classe préfère utiliser les pronoms elle/elles. La maîtrise du woke est un marqueur de classe efficace et la clé pour que ces princes conservent leur statut à l’université et au-delà. Les parents le savent, et c’est pourquoi le woke est devenu la lingua franca des meilleures écoles préparatoires du pays. Comme le dit une mère de Los Angeles : “C’est ce que font toutes les universités, donc nous devons le faire. Le raisonnement est le suivant : si Harvard le fait, c’est que ça doit être une bonne chose.”

“Je suis dans une secte. Enfin, ce n’est pas tout à fait ça. C’est plutôt que la secte est tout autour de moi et j’essaie d’empêcher mes enfants d’en devenir membres.” Il parle comme un dissident de l’Église de la Scientologie, mais il est professeur de mathématiques dans l’un des lycées les plus huppés de New York. Il n’est pas politiquement conservateur. “J’ai étudié la théorie critique ; j’ai vu Derrida parler quand j’étais à l’université”, dit-il, “donc quand cette idéologie est arrivée dans notre école ces dernières années, j’ai reconnu le vocabulaire et je savais ce que c’était. Mais c’était sous une forme mutée.”

Cet enseignant me parle parce qu’il est alarmé par les conséquences de cette idéologie sur ses élèves. “J’ai commencé à voir ce qui arrivait aux enfants. Et c’est ce que je n’ai pas pu supporter. Ils sont éduqués dans le ressentiment et dans la peur. C’est extrêmement dangereux.”

À trois mille kilomètres de là, à Los Angeles, un autre enseignant d’école préparatoire dit quelque chose de similaire. “Cela apprend aux gens qui possèdent tant à se voir comme des victimes. Ils pensent subir l’oppression alors qu’ils sont dans l’une des écoles les plus huppées du pays.”

Il semble que cela fonctionne. Une mère de Los Angeles me raconte que son fils s’est récemment entendu dire par son ami, qui est noir, qu’il était “intrinsèquement opprimé.” Elle était incrédule. “Ce gamin est multimillionnaire”, a-t-elle dit. Mon fils a dit à son ami : “Explique-moi ça. Pourquoi te sens-tu opprimé ? Qu’est-ce que quelqu’un a fait pour que tu te sentes moins bien ?”. Et l’ami a répondu : ‘La couleur de ma peau’. Ça m’a sidéré.”

Le programme scientifique de Fieldston ferait défaillir n’importe quel parent. Les cours facultatifs pour les élèves de première et terminale, selon le site web de l’école, comprennent l’immunologie, l’astronomie, les neurosciences et la pharmacologie.

Mais la physique est différente de nos jours. “On ne les appelle plus les lois de Newton”, m’informe une élève de l’école. “Nous les appelons les trois lois fondamentales de la physique. Ils disent que nous devons ‘décentrer la blancheur’, et que nous devons reconnaître qu’il n’y a pas que Newton en physique.”

Un de ses camarades de classe dit qu’il essaie de suivre “les cours factuels, pas les cours d’identité”. Mais qu’il est de plus en plus difficile de faire la distinction entre les deux. “J’ai pris Histoire des États-Unis en pensant que lorsqu’on apprenait l’histoire des États-Unis, elle était peut-être structurée par périodes avec ce qui s’est passé sous chaque présidence. Mais nous avons étudié différents groupes marginalisés. C’est comme ça que c’était structuré. Je n’ai entendu qu’une poignée de noms de présidents en classe.”

À suivre

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