Les mystères d’Eleusis 1/2

Déméter, représentation de Howard David Johnson

La religion chrétienne, tout en luttant farouchement contre les croyances païennes, n’en assimila pas moins de nombreux éléments des anciens polythéismes originels, dont les principaux rites, symboles, fêtes etc…furent  intégrés souvent par stratégie prosélytique dans le nouveau calendrier liturgique.

Parmi les croyances païennes qui résistent et survivent au coeur de la nouvelle religion, celles liées à la Déesse Mère jouent un rôle particulier et influencent la théologie chrétienne à travers le personnage de Marie qui va évoluer progressivement dans l’histoire de l’Eglise pour rejoindre dans une dimension solaire le personnage de son fils Jésus.

LA FÊTE DE L’ASSOMPTION

L' »assomption » (du latin « assumere » : prendre, enlever) des chrétiens est aujourd’hui un dogme qui célèbre l’élévation au ciel, de Marie, « la Mère de Dieu », c’est surtout la reconnaissance par l’Eglise d’un « culte marial » populaire et tenace dont les origines remontent à la plus haute antiquité païenne.

En effet cette fête que le calendrier liturgique fixe aujourd’hui le 15 août, n’a été reconnue que très récemment, en octobre 1954 par les catholiques, après la publication deux ans auparavant du dogme de l’Assomption par le pape Pie XII après des siècles d’études théologiques menées depuis les « Pères de l’Eglise »

Car l’élévation de Marie, « à la gloire du ciel en son âme et en son corps, exaltée par le Seigneur comme Reine de l’univers afin de ressembler plus parfaitement à son Fils » (Constitution dogmatique « Lumen Gentium » sur l’Eglise Vatican II, 1964) ne trouve pas sa source dans les textes reconnus par l’Eglise, bien au contraire… mais dans des croyances populaires issues de la Tradition et qui vont lui donner une dimension légendaire..

Car sans rentrer dans les querelles théologiques qui opposent autour du personnage de Marie, les catholiques avec les orthodoxes (au sujet de l' »immaculée conception ») ou avec les protestant (qui rejettent toute forme de « mariolatrie ») il faut admettre qu’initialement, dans les écritures, même si son fils se voit attribué une naissance surnaturelle (et symboliquement solaire),  « Myriam » en revanche est une femme humaine et mortelle, qui épousa Joseph et dont les textes rapportent peu de témoignages.

A l’époque de l’évangélisation, l’église chrétienne primitive voit arriver de nombreux convertis d’origine païenne, habitués au culte des déesses. Naturellement ces populations essentiellement agricoles identifièrent le personnage maternel de Marie, comme une continuité de la divinité maturante, déesse des cycles saisonniers et de l’Agriculture. Cette survivance païenne dans la symbolique chrétienne fut certainement favorisée également par le catéchisme des premiers prêtres d’origine celtique qui utilisaient l’image de la mère du Christ pour mieux corrompre les symboles païens et détourner les cultes féminins dédiées à la Déesse Mère.

LES ORIGINES PAÏENNES

Les religions polythéistes originelles, vouent toutes un culte particulier à la Terre, et ce panthéisme connait par la suite plusieurs représentations divines, déclinaisons de la Déesse Mère.

Sous son aspect naturel et sauvage, c’est la « Gaia » des Grecs, la « Tellus » des Romains… Déesse primordiale qui personnifie la Terre en tant que matière, elle est l’ancêtre maternel des races divines, apparue juste après le Chaos, elle donnera naissance seule, au ciel (Ouranos), à la mer (Pontos) et aux montagnes (Ouréa), avant de s’unir à eux et enfanter les Titans et autres divinités.

Sous son aspect cultivée et fécond, elle est la « Déméter » des Grecs, l' »Isis » des Égyptiens, la « Cérès » des Romains, la « Cerrydwen » des Celtes ou la « Freyja » des Scandinaves…

Déesse de la fertilité et de l’Agriculture, Cette manifestation  de la Terre-Mère est au agit directement auprès des Hommes, leur dispensant les cycles saisonniers alternant entre le monde souterrain et obscur de la Mort et celui, terrestre et lumineux de la vie.

Ces divinités païennes symboles de beauté et fertilité, et associées aux activités agricoles étaient souvent célébrées au mois d’août, pendant les moissons (au mois d’août): c’est le « Lugnasad » des Irlandais, la fête de »Lug » fils et époux de la Déesse mère « Eithne »; ou le « Sacrum Anniversarium Cereris » des Romains , en l’honneur de Cérès, Déesse de la Terre, à qui étaient offert les « prémices » premiers fruits des récoltes, et les premiers nés des troupeaux.

DÉMÉTER

Mais c’est certainement le culte de la « Déméter » des Grecs, qui par les descriptions existantes, illustre le mieux le rapport divin aux cycles de la Nature, symboles de l’immortalité de la vie, qui connaît après chaque mort cyclique, une résurrection et une nouvelle virginité.

« Déméter » (en grec ancien Δημήτηρ / Dêmếtêr qui dérive de Γ Μήτηρ / Gễ Mếtêr, « la Terre-Mère » ou de Δημομήτηρ / Dêmomếtêr, « la Mère de la Terre », de δμος / dễmos, « la terre, le pays ») est la Déesse de la Fertilité et des moissons. Dans la mythologie des cycles des saisons, elle est indissociable de sa fille « Perséphone » qui elle est devenue la Déesse du monde souterrain (les Enfers), associée au retour de la végétation lors du printemps.

« Déméter aux beaux cheveux, vénérable Déesse à la faucille d’or et aux beaux fruits, qui dispense les saisons et les beaux présents » (Hymnes homériques) a une fille, « Perséphone aux belles chevilles », et  qui est enlevée par « Hadès » le Dieu des Enfers. Sa mère terrassée par le chagrin, sous la forme d’une vieille femme nommée « Doso » erre à la recherche de son enfant, délaissant le monde des humains qui voit ses terres devenir stériles : « La Terre sera affamée tant que je n’aurai pas retrouvé ma fille. »….

La famine et la mort guettent le monde des humains et « Hélios », le Dieu solaire témoin de l’enlèvement de « Perséphone » révèle à sa mère le coupable. Pendant ce temps là, « Perséphone » aux Enfers est piégé par le rusé « Hadés » qui lui fait manger sept pépins de grenade, nourriture réservée aux morts et la liant ainsi éternellement au Royaume de son époux « Hadès » auprès duquel elle assumera désormais sa fonction de Reine des morts.

La situation semble sans issue aussi l’arbitrage de « Zeus » est réclamé et un compromis est accepté par « Hadès » et Déméter » : Perséphone passera l’Automne et l’Hiver dans les enfers souterrains en tant que Déesse des morts et le Printemps et l’Été avec sa mère en tant que « Coré », la Déesse du blé. Cette alternance célèbre le retour à la vie, le cycle des saisons et et celui des moissons et de la fertilité de la terre où les semences renaissent de l’obscurité du royaume des morts offrant aux fidèles une promesse de résurrection et de retour sur terre.

Pour découvrir le mythe de Déméter,  le lien ici : Hymne homérique à Déméter, traduction par Leconte de l’Isle

À suivre

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