Les mystères d’Eleusis 2/2

Déméter, représentation de Howard David Johnson

DIONYSOS

Pendant son errance, « Déméter » avait été recueillie à Eleusis avec générosité, où dévoilant son identité, elle remercie ses hôtes en les initiant à ses mystères et aux secrets de l’Agriculture. C’est l’origine du culte qui sera consacré à la Mère et sa fille et célébré sur place, au temple de « Déméter » sous le nom des « Mystères d’Eleusis ».

Ce culte, célébrant les cycles de la vie voit le principe de résurrection renforcé par le culte associé à « Dionysos » qui y est célébré.

Le destin de ce Dieu de la vigne est symboliquement similaire à celui du Nazaréen célébré par les chrétiens.  Fils de « Zeus » et de la mortelle « Sémélé », c’est un Dieu errant qui se manifeste par des apparitions et des prodigues. Persécuté par les titans, il est tué et Athéna recueille son coeur et le rapporte à Zeus qui le dévore offrant ainsi à « Dionysos » une résurrection et une deuxième vie.

SÉMÉLÉ

Un autre jour, « Dionysos » décide d’aller visiter sa mère la mortelle « Sémélé » aux enfers d’où il l’arrache du Royaume d’Hadès et la transporte jusque dans l’Olympe, où elle devient immortelle sous le nom de « Thyoné ». C’est une « assomption » dans la définition la plus stricte et chrétienne du terme !

« Dionysos » est adopté par les Romains sous le nom de « Bacchus » où la légende de l’enlèvement de sa mère « Sémélé » va se répandre dans tout l’empire. « Sémélé » est célébrée par les romains, à cause de cette « assomption » et elle est adorée comme l’incarnation de l’esprit de Dieu; Pure et sans tâche, la « Sémélé » romaine, source du divin est appelée « vierge immaculée » et sa célébration se déroulait ….en août !

NEMORALIA

Mais c’est  un autre culte romain, qui est à l’origine de célébrations païennes honorant la « Diane », la Déesse de la chasse et de la lune, qui se déroulait durant les ides d’Août (13 au 15) : c’est la « Nemoralia ».

La Déesse « Diane » des Romains, assimilée à la Déesse « Artémis » des Grecs, est une personnification de la Nature sauvage, des animaux et du ciel nocturne et symbole de la fécondité. Il est a noter qu’elle fait partie des rares  « Déesses vierges » du panthéon païen.

Voilà, tout est déjà en place dans les temples et les coeurs des Hommes lorsque les chrétiens arrivent : les personnifications divines, les symboles, les fonctions, les allégories, le légendaire, et même le calendrier ! Le christianisme, hypocrite et violent, en s’acharnant à détruire l’ancienne foi païenne, n’a en réalité chercher qu’a l’imiter, dans le but de détourner ses fidèles et corrompre ses rituels.

LE CULTE MARIAL CHRÉTIEN

La popularité de la Déesse Mère, la renommée de Sémélé dans tout l’Empire permit de maintenir vivant le culte dédié aux cycles agricoles et ses déesses tutélaires. L’Eglise va devoir intégrer les traditions païennes dans sa théologie, les christianisant peu à peu jusqu’à élever culte marial au rang de dogme théologique.

UNE  TRADITION QUI RÉSISTE ET S’IMPOSE

– En 373, Saint Ephrem évoque le concept selon lequel le corps de Marie serait resté intact après sa mort.

– Au VIe siècle, l’empereur byzantin Maurice instaure la fête de la Dormition de la Vierge Marie chaque année à la date du 15 août, qui est ensuite est introduite en Occident sous l’influence du pape Théodore au VIIe siècle.

– Au VIIIe siècle la célébration prend le nom d’Assomption Elle est citée « fêtes d’obligation » en 813 par le Concile de Mayence.

– En 1637, le roi Louis XIII, désirant un héritier, consacre la France à la Vierge Marie et demande A la naissance du futur Louis XIV le 15 août  devient fête nationale.

– En 1854 la proclamation du dogme de l’Immaculée conception provoque de nombreuses polémiques.

– Le 1er novembre 1950, Pie XII institutionnalise la fête mariale qui existe depuis quatorze siècles en proclamant personnellement, infailliblement, le dogme de l’Assomption pour l’Église Catholique

« VOX POPULI, VOX DEI ! »

Malgré les attaques qu’elles subissent depuis plus de 2000 ans, les croyances païennes qui plus est fragilisées par leur tolérance naturelle, existent toujours au sein de la « foi native » des populations européennes fidèles à leurs traditions.

Pendant des siècles le souvenir de la Déesse de la terre cultivée s’est transmis à travers des objets (couronnes, gerbes etc..), des rituels (rogations), des dictons (« La Vierge du quinze août arrange ou dérange tout »), des gestes etc… et le culte légendaire des anciennes déesses a lui aussi connu une « résurrection » à travers les célébrations mariales…

Le christianisme, si il a pu détruire les temples et les guerriers des dieux masculins, en revanche n’a pas réussi a faire disparaître la présence de la Déesse-mère dans le coeur des Hommes, et ce malgré les 4 siècles d’incendies qui dressèrent des bûchers hurlants à travers l’Europe des antiques « sourcières ».

Et l’Eglise catholique, héritière directe de ce besoin revendicateur d’adoration d’un principe féminin et maturant s’est résignée à l’intégrer dans son univers théologique appauvri, et d’accorder à Myriam une place particulière et élevée, issue directement du symbolisme païen de l’antiquité, : celle de la Vierge reconnue « Théotokos » (Mère de Dieu)

Alors, faute de pouvoir la faire disparaître des consciences, l’Eglise va tenter d’enfermer l’universalité de la Grande Déesse dans le dogme chrétien, et sa définition étriquée et aride d’une monolâtrie universalisée, étendant son interprétation prosélytique à la christianisation des « Vierges noires », pourtant antérieures de plusieurs siècles à l’année zéro de la « révélation »…

Et l’Eglise embarrassée que ces croyances persistantes, les intègre en les qualifiant à son tour de « mystères », qualificatif également emprunté aux religions anciennes, mais qui ici n’est qu’une forme lâche évitant  toute forme d’exégèse  approfondie qui trahirait sa forfaiture.

CONCLUSION

La Vierge Marie, que les chrétiens catholiques et orthodoxes célèbrent ce 15 août, ne doit pas nous faire oublier les madones sacrées d’Eleusis, de Rome ou de Scandinavie, car il s’agit bien d’Elle, la Grande Déesse-Mère, dans sa réalité plurielle et qui, fidèle à son initiation, se métamorphose sans cesse, renaissant à travers les cycles des saisons comme ceux des civilisations, à chaque fois, vierge et pure, et dispensant auprès de ses fidèles un amour maternel et protecteur éternel.

Erwan Castel, Cayenne le 15 août 2013

http://alawata-tradition.blogspot.com/search/label/D%C3%A9esse-m%C3%A8re

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